Chro7i. Ursperg., ad ann. 1105 et
contre son père.
couronner et au profit duquel il avait deslierilé Conrad son aîné. Les compagnons habituels des plaisirs et des chasses du prince l'excitaient à se soulever contre l'empereur, que l'Eglise, lui disaient-ils, avait rejeté et que tous les seigneurs s'accordaient à détestera Henri se laissa facilement entraîner par ces conseils : il n'est pas sûr, du reste, qu'il en eût besoin pour prendre un tel parti. Il avait vingt-quatre ans, et déjà sa conduite prudente, ses qualités extraordinaires lui avaient concilié de nombreux suffrages. Sa situation faisait naître les espérances de ceux qui voulaient sincèrement la réconciliation de l'Église avec l'empire, et qui comprenaient l'impossibilité d'arriver à ce résultat avec le vieil empereur sur le trône^ Celui-ci, en effet, pendant cinquante ans de règne, avait toujours foulé aux pieds non-seulement les droits de l'Eglise, mais encore les libertés traditionnelles qui constituaient le droit public de l'empire. Le jeune roi se montrait, au contraire, animé du plus vif désir de rétablir chacun dans son droit, et humblement dévoué à TEglise. 11 est à croire que son âme avait été révoltée de la persistance de son père
1. Maxime cum patrem ejus cxcommunicatum et Ecclesia dudum rejecerit et proceres regni reprobaverint. Vita Hcnrici, p. 387, ap. Urstic, Script, rcr. Gcrrnan.
2. Les chroniques contemporaines l'appelaient souvent ainsi : IJcnricus senior, non pas tant à cause de son k'^e, car il n'avait guère plus de cinquante ans, mais pour le distinguer de son fils.
à s'enfoncer dans le schisme et à braver l'excommunication^; mais un intérêt politique excitait aussi le jeune prince : déjà reconnu roi et successeur de son père par tout le parti impérialiste, il lui importait de ne pas laisser le parti catholique élire encore une fois un autre chef tel que Rodolphe de Souabe et Hcrman de Luxembourg ; il lui importait de faire concourir à la succession de l'empire l'universalité des princes, des évoques et le pape lui-même ^ La rupture entre le père et le fils éclata à Fritzlaii, en décembre 1104. Le jeune roi s'y sépara brusquement de l'armée que l'empereur conduisait contre un vassal insurgé, et, déclarant qu'il ne communiquerait plus avec l'empereur tant que celui-ci resterait excommunié, il envoya aussitôt notifier au pape qu'il était prêt à faire sa soumission et lui demander conseil sur le serment qu'il avait prêté de ne jamais se saisir du gouvernement sans la permission de son père. Pascal chargea le légal Gebhard de recevoir le prince dans le giron de l'Eglise et de lui donner sa bénédiction apostolique, en lui promet ' ai it l'absolution au jugement dernier s'il s'engageait à être un roi juste et à réparer envers l'Église les torts de Henri IV".
1. Detestabatur eum filius, sicuti cuiicti fidèles, quia dcnuntiabatur excommunicatusabapostolicis Grcgorio, Urbano, Paschali. .1//;/. Sax., ad anii. llOi.
2. C'est ce qui a été parfaitement démontré par Gervais : Politische Geschichle Dcutschlands uiilcr Ikinvkh V und Lolhar III. Leipzig-, 1^41 .
3. Apostolicus, ut audivit inter patrem et lllium dissidium, spcrans
s'y refuse
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 567 L'empereur voulut bien entrer en négociation L'empereur
. rt 1 . veut négocier
avec son fils; mais ce dernier refusa de communi- avec
^ ,, . . son fils
quer avec son père tanl que 1 excommunication ne qui
serait pas levée. Toute la-Bavière se prononça pour le jeune prince ; les villes et les seigneurs de la Saxe, trop justement hostiles au vieil Henri, reconnurent son successeur à l'unanimité. De concert avec le
Jioc a Deo evcnissc, mandavit ci.... de hoc commisso sibi promiltcns cibsolulionem in judicio fuluro, si veilct juslus rex et (jiibernalor esse Ecclesiœ, quse pcr negligentiam patris sui deturbata est multo tempore. Aiin. Saxo., ad 1105.
Fleury dit ;1. lxv, n° 57) : « L'excommuuicatiûn de l'empereur fut le prétexte de la révolte de son fils Henri, et ce jeune prince y fut excité artificieusement par les lettres du pape Pascal, qui l'exhortait à secourir l'Église de Dieu. C'est ainsi qu'en parle un moine, auteur du temps, qui ajoute que le fils, ambitieux et ravi de se voir autorisé, s'arma fièrement contre son père. » Ici la malice calomniatrice du prêtre gallican, contemporain de Louis XIV, dépasse celle des chroniques impérialistes contemporaines de Henri, et celle même des historiens prolestants et rationalistes de nos jours. La Vila llenrici (p. 587), la source la plus favorable à Henri, dit expressément que le jeune roi fut poussé à s'insurger contre son père par les jeunes gens de sa cour ; Fréquenter eum venatum secum abducebant, convicioruni illccebr'is inescabant , jocis in dissolutionein anlmi mulcebant.... denique ut fit inter adolescentes, etc.... Stentzel et Lûden, ces apologistes modernes de Henri, disent de même ; celui-ci dit seulement que Pascal était sans doute informé des plans du jeune Henri, mais sans citer la moindre preuve de cette supposition. — L'abbé Fkury, au Heu de suivre les autorités compétentes, a préféré, pour accuser d'artifice l'un des papes qui s'en sont toujours montrés les moins capables, suivre la version de Hermann de Tournay, auteur étranger aux événements dont il parle, en passant, dans sa narration du rétablissement de l'abbaye de Saint-Martin, in Sjjicil., t. XII, n. 85. Stentzcl lui-même reconnaît Tinexactilude du récit de Hermann, t. I, p. GGO, note 44. Il n'y a rien de mieux démontré, dans celte affaire, que l'absence totale de toute initiative de la part du pape.
lé<5^at Gebliard et rarcheveque Reclhard de Mayence, il s'occupa de faire rentrer les Églises de la Saxe et de toute l'Allemagne dans l'unité romaine ^ Il rétablit dans leurs abbayes les moines exilés pour avoir défendu la cause de l'Église^; il obligea les évêques impérialistes à abdiquer le scbisme, ou à faire place soit aux titulaires légitimes, soit aux nouveaux élus imbus de l'esprit romain ".
Henri V se fit remarquer par sa piété en marchant nus pieds à la procession du jeudi saint, à Quedlinburg, et il acheva de gagner les cœurs de ses sujets par son humilité au concile provincial de Nordhausen\ où furent renouvelés les décrets des assemblées orthodoxes, et où s'était rendue une foule immense d'évêques, d'abbés, de moines, tous ayant soif du rétablissement de l'unité \ Le jeune roi s'abstint d'entrer jusqu'à ce que les pères du concile l'eussent appelé ; et alors il parut vêtu d'un costume des plus modestes, confirma tous les décrets des
1. Totam Saxoniam apostolicse sedi reconciliavit. Ann. Saxo., ad il05.
2. A Isenburg notamment, où était mort Tévêquc martyr Burkliard de Ilalberijtadt.
5. Ainsi à Ilalbersladt, Mindcn, Paderborn, Ilildcsheim, Magdebourg, Wurtzbourg, Ratisbonne et Spire. Ce dernier siège fut donné à Gcbhard, abbé de Ilirschau, de l'abbaye si souvent citée comme le principal foyer de la résistance catholique.