V. plus haut. Il était né en 10i
Les fondations
de
Robert
d'Arbrissel.
Ibis excessif qu'il mettait à poursuivre la conversion des filles perdues*, attirèrent au missionnaire de vifs reproches de la part de (jcoffroy, abbé de Vendôme, et aussi du savant Marbode, évêque de Rennes \ Robert dut alors chercher un désert où son étrange troupeau pût vivre sans faire scandale. Un jour, dans une forêt, sur les confins de l'Anjou et de la Touraine, il rencontra des bandits dont le chef, nommé Evrault, lui demanda son argent.
— « Volontiers, répondit l'apôtre, mais en échange, vous me donnerez vos âmes pour Dieu. »
Le saint les convertit, et, dès lors, il établit dans cette forêt le centre de sa nouvelle fondation, qu'il appela, d'après le nom du chef des brigands, Fontevrault^ Là bientôt se trouvèrent réunis plus de trois mille' convers des deux sexes, lesquels, du reste, y vivaient absolument séparés. Nobles et
l.Cf. Baldric, vu. s. Roberli, ap. Act. SS. Boi.land., t. II, Februa — GuiLLELM. Neubuig., Dc vcbus Anglicis, 1, i, c. 15. — Clypeus Fontebraldensis, t. II, p. 132; Massion, Notice sur Robert d'Arbrissel.
2. Mabillon, dans ses Annales (1. lxix, n» 159), admet l'autlionticité de ces deux fameuses lettres dont on s'est armé pour jeter le ridicule sur le vénérable fondateur ; mais il montre qu'elles sont antérieures à la création de Fontevrault, et qu'on n'en peut d'ailleurs tirer aucune conclusion contre les mœurs de Robert (Cf. Acta SS. Rolland, du 25 febvrier, t. II, p. 601). Noël Alexandre, dans une très-savante et impartiale dissertation (in Hist. Ecclesiasl., sec. xi et xn. dissert. 5, tom. VI), arrive aux mêmes conclusions, si ce n'est qu'il n'admet pas que la lettre attribuée à Marbode soit de ce prélat.
3. Une noble dame, nommée Aremburgc, lui lit donation du fonds.
4. Selon d autres, il y en eut cinq mille. Clypeus Fontebraldensis.
paysans, lépreux et courtisanes, vieux et jeunes, liabitaientdes huttes de feuillages, sous la direction unique de Robert \ et ils y demeurèrent jusqu'au jour où la générosité des seigneurs environnants eut mis leur fondateur à même de construire un grand monastère qu'il divisa en quatre quartiers séparés. Pascal approuva, en 1106, cette fondation dont Robert d'Arbrissel devint le supérieur général, et à laquelle furent rattachées plusieurs autres maisons créées par lui en diverses provinces. Mais, à sa mort, il voulut, afin de rendre hommage à la Vierge Marie, qu'il avait choisie pour protectrice spéciale de ce rameau de l'ordre bénédictin, il voulut, disons-nous, que les frères de toutes ses maisons reconnussent la suprématie de l'abbesse du monastère deFontevrault% où se trouvaient réunies, du temps de Suger, quatre et cinq mille religieuses.
1. Nec incertas nec pellicesrefutabant.... leprosos.... impotentes.... pauperes et nobiles.... viduse et virgines.... Innumerain copiositatem capiebant tuguriola.... Baldric, c. 4 et 2, loc. cit.
2. La première abbesso fut, selon Mabillon, Hersendc de Clairvaux, veuve de Guillaume de Montsoreau, et, selon Fleury (1. lxvi, n. 34) et VHist. liltér. (t. X, 162), Pétronille de Craon. Baronius (ad ann. 1117) énumère les onze filles, petites-filles ou sœurs de rois, qui ont été abbesses du célèbre monastère. Fontevrault est aujourd'hui, comme le Mont -Saint-Michel et Clairvaux, transformé en maison centrale de détention pour les deux sexes. La tour dite d'Evrault et le chœur de la magnifique église ont seuls été épargnés : nous y avons vu, en 1851, les tombeaux de Richard Cœur do Lion et de Henri 1", dans le plus honteux abandon. Depuis, ces tombes ont été enlevées et transportées à Versailles, où elles se trouvent confondues avec d'autres débris du même Kenre.
Dans la foret de Craon, où Robert s'était d'abord retiré, il avait été rejoint par un moine picard, nommé Bernard, qui avait fui la dignité abbatiale dont les religieux de Saint-Savin voulaient l'honorer. Mais, plus tard, le bon religieux ne put se dérober au choix des moines de Saint-Gyprien de Poitiers. Une fois abbé, Bernard sut remplir avec énergie ses nouveaux devoirs. Au concile de Poitiers, il se distingua, à l'exemple de son ami Robert, par la plus intrépide résistance aux violences du duc Guillaume. Gomme l'abbaye de Gluny prétendait que celle de Saint-Gyprien était de sa dépendance, Bernard se démit de ses fonctions et alla s'associer à Robert d'Arbrissel et à ses collaborateurs, pour prêcher, au péril de sa vie, contre les prêtres scandaleux de la Normandie, dont les concubines essayèrent plusieurs fois de le faire périra
Gependant, les moines de Saint-Gyprien, qui luttaient de toutes leurs forces contre les prétentions de Gluny, avaient arraché de leur ancien abbé la promesse d'aller plaider leur cause à Rome. Il y fit deux voyages, mofité sur un âne, et vêtu d'un pauvre habit d'ermite. D'abord bien accueilli, puis repoussé dans ses demandes, mais fermement convaincu de la justice de sa cause, Bernard soutint sa thèse contre le pape lui-même et ne crai-
1. Undc factum est ut uxorcs presbyteroruni, metuentes abiis disjungi, cum suis auxiliariis eum perimere quccrerent. Gacku. Gross. Vita S. Bcrnardi Tiron., ap. Dolland., die li April., c. G.
gnit pas de le citer au tribunal de Dieu\ Pascal, d'abord irrité, se laissa bientôt adoucir par les deux cardinaux légats, Benoît et Jean, qui, moines euxmêmes, avaient apprécié au concile de Poitiers le mérite et le courage de Bernard. Ce dernier put donc recommencer devant le pape et devant le conseil pontifical, son plaidoyer où il soutint que Saint- Gyprien florissait longtemps avant la naissance de Cluny ; que l'abbé Hugues convoitait une épouse qui n'était point sienne, et usurpait, sans aucun fondement, le titre inconnu jusqu'alors d'archiabbé^ Bernard gagna sa cause. Pascal confirma la liberté de Saint-Gyprien et voulut garder l'abbé comme cardinal auprès de lui. Mais Bernard demanda, pour toute grâce, d'être déchargé de son abbaye, ce qui lui fut accordé. De retour en France, après avoir traversé de dures épreuves et même ces persécutions qui sont, en ce monde, la condition de tout véritable succès dans les œuvres bénies de Dieu, il découvrit enfin à Tiron, dans une forêt du Perche, une retraite à sa convenance. Le comte Bolrou lui en abandonna la propriété, et Yves de Ghartresl'y vint installer''. Bientôt cent moines fu-
1. Et quia sicut scriptum est : Juslus nullo confiait, m Romana syiiodo contra Paschalempapam pro libertate litigavit; ipsumquc, quia plenarium sibi rectum non fecerat, ad divinum examen provocavit. Ordeb. Vital, 1. vin, p. 715.
2. Nunc autcm Cluniacensis abbas, juxta Isaiaî vaticinium, ad uxorem mcam hinnire non desinit.... Arcbiabbatis noinen usurpans. M\- BiLL., Ann., 1. Lxxi, c. 17.