‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 144 sur 267 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

La France toujours orthodoxe et Cluny toujours

sans rivale.

Dans la guerre des investitures, les vainqueurs comme les vaincus se tournaient tcujoiu's vers la France. — Le culte de saint Benoît chez les descendants d'Hugues Capet. — Voyages du pape Pascal II dans diverses régions de la France. — Pascal à la Charité-sur- Loire et à Saint-Denis. — Le vieil arbre planté par sain;, Benoît étend ses rameaux sur la France. — Fondations de Robert d'Arbrissel. — Bernard de Tiron en Perche. — Conversions opérées par saint Vital. — Mort de l'abbé Hugues de Cluny. — Vision de Fulgence d'Afflighem. — Bernard de Cluny en Espagne.

Ainsi, dans cette grande lutte, vainqueurs et vaincus, l'empereur Henri et le pape Pascal, dirigeaient également leurs pensées et leurs vœux vers la France et vers Cluny, vers le royaume toujours orthodoxe et vers l'abbaye toujours sans rivale. C'était l'appui du roi de France que Henri IV invoquait surtout pour venger les droits outragés de la royauté, c'était le saint abbé Hugues de Cluny qu'il demandait pour médiateur entre les princes et lui. Et c'était encore sous l'égide de la France, sous la

Dans la guerre

des

investitures,

les vainqueurs

comme

les vaincus

se tournaient

toujours

vers la Franco

et

vers Cluny.

MOIÎCES i> occ. vil.

386 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL crosse de saint Hugues, que Pascal II allait chercher des hommes pour le seconder dans la solution définitive de la question des investitures', au lieu de se rendre en Allemagne, où venait de succomber le redoutable ennemi de l'Eglise.

Depuis la réconciliation de Philippe P' avec l'Eglise, en 1104, la royauté française était rentrée dans ses voies naturelles et avait repris, aux yeux des peuples, ce caractère habituel de tendre et ardente dévotion envers l'Église, et spécialement envers l'Ordre Monastique, qui distinguaient les princes capétiens, lorsque la passion amoureuse ne venait point les égarer ^

Quand Philippe P"" mourut % après quarante-huit ans de règne, il invoqua avec confiance, comme son bisaïeul Hugues Capet, la puissante assistance de saint Benoît. Il voulut qu'on l'enterrât auprès des reliques du grand moine, à l'abbaye de Fleurysur-Loire : « Je sais bien, disait-il, que la sépulture « des rois français est à Saint-Denis ; mais, comme « je reconnais avoir été un pécheur endurci, je « n'ose pas me faire enterrer auprès d'un si grand

1. Suger le dît expressément : Ut regem Francoruni et lilium regeni desi^rnalum et Ecclcsiam Gallicanam consuleret super quibusdam molestiis, et novis investiturœ Ecclesiasticoe querelis quibus eis infestabat, et magis inlestare minabatur llenricus imperator. De Yita Luilovîci Grossi, c. IX.

2. Robert et Bertbe. — Philippe I" et Bertrade. Voir de sages réflexions à ce sujet dans Michf.let, Hisf. de France, t. II, p. 149, etc.

r.. 50juilli't 1108.

de sairil Benoit

chez les desceiiflanls

« martyr . Je redoute, en raison de mes fautes, « (fètre livré à Satan et de partager le sort do (( Charles Martel... Mais, confiant en saint Benoît, « j'invoque le vénérable père des moines, et je (( désire être enterré dans son église, sur la Loire, « car Benoît est plein de clémence et je sais qu'il (' réserve un accueil propice à tous les pécheurs « qui, voulant amender leur vie, ont recours à sa « règle pour se réconcilier avec Dieu ^ »

Déjà, l'année précédente, Louis, fils aîné du roi lo cuiu de France et associé par son père à la royauté, était venu assister à la levée du corps du patriarche monastique, dont les reliques avaient été ^'"'•°''<^^ ^•'^i'*^^ [)lacées dans une chasse plus riche : le souvenir des larmes de joie et de dévotion versées, à la vue de ce précieux trésor, par le jeune roi et par les seigneurs français, avait été fidèlement relaté dans les annales du monastère\ A peine monté sur le trône, Louis annonça solennellement son intention de chercher, avant tout, le royaume de Dieu et sa justice, en défendant la religion et en protégeant les

1 Sanctum Benedictuin diligo, piuin patrem monachorum suppliciter exposco, et in ecclesia cjus super Ligerim tumulari desidero. Ipse enim clemens est et beniguus, omnesque suscipit peccatores propilius, qui, etc. Ordeu. Vital, 1. xi, p. 835, éd. Duchestie.

'2. Ludovicus rex designatus, cum multis proceribus Francise regni, et communi hctitiaî suam conjunxit.... Illic vidi fientes prae gaudio regem et principes, et oinnc vulgus ; prœcipue monachos et abbates, liyinnos et laudes, ut decebat, dicere volentes, sed sine lacryinis non valentes.... Lcvatum ilaque gazopbylacium auro el argento gemmisque omnibus carius. C/iron. S. Pelri Vivi Senon.. ad ann. 1107.

