‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 13 sur 267 · I'aui, JlEu.NiUKD, c. 32 et · texte numérisé non relu

I'aui, JlEu.NiUKD, c. 32 et

2. Completis itaque duarum licbdomadariim vigiliis, jejunio et corporali disciplina. Paul Beiimurd, c. 52, ap. Act. SS. 0. B., t. IX.

5. C'est saint Pierre Damien qui nous révèle ce trait dans une lettre adressée à Grégoire : Ipse mihi nuper confessus es quonian» ideo te funditus purrorum sive cœparum perceptione compescis, quia videlicet liis acuminibus uberius delectaris. Opusc. 33, c. 1.

élédoniiéauxliommos d'écrire, dans loMaplyrologe*. A qui étudie le cours des siècles, sous le point de vue catholique, il importe bien moins de relever les succès matériels de l'Eglise, que de constater la présence toujours persistante de la puissance surnaturelle de la foi, le triomphe du sentiment chrétien, le maintien de la dignité et de la pureté de l'âme, dans les grands événements et les grands représentants de son histoire. Or, nulle part cette joie du cœur fidèle ne se manifeste plus complète qu'en lisant la vie de Grégoire VU. (^hez lui, en effet, existe au plus haut point, la divine indépendance de l'âme rachetée par le sang d'un Dieu, à l'encontre des forces du monde et du démon. Et, nous ne ciaignons pas de le proclamer, c'est là surtout ce qu'il faut voir dans cette fameuse entrevue de Canosse, où le jeune et magnifique^ n^présentant de la puissance impériale et de la première souveraineté laïque de l'Europe dut se prosterner, dans les humiliations de la pénitence chrétienne, devant le petit vieillard de basse condition^

\. Voici comment est conçue sa mention au Martyrologe romain : Salernl; deposifio Beati Gregorli papœ septimi Ecclesiaslicœ liber^ latis propugnaloris ac defensoris acerrinii,

2. Henri lY avait alors vingt-six ans : In lurba procerum cœteris eminentioret major seipso videbatur.... in vultu terribile quoddam decus praeferebaL. Alberti Leooiens. epist. de Vit. Ilenr. IV, ap. Gol- DASTi, Apolog., pro Imp.

3. Ilomuncio exilis staturje. \Vill. Malm., De f/eslis rcg., lib. 111, p. 60. Quanquam statura pusillus esset. Labb., Concil., Vit. Gregorii VU, t. XII, p. 2)0,, éd. CoLErn.

10 voilée.

qui goiivornait TÉ^^lise (1(3 Dic3u. Ccrlaiiis apologistes récents de la papaut(3 ont voulu voir là le triomphe de la race méridionale sur celle du Nord, si longtemps oppressive, de la civilisation sur le monde barbare, de l'intelligence sur la force matérielle. Ah! n'amoindrissons pas, par une fausse et profane grandeur, la véritable majesté d'un tel spectacle... u tnoinpiie Osous dire que ce fut là une victoire indépendante de

du pape . , ^ 1 • 1 •

Grégoire VII toutcs Ics qucstious 00 racc, de temps ou de rivali-

Cut la victoire , , . ,, m' i*

de l'humilité tcs tcrrcstres, une victoire telle que 1 Eglise en a

sur l'orgueil, , . ".

et de l'àme dc lout tcmps remporte par milliers, quoique avec

soumise à Dieu, , i t • ii i

sur la chair uu écL'it moius rcsplendissaut, mais telle que le dernier des curés ou le plus ignoré des moines en peut remporter, chaque jour encore, c'est-à-dire la victoire de l'humilité sur l'orgueil, d'une conscience énergique et droite sur la violence un instant désarmée, de l'àme soumise à Dieu sur la chair révoltée, du devoir chrétien sur la passion humaine, en un mot, la victoire de toutes les forces surnaturelles qui constituent à jamais la divine indépendance de l'Église, à Tencontre de toutes les ruses et de toute la violence de ses ennemis.

De son vivant, Grégoire ne connut guère que ce genre de succès tout spirituel, et il dut l'acheter au prix des épreuves les plus dures et de mécomptes amers qui se prolongèrent jusqu'à son dernier jour. Il l'avait prévu, et il en avait d'avance ac(3epté les conséquences : « Si j'avais voulu, disait-il sou- « v<int, laisser régner les princes et les grands de

