Ibid
4. Per vos illai mulieres olini qutcrentes Dominum in monumenlo Sïcpe nobis ad memoriam redcunt..., ita vos Ecclesiam Cliristi qua^i in sepulci'o afdiciionis positam, prie multis, imo pne onmibus terrarum principibus, pro amore visilatis, et ut ad statum liberlatis suse resiirgat, totis viribusconnitentes, etc. Ep. I, 85, à l'impératrice Agnès, qu'il associait aux deux illustres comtesses dans ses éloges et dans son affection.
s|)iriluelle et avec cette vive et confiante affection (jui servit de prétexte à la calomnie^ : « Nous auc( rons à vous rendre compte de nos actions, et a nous vous donnons ainsi la marque la plus cer- « taine de la force de l'affection qui nous attache «à vous\ Adieu, amies bien-aimées dans le « Christ, sachez que nous vous tenons, au fond de « notre cœur, comme enchaînées à notre amour^ » Knfin, dans cette correspondance se trahit le secret des nobles douleurs, des dégoûts de vivre, des tristesses passagères d'une grande ame écrasée sous le poids d'angoisses qui la jetaient dans l'abattement, mais qui finissaient toujours par se transformer en élans passionnés vers le ciel. « Je suis guéri, « écrivait-il aux deux comtesses, je suis revenu (( d'une grave maladie, contre tout espoir, et j'en (( ai regret. Car mon âme soupirait de toutes ses (( forces après cette céleste patrie où Celui qui con- « temple mes tristesses et mes labeurs prépare à « ma fatigue le repos et le rafraîchissement. Me
1. Ilœc est millier illa, de qna ab obtrectaloribus fidei, etconculcatoribus veritatis crinien incestus sanclo Pontifici objiciehatur. Gui si deessent meritorum laudes, hoc solnm satis eam commendabilem redderet, quod cum tali viro, duni exprobraliir, dum convicia suscipit, duin improperia audit, approbalur, honoratur, laudatur. Hug. FlaviN., p. 228.
2. Vobis rationcm de factis nostris non inviti reddimus, in eodemque quanta vis dilectionis, qua vobis adsiringimur, non alla vobis adhuc certiora signa dediinus. Ep. I, 77.
3. Valelc in Christo, carissiinje, et in nostra dilectione corde tenus vos annexas esse scitote. Ep. I, 11.
(( voici donc rendu aux ennuis accoutumés, aux c( sollicitudes sans fin, condamné à souffrir, cha- « que heure du jour, comme une mère en travail, « sans pouvoir sauver l'Église de son naufrage ^ » Confidences A Ilugucs de Clunv il adressait ces paroles :
de Grégoire Vil n i ■ ■> • •
à l'abbé (( Que de fois n'ai-je pas demandé à Jésus ou de
Hngncp (leChiny. \
« m'enlever de celte vie, ou de me rendre utile à « notre mère commune! et, cependant, il ne m'a « pas encore arraché à mes tribulations, et ma vie « n'a encore servi de rien à cette mère dont il a « voulu que les liens fussent aussi des chaînes pour « moi^ Une immense douleur m'assiège de toutes « parts : l'Eglise orientale a déserté la foi c\tholi- « que, el le démon la punit déjà de lui avoir obéi, « en faisant égorger ses enfants par la main des « barbares, comme pour empêcher leur repentir. « Si je regarde à l'occident, au nord, au midi, c'est « à peine si j'y trouve des évêques légitimes par « leur avènement ou par leurs mœurs; parmi tous « les princes séculiers, je n'en connais pas qui pré- « fèrent la gloire de Dieu à la leur, et la justice au « lucre. Les Romains, les Lombards, et ces Nor-
1. Tendcbat anima nostra, et toto desiderio adillam patriam anhelabat, in qua Ille, qui laborem et dolorem considérât, lassis quietem et refrigerium prœslat. Vcriim réservât adliuc... in singulas liora€, quasi parturientis dolores et angustias patimur, dum pêne in oculis nostris naufragantem Ecclesiam nullo valemus eripere gubernaculo. Ep. II, 9.