Eglisesetlesmoines*. Leclergé payaitle roi deson dévouement filial, en lui prêtant l'appui le plus dévoué. A la mort du vieux roi, Yves de Chartres s'était hâté de réunir l'assemblée des barons, pour faire confirmer, par une nouvelle élection, le droit héréditaire de Louis à la couronne qu'il avait déjà portée du vivant de son père\ Le prélat convoqua tous les évêques qui, comme lui, étaient suffragants de Sens, et, malgré les réclamations de la métropole de Reims qui revendiquait le droit exclusif de procéder à la cérémonie, il fit sacrer à la hâte le jeune roi à Orléans % afin de couper court à toutes

1. In cxordio nostri principatus quam proxime nostri interesse officii primum quserere regnum Dei et justitiam ejus considerans, ad incrementum nostrse salutis tam corporis quam anima? credimus proficere, si Ecclesiis sanclorum et monasteriis studuerimus non solum de nostris possessionibus largiri etc. Diplom. pro nionast. S. Quinlini de Monte, in Anipl. Collect., p. G25.

2. On sait qu'alors et jusqu'à l'époque de saint Louis, la succession héréditaire des rois en France n'était constatée que par le sacre, cérémonie où l'échange des serments et le consentement des évoques et des barons rappelait l'ancien droit électif dont découlait l'hérédité royale. Il y avait donc alors assez peu de différence entre le droit de succession à l'empire et à la royauté allemande et le droit reconnu en France. Philippe I" avait fait élire son fils de son vivant, comme l'avait fait Henri IV, ce qui n'empêcha pas Louis le Gros et Henri V d'avoir tous deux besoin d'une nouvelle élection en succédant à leur père.

5. Ad regni fastigia sicut bonorum veto adsciscitur, sic malorum et impiorum vo'.iva machinatione, si fieri posset, excluderetur. Consulti ergo proccres, et potissimum dictante vencrabili ac sapicntissimo \vonc.... ut ad repellendam impiorum machinationein citissime .\urelianos conveniant, ejus exaltationis opcram dare festinant. Senonensis igitur archiepiscopus invilatus, cum comprovincialibus,

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 589 les prétentions hostiles à sa royauté*. Louis fut heureux d'invoquer alors le concours de ce Galon, évêque de Paris, qu'il avait autrefois juré de ne jamais laisser arriver à l'épiscopat. Le cœur du prince avait subi d'heureux changements. Il se regardait maintenant comme ceint non-seulement du glaive temporel, mais encore du spirituel, en ce qui concernait la défense des pauvres et des Eglises^. Le roi profita longtemps encore des sages avis d'Yves de Chartres". INon content de l'appui moral que lui donnaient les évoques, il sut se servir, avec

vidclicet \Valone Parisiensi episcopo, etc. Suger, De vila TmcIov. Gross., c 12-

1. Voyez la grande lettre d'Yves II, Pascal pour repousser la prétention de Reims, qui en avait appelé au pape. Il y dit : « Si consccratio régis differretur, regni status et Ecclesise pax graviter periclitaretur. — Le siège de Reims était alors occupé par un bénédictin assez célèbre, Raoul le Vert, ami de saint Bruno, que celui-ci s'était efforcé en vain d'attirer dans son ordre nouveau, mais qui s'était fait moine à Saint-Remy. Il fut élu archevêque en 1108 et gouverna seize ans.

2. Les termes dont se sert Suger sont remarquables : Qui (archiepiscopus).... sacratissimse unctionis liquore delibatum regem.... abjectoqne secularis militise gladio Ecclesiastico ad vindictam maiefactonim cum accingens, diademate regni gratanter coronavit, necnon et sceptrum et virgam, et per hœc Ecclesiarum et pauperum defensionem, et queecumque regni insignia, approbante clero et populo, devotissime contradidit. De Vila Ludov. Gî'ossl, 1. c.

3. Voir les lettres qu'Yves lui adressait pour le détourner d'un mariage inégal qui aurait fourni aux grands vassaux l'occasion de renoncer à leur obéissance [Ep. 209) ; pour l'engager à épouser la nièce du comte de Flandre [Ep. 239) ; pour lui demander la grâce de la commune de Bcauvais {Ep. 263 et 2G4) ; pour lui reprocher durement son avarice [Ep. 202).

succès, des contingents qu'ils lui fournissaient, comme seigneurs terriens, pour combattre les vassaux laïques dont les violences et les brigandages désolaient les populations \ Le roi d'Angleterre ilenrir'', devenu duc de Normandie, grâce à sa réconciliation avec Anselme de Cantorbéry, et après la défaite de son frère aîné, Robert % avait également, par sa vigueur contre les pillards, gagné la sympathie des évêques et des monastères du pays^, en même temps que l'appui des barons qui tenaient à ce que les abbayes ne fussent pas dépouillées des biens dont leurs pieux ancêtres les avaient dotées*. Les deux rois étaient ainsi engagés dans la même œuvre chrétienne, la défense de l'Église et du peuple. Malheureusement leurs succès ne profitaient

1. Ad comprimendum tyiannideni prœdonum et seditiosoruin, aiixilium totam per Galliam deposcere coactus est episcoporum. Or- UER. Vital, lib. xi, p. 836.

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