« la terre au gré de leurs passions ; si je m'étais « tû en les voyant fouler aux pieds la justice de c( Dieu; si, au péril de leur âme et de la mienne, « j'avais dissimulé leurs crimes ; si l'amour de « la justice et l'honneur de la sainte Eglise ne « m'avaient tenu au cœur, ah!... j'aurais pu « compter sur plus de soumission, de richesses, « de repos et d'hommages qu'aucun de mes fvé- « décesseurs. Mais, sachant bien qu'un évêque n'est « jamais plus évêque que lorsqu'il est persécuté « pour la justice, j'avais résolu d'encourir la haine « des méchants, en obéissant à Dieu, plutôt que de « provoquer sa colère par une coupable complai- « sance pour eux. Quant à leurs menaces et à leur « cruauté, je n'en tiens nul compte, car toujours « je serai prêt à mourir plutôt que de consentir à (( partager leur iniquité et à trahir la justice ^ »

1. Si principibus et divitibus terrse vestrse regnare pro libidine, et justitiam Dei conculcare taciti consentire vellemus, profecto amicitias, munera, subjectiones, laudem, et magnificas ab eis honorificentias habere possemus. Ep. II, 12, à l'évèque de Jlalberstadt. Peccatorem me esse, sicut verum est, conliteri minime pigeL Verum si causa odii vel detractionis eorum qui in nos fremunt, subliliter investigetur, profecto non tam alicujus iniquitatis mese intuitu, quam ex veritatis assertionc, injustitiseque contradictione, illos in nos exarcisse patebit. Quorum quidem servitia et largissima munei-a, nos salis abundantius multis antecessoribus nostris habere potuimus, si ad periculum illorum et nostrum, A^eritatem silere, malitiamque ipsorum dissimulare maluissemus. At nos certe (ex hujus vitîe termino et temporalium commodorum qualitate) perpendentes nunquam melius quanquam posse Episcopum nominari, quam quum persecutioneni palitur propler justitiam, decrevimus potius divinis mandatis obtem-

Grégoire linl parole jusqu'au bout, coinnie le lémoignenl les derniers mots qui sortirent de ses lèvres, sur son lit de mort, à Salerne, le 25 mai 1085, jour de saint Urbain, pape et martyr : « Mes bien-aimés frères, dit-il aux cardinaux « et aux évoques qui l'entouraient, je ne tiens « aucun compte de mes épreuves et n'ai conte fiance qu'en une seule chose, c'est que j'ai tou- « jours aimé la justice et détesté l'iniquité; mais « voilà pourquoi je meurs dans l'exila » A quoi un évèque répondit : « Seigneur, vous ne sauriez « mourir dans l'exil, car Dieu vous a donné tous « les peuples en héritage, et a fixé les limites de la « terre pour bornes à votre pouvoir \ »

Cet évêque avait raison : ce n'était point là un exil. C'était une mort digne d'un tel champion; c'était le sceau d'une victoire que la postérité .

pcrando pravorum inimicitias incurrere, quam illis maie placendo iiam Dei provocare. Ep. IX, 2, au roi de Castille. Tu ipse, amande Irater, cognoscis quia si nos amor justitige et honoris Ecclesiœ non teneret.... nullus aliquando antccessorum meorum,.., lam amplmn et devotum servitium,... liabere potuerunt. Verum quoniam illoruin minas et sœvitiam pro niliilo ducimus, magis, si necessecrit, morlom suscipere parati erimus, quam impietatibus eorum assensum pnoberc aut justitiam relinquere. Ep. IX, M, à l'abbé du Mont-Cassin.

i. Ego, fratres mei dilcctissimi, nullos labores meos alicujus iiiomenli (acio, in hoc solummodo conlidens quia semper dilexi justitiam etodi iniquitatein, propterea morior in exilio. — La première partie de la phrase est empruntée au Ps. xliv.

2. Quidam vencrabilis episcopus : Non potes, Domine, mori in exilio, qui vice Christi et apostolorum ejus divinitus accepisti génies haereditatem et possessionem terminos terraî. Paul Bernried, Vit. Grcyor., 12 ap. Boiland.. p. 140.

seule pouvait apprécier, car, il {\\ut bien le dire, Grégoire ne se serait pas trompé dans son choix, quand même il n'eût envisagé que le triomphe terrestre de sa cause. Eût-il été vaincu, n'eût-il recueilli d'autre fruit de son courage que la défaite et l'exil, sa gloire n'en aurait pas été moins belle. iMais il a réussi, et l'histoire des grandes luttes humaines n'a pas conservé le souvenir d'un succès plus complet et plus durable que le sien. Il avait trouvé rÉglise avilie au dedans, asservie au dehors : il sut à la fois la purifier et l'affranchir. Grâce à lui, l'incontinence du clergé, au moment de devenir une loi générale, disparut, et ce côté, si vulnérable chez tout homme chargé d'enseigner la vérité, n'a plus été sérieusement attaqué depuis lui : il a fait du célibat l'impérissable apanage du sacerdoce catholique. Grâce à lui, la simonie a été solennellement proscrite, et, quoique se déguisant sans cesse sous mille formes perfides, elle a fini par être complètement extirpée du sein de l'Eglise. Grâce à lui, mais seulement après cinquante ans d'une guerre commencée par ses décrets et dirigée par son esprit, l'institution des évêques, véritable base du gouvernement ecclésiastique, a cessé d'être confondue avec l'investiture laïque; grâce à lui surtout, l'indépendance des élections pontificales, annulée pendant deux siècles par l'usurpation impériale, a été garantie pour toujours \