2. Tamcn de magna tribulalione adhucnon eripuil, ncqucvita mca prsedictœ matri, cujus me catenis aHigavit, ut sperabam profuit. Ep. II, 49.
f( maiids au mileu desquels je vis, sont, en quel- « que sorte, pires que les juifs et les païens, comme u je le leur dis souvent... Entre une douleur cha- (( que jour renouvelée et une espérance, hélas! « trop souvent déçue, battu de mille tempêtes, je (( ne vis plus que comme un moribond. J'attends (( Celui qui m'a enchaîné de ses liens, qui m'a nx- (( mené, malgré moi, dans cette Piome où je suis (( depuis vingt ans contre mon gré; je lui crie soute vent : Ilate-toi, ne tarde pas de venir! Affran- « chis-moi pour l'amour de la bienheureuse Marie « et de saint Pierre ! . .. Si tu avais imposé un poids « pareil à Moïse ou à Pierre, je crois qu'il les au- (( rait accablés. Que sera-ce donc de moi qui ne « suis rien auprès d'eux? Il faut donc, ô Jésus, « ou que tu régisses toi-même le pontificat avec « ton Pierre, ou que tu consentes à voir succomber «( ton serviteur et le pontificat écrasé avec lui^ » Heureusement le grand pape connaissait un re-
1. Circumvallat enim me dolor immanis et trislitia universalis,... Romœ, in qua coactus, Dco teste, jam aviginti annis inliabitavi.... Inter dolorem, qusequotidie in me rcnovatur, et spem quœ nimis, heu! protenditur, mille quassatus tempestatibus quoquomodo moriens vivo.
Etenim qui me suis allegavit vinculis, et Romam invitum reduxit, illicque mille angustiis prsecinxit exspecto. Gui fréquenter dico : Festina, ne tardaveris.... meque libéra amore B. Mariée et S. Pétri. Ibidem.
2. Fréquenter hœc vita nobis est ta?.dio, et mors carnis desiderio.... Ad illum gemcns clamo : Si Moysi et Petro.... restât ergo ut aut tu ipsc cum tuo Petro pontificatum regas, aut me succumberc, et eumdem ponlificalumconfundi cernas. Ep. Y, 21, au même Hugues.
mode h tant do douleîirs : tous les trésors do la vie spirituelle lui étaient ouverts, car il ne cessait de recourir à la prière, et, alors, il lui arrivait de s'écrier : « 0 Jésus, divin consolateur, « vrai Dieu et vrai Iionime, lorsque tu tends la « main a ma misère, tu me rends la joie; mais, « en moi-même, je meurs incessamment, et ne « revis quelques instants qu'en toi ' î »
Convaincu que les défaites de la bonne cause ne provenaient que des péchés de ses défenseurs-, Grégoire YII regardait comme ses meilleurs auxiliaires les prières des âmes pures: il invoquait donc, à celte fin, celles des moines de Cluny% celles de la communauté du Bec et de l'abbé Anselme * qui devait bientôt marcher si glorieusement sur ses traces. Avec quelle effusion ne citait-il pas les paroles d'encouragement puisées dans les saints Pères, lorsqu'il recommandait à la comtesse Mathilde la fréquente communion ! « Celui qui a reçu une bles-
1. Cum paiiperi Jésus, illc pius consolator,... manum pemgit,valde tristem etafflictum lœlilicat.... in me quippe scmper morior, sed in c'o intcrtlum vivo, et cum viribus omnino deficio. Ibid.
'2. Quoiiiam iiiliil in terra sine causa lit.... qiiod dudum sancta Ec clesia flucluum procellarumque mole concutitur, quodque tyrannicîe percussionis hactenus rabiem palitur, non nisi nostris peccatjs exigentibus evenire ciedendum est. Ep. Vill, 9, ad Gemianos.
o. l'recor, exoro, rogo ut eos qui mercntur audiri jtro vitœ meritis, rogites... utpromcDeum exorent ea caritale.... qua debentunivcrsaleni diligere matrem. Ep. II, 49.
