Ibid. Epist. IV
5. Cette pieuse princesse, fdle du Conquérant et tige de la c('l('l)re race des comtes de Ciiampagne, se fit phis tard religieuse à Marci-
sœur du roi Henri, qui l'avait toujours secouru pendant son exil, et il n'hésita point à se détourner de sa route pour aller la consoler. Mais, à son arrivée, il la trouva presque guérie, et il ne lui dissimula pas que son intention était d'excommunier le roi d'Angleterre, son frère. Le bruit de ce projet se répandit aussitôt, et réjouit singulièrement les nombreux adversaires du roi Henri*, qui guerroyait en ce moment pour enlever la Normandie au duc Robert son frère aîné. Comme les rois de France ne pouvaient manquer de profiler d'une telle occasion d'affaiblir leur redoutable rival, Henri d'Angleterre s'en effraya et pria sa sœur de lui servir de médiatrice. Et, en effet, une entrevue eut lieu le 22 juillet 1105, à Laigle, où le roi se montra plein de prévenance et d'humilité envers Anselme^ : il s'engagea à rendre à l'archevêque non-seulement ses bonnes grâce, mais, en Anseirr.e outrc, Ics rcvcnus du siège de Cantorbéry. Maldo revenir grc cctlc apparente réconciliation, Anselme ne Angleterre, voulut poiut rentrer en Angleterre avant qu'une dernière ambassade, envoyée à Rome, n'y eût réglé
gny, que saint Hugues de Cluny avait rondo pour y recevoir les femmes de grande noblesse. Y. lil). i.
1. .)am cnim in nmllis locis pcr Angliam, rranciam et Normanniam fama vulgavcrat regem proxime cxcommunicandum, et idcirco ei utpote potestali non adeo amata; multa maie struebantur, qu» illi a lanlo viro excommmiicato l'acilius inferenda pulabantur. Eadm., 71.
2. Quoties erat aliquid inter illos agendum semper ipsum ire ad Ansclmum.
«léfinitiveiïient, d'un côté comme de l'autre, les «livers points en litige entre le roi et le primat. Mais, avec sa mauvaise loi ordinaire, Henri ne redoutant plus l'excommunicalion, ne manqua pas ( remployer toutes sortes de moyens dilatoires afin d'amener rarclieveque à communiquer avec les évêques qui avaient reçu l'investiture des mains royales ^ De plus, comme il fallait de l'argent pour continuer la guerre en Normandie, le roi , après avoir eu recours, dans le but de s'en procurer, aux indignes extorsions habituelles à sa race, s'avisa de transformer en ressource fiscale le canon du dernier concile de Londres qu'Anselme avait fait promulguer contre l'incontinence des prêtres. 11 ne s'arrêta pas là : prenant en main la défense des bonnes mœurs ecclésiastiques, il frappa de grosses amendes tous les prêtres qui, en l'absence de l'archevêque, avaient pris des concubines. On commença d'abord par faire payer les coupables. Mais, pour se procurer les sommes nécessaires, on confondit les innocents avec les coupables, les prêtres irréprochables avec les concubinaires. Enfin les curés furent tous taxés et l'on emprisonna, l'on tortura tous ceux qui ne voulurent ou ne purent pas payer. C'était une chose lamentable, et la misère était au
1. Eadmeb, p, 7'2, rapporte la lettre par laquelle Henri cherche à faire excuser ses délais, el les réclamations énergiques d'Anselme tant auprès du roi qu'auprès du comte de Meulan.
comble ^ Deux cents prêtres, en aube et en étole, allèrent, unjour, pieds nus, implorer la miséricorde du roi ; mais il les fit chasser de sa présence. Le mal en vint à ce point que les évêques eux-mêmes, qui pourtant avaient livré la liberté de l'Eglise au roi, furent obliges de réclamer l'appui d'Anselme \ Après avoir subi tous les genres d'épreuves, le courageux pontife devait connaître tous les genres de réparations : six évêques, parmi lesquels se trouvaient les trois prévaricateurs dont il est parlé plus hnut, et qui avaient falsifié les pièces du procès qui se jugeait dans la ville éternelle, écrivirent à l'éloquent champion de l'Eglise pour implorer son assistance: «Il n'y a plus de pain pour nous, disaient- « ils, lève-toi comme Mathathias... Tes enfants « combattront avec toi; nous sommes prêts, nonce seulement à te suivre, mais même à te précéder, c( si tu le commandes... Nous le promettons, dans c( la nouvelle lui te qui va s'ouvrir, de ne consulter « que les intérêts de Dieu et non les nôtres^. » Anselme leur répondit : « Je plains vos souf- « frances, mais je vous félicite surtout de la « constance épiscopale que vous me promettez « d'avoir. Vous voyez enfin à quoi vous ont réduits