i. Ita plane persecutionibus indesinentibus, divcrsi [i^eneris serum-

MOINES d'oCC. VII. 4

(;r..j,'ui.e a légué A partir de son pontifical, le consentement des ses successeurs empcrcurs ne fut plus ni demandé ni même offert,

nno autorilé .,,,,. . a ^ 'l ,

..oniie laquelle ij a Icguc a ses successcups uu tronc ou lis ont

a iicnno puissance , • i •

humaine tous pu moutcr saus qu aucun pouvoir humain vînt énerver et discréditer leur autorité, en prétendant la comprimer. Il leur a légué plus encore : le plus magnifique exemple de celte force mystérieuse et immortelle, toujours ignorée des persécuteurs, parce qu'elle est voilée sous la sainte faiblesse de l'Église, mais qui leur survit à tous, qu'ils ne provoquent jamais impunément et qui éclate toujours au moment le plus imprévu, pour confondre leurs ruses et lasser leurs violences. Dans tout cela, Grégoire VII a triomphé, et son triomphe s'est prolongé jusqu'à nous. Le seul point où son œuvre n'ait pas duré, bien que continuée avec autant de courage que de constance par ses successeurs pendant trois siècles; le seul point où l'avenir ne lui ait point donné complètement raison, c'a été dans l'élablissement du pouvoir d'arbitrage suprême entre les couronnes^ et les peuples, pouvoir que les plus

nis, atque sîcpe csedibus sacerdotum multo felicius paritur Ecclesiaî pax, libertas acquiritur atque confirmatur Ecclcsiaslica, et sains qu;oritur animarum. Sic sacerdotes suos pugnare et vincere Christus docuit, cujus passioiiibus et infinnitatibus robur ac fortitudo, ac morte denique vita est lidclibus comparata. Mentiar nisi ista jam experimcnto reruin prœscntium monslrari possint, per Gregorium iiempe vindicatas e iiianibus principum Ecclesiaruin investituras, liberam clectioncm Romanorum pontificum postliminio restiUilans, discipliiiam Ecciesiasticam coUapsaui penitus reparataiu, et alia iinmunera l)0na parla. Bauonius, Ann. ad. aiin. 1085.

1. Henri IV de France et Leibnilz. Voir la très-remarquable opinion

grands esprits ont toujours désiré, admiré, et qu'il croyait déduire sincèrement de l'exemple de ses prédécesseurs, de l'assentiment unanime des nations clirétiennes et de la constitution politique et religieuse de la société d'alors. Il n'avait, du reste, jamais prétendu lier la conscience des chrétiens par aucun décret solennel \ au sujet de ce pouvoir qui pouvait être un bienfait pour la société temporelle, mais qui n'était absolument nécessaire ni à l'autorité ni à la liberté de l'Église. Après l'avoir à Tenvi reconnue et invoquée, les rois d'abord, les peuples ensuite, ont trouvé bon de repousser cette juridiction maternelle, que depuis longtemps l'Eglise n'a plus exercée ni môme réclamée ; les rois ont secoué le joug des idées et des croyances qui les rendaient justiciables de l'Eglise : mais, comme il faut un frein à toute souveraineté ici-bas, et que, grâce. au ciel, ce frein ne manquera jamais, d'autres se sont érigés en juges des princes. Or, on sait combien leurs arrêts ont été respectueux et indulgents, combien les trônes en ont été consolidés. Quant aux peuples, ils se sont unis, d'accord avec leurs maîtres, pour renverser la barrière que l'Église avait élevée entre les faibles et les forts, et l'on assure que c'a été un bonheur et un progrès, pour

<le celui-ci dans son Tradaliis de jure supreinatus, cite par Gosselin, p. i71 et 511, et ses Lettres à M. Grimarel.

1. C'est ce qu'avoue Fleury lui-même ; Discours sur l'histoire ecclcsiasliquc, de 600 à 1100; 9, 18.

52 SAli\ï GRÉGOIRE VU, MOINE ET PAPE.

la société tout entière, que le silence de celte grande voix qui pailait de si haut aux rois et aux peuples. Est-ce la vérité? Le supplice de Louis XVI, Je parta<^e de la Pologne et la Révolution française sont là pour prouver ce que les uns et les autres y ont gagné.

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