4. Credentes pro certo.... Ecclesiam Dei.... luis similiumque lui precibus ctiani ab inslantibus periculis Clu'isti subvenienle misericordia posse eripi. Iiiln- cpisl. S. Aiischni, t. 11, n. 51.
MOINE ET PAPE. 4l
(( Mire, désire le remède ; or, noire blessure, c'est (( le péché ; notre remède, c'est le divin sacrement. « Comme la femme est poussée par la nature à (( nourrir de la fécondité de son lait l'enfant qu'elle « a mis au monde, ainsi le Christ nourrit sans cesse (( de son sang ceux qu'il a régénérés \ »
Avec quelle humble et tendre confiance, soit ''*^"^'"- J'^voUo.i
^ (Je dregoire
qu'il eût, pour la seconde fois, une sentence à fui- «"^eis
i ^ i ^ la sainte. Vierge.
miner contre le souverain de l'Allemagne, soit qu'il sentît le besoin d'épancher son cœur dans le secret d'une correspondance, avec quelle tendre confiance il invoquait le secours de la Reine des cieux^ ! Comme il la priait ardemment de veiller au salut de Matliilde, elle qu'il considérait comme la plus haute, la plus sainte, la meilleure des protectrices, comme la mère la plus douce envers les pécheurs, la plus prompte à les relever de leurs chutes et à les récompenser de leur amour'' !
Cette tendre dévotion envers Notre-Dame lui
1. Qui vulnus habet, medicinam requirit. Vulnus est quia sub peccatù sumus.... Sicut mulicr affectionis natura cogente geiiitum alere sui lactis fecunditale festinat, sic et Christus quos ipse régénérât suo sanguine scmper enutrit. Citations de S. Ambroise et de S. Jean (ihrysoslome in Ep. I, 47.
2. Voir actes des conciles de Rome de 1076 et. 1080; et Ep. IV, 1, aux Allemands ; VI, 14 au duc ^Volf de Bavière; YIII,22 à une reine; I\,2au roi Alphonse de Caslille et ailleurs.
5. De mati'o vero Uomiai, cui te piincipaliter comniisi etcommilto et nunquam committere omitlani.... quanto altior et raelior ac sanclior est omni matre, lanlo clemenlior et dulcior circa convcrsos peccatores et peccatrices.... Invenies illam promptiorera carnali matre, et niiliorem in dilectionc tui... Ep. I, 47, à Matliilde.
valut, pendanl ses maladies, plus d'une vision où la Mère de Dieu lui révéla, par de salutaires avertissements, les voies de la perfection ^ C'est là l'un des caractères et l'un des privilèges de sainteté que l'Eglise nous enjoint de reconnaître en Grégoire Yll.
Des guérisons surnaturelles, opérées par l'intercession du pontife, et d'autres miracles encore attestèrent cette sainteté à ses contemporains, dès sa jeunesse et pendant toute sa vie^ On raconte, entre autres faits, que, comme il célébrait la messe au Mont-Cassin, où il avait été conduit par Robert Guiscard, vers la lin de sa carrière*, deux paysans se présentèrent pour l'examiner de près. Or, comme ils suivaient, avec une ardente curiosité, tous les mouvements du pape, l'un d'eux tout à coup tomba en extase, et vit une colombe blanche, au col d'or, descendre du ciel, se poser -sur l'épaule droite du
1. PaulBernried, I, 52, o3. La sainte Vierge lui fit savoir qu'elle comptait l'appeler dans le chœur des vierges du Paradis, mais qu'il avait perdu ses droits à cette faveur, parce que, en recevant la visite de sa nièce, pendant une très- grave maladie, il avait demandé à cette jeune fille, en jouant avec ses colliers, quand elle pensait à se marier. — Ut nepti animaî suse super œgritudine sua levigaret, monilia ejusdem manu tenons, an nubere vellct requisivit.
'2. Signa etiam et prodigia, quœ per orationcs papa3 frequentius fiobanl, et zclus cjus fervcntissnnus pro Deo et Ecclesiasticis legibus, satis cuni contra venenatas detractoruni linguas communiebant. Lambeut. Schafn., ann. 1077. Cf. Paul Bernuied, c. 7 et 55.
3. Telle est la version donnée par Baronius dans la Chronique du Mont-Cassin, 1. III, c. 54. Paul Bernried, c. 50, place le lieu du miracle au Lalran, et la date immédiatement après l'élection du pontife.
pape, étendre les ailes sur sa tèle et plonger le bec dans le calice qu'il venait de consacrer\ L'apparition trois fois renouvelée de saint Pierre au même jiaysan décida ce dernier à faire part de sa vision à Grégoire lui-même, afin de l'exciter à persévérer dans son œuvre avec le concours de l 'Esprit- Saint'. Grégoire, au milieu de l'accablement d'affaires séculières arrivant de tous les coins du monde, avait parfois des extases qui le délivraient pour un moment de son fardeau et le transportaient, par la contemplation, au sein des béatitudes du paradis. Dès qu'il lui était donné dégoûter 4|uelques heures de solitude, des visions célestes venaient aussitôt retremper et rafraîchir sonâme\ Ces grâces surnaturelles n'altéraient en rien l'humilité qui faisait comme le fond de son être, et qui jamais ne ralentirent ses efforts pour mériter le ciel. La fervente dévotion du pontife recherchait avec ardeur ce don des larmes, au sein de la prière.
1. Duo rustici, non improbabili curiositate ducti.... Aller eorum, velut in extasin raptus, vidit columbam, de cœlo descendere liumeroque dextro Gregorii insidentem alis extensis caput ejus velare, conipleto canoiie... calici rostruin, ut sibi visiim est, immisit. Paul Bern- RiED, I, c. Vir quidam, Jobannes nominelivei coloris columbam, cujus gultur videbatur esse aureum... Petr. Diac.,1. c.
2. Yade, quantocius aûribus Papae hoc Ipsum intimato, ut constanfer vigore S. Spiritus cœptum opus peragat. Petr. Duc. 1. c.
3. In ipsis Siccularibus ncgotiis sfcpius excessit mente, cxliilarato i-I»iritu suo cœiesti coiitemplatioue : qui si privatus inlerdum cxisteret, revelationibus ctiam divinis jucundatus est et confortatus. VU. S. Anselm. Lucens., c. 3, in Act. SS. 0. ii., t. IX, p. 473.
lie kl chair.
44 SAINT GUÉGOIRE VII,
qui était si cher à la piété du moyen âge\ comme railestcnl les historiens contemporains. Il faut ajouter, comme un dernier trait au portrait moral du grand pape, qu'il ne reculait devant aucune des mortifications minutieuses de la vie claustrale ; que, monté sur le trône pontifical, il réprimait sa chair par les jeûnes, les vigiles et l'usage de la discipline, comme le dernier des religieux % et que ce héros, ce géant des batailles de la foi, ce vainqueur, ce conquérant, dont le nom a rempli (iré-uiir le monde, avait appris à dompter sa volonté et jus-
'lomplait en lui
jusqu'aux qu'aux plus innocents penchants de la chair, au point
penchants les ^
plus innocenis (1(î sc privcr de certains légumes tels que les poireaux et les oignons, parce qu'il avait trouvé trop de I)laisir à s'en nourrir''. Aussi ne faut-il jamais l'oublier : ce n'est pas seulement un grand homme, mais un grand saint que les catholiques vénèrent dans Grégoire Yll. Il ne nous suffît pas de l'admirer et de bénir sa mémoire : nous avons le droit et le devoir de l'implorer et de réclamer son intercession auprès de Dieu. Car son nom , après avoir resplendi d'un éclat sans pareil, dans les annales de l'histoire, a été inscrit par l'Eglise dans le livre le pi us glorieux qu'il ait