‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 157 sur 267 · Immenso coacto exercitu. Petr. Duc, 1. c · texte numérisé non relu

Immenso coacto exercitu. Petr. Duc, 1. c

5. Circiter triginta millia equitum electorum. Vit. S. Conrad., ap, Canis., Thés, anecd., t. VI.

4. Literalis viris, paratis scilicet ad rationem omni poscenti reddendam. Citron. Ursperg., ad ann. 1140. — Parmi eux il y avait un Écossais nommé David, qualifié d'historiographe impérial (il rédigea l'histoire de cette expédition en trois livres ; 171 régis graliam magis qiiam hisloricum deceret, proclivem, dit de lui Guillaume de Malmesbury), et depuis évêque de Bangor. Guill. Mai.mesb., t. V, p. 167 ; — Chron. Ursperg. — On voit que l'empereur ne comptait négliger aucun moyen de faire triompher ses prétentions; mais la Providence les déjoua dans les grandes comme dans les petites choses, et le récit de son narrateur officiel a péri.

Grand effroi

causé par le sac de Novare.

voir des empereurs allemands, pendant la lutte contrelesprincescatholiques, pour accroître leur liberté politique : elles se faisaient la guerre entre elles comme autant de seigneuries indépendantes. Mais il n'y avait pas encore, entre leur cause et celle de l'Eglise, cette fusion, cette solidarité qui valut plus tard à l'une et à l'autre de si éclatants triomphes. Quelques-unes de ces cités belliqueuses firent mine de résister à l'invasion du prince allemand. Mais le sac de Novare, première ville qui lui refusa l'obéissance, effraya les autres. Elles lui ouvrirent leurs portes sans résistance, et toutes lui envoyèrent des présents, sauf la fière Milan, où le prêtre Luitprand, mutilé pour la foi, entretenait depuis longtemps un foyer de résistance orthodoxe : cette ville ne voulut pas lui donnerd'argent\ Ayant passé le Pô dans la plaine deRoncaglia, où il campa pendant six semaines, Henri reçut l'hommage de tous les feudataires de cette partie de l'Italie. Seule la grande comtesse Mathilde ne s'y présenta pas\ Cependant elle ne chercha point à s'opposer au passage des Allemands, soit qu'elle se sentît trop faible, soit qu'elle se trompât, comme le pape, sur les intentions du roi. Comme il importait à Henri de s'assurer au

4 , Nobilis urbs sola Mediolanum populosa

Non servivit ei nummum, neque contulit seris. DoNNizo, Vit. Malh. II, 18.

^. Sola Matbildis erat, quia regem scmper liabel)al

Exosuni mullum, certaminibusquerepulsum.

Ibid

moins la neutralité de la princesse, il lui envoya des ambassadeurs qu'elle reçut dans son château de Bibianello, près Canosse, en même temps que la visite d'une foule de barons d'au delà les monts, curieux de voir cette femme extraordinaire. Il y eut une sorte de raccommodement entre la comtesse et le prince ; mais elle ne lui promit aucune assistance qui pût préjudicier à l'indépendance de rEglise\ Le roi continua sa route vers Rome, par la Toscane : il mit six semaines à traverser les diverses chaînes des Apennins. Son armée souffrit cruellement du froid dans ces montagnes : les violences qu'elle y exerça, spécialement contre les églises et les zélés catholiques, n'indiquaient que trop l'esprit de l'entreprise ^

D'Arezzo, qu'il avait assiégée et incendiée, Henri envoya au pape une ambassade présidée par son chancelier Albert, archevêque élu de Mayence. Une négociation fut entamée avec les plénipoten-

i . Ultramontani proceres multi quoque clari

Ad quam venere, miraturi mulierem....

l'traque pars tandem pacem laudavit eaindeiii ; Sed contra Petrum non promisit fore secum

DONMZO, II, 18.

La Chron. Ursperg. dit : Comitissam per internuntios sibi subjectam, gratia sua propriisque justitiis, donavit.

2. Eccle&ias destruere non cessavit, religiosos ac catholicos viros capere.... a propriis sedibus expellere non desistebat. Sic impie agendo per Longobardiam et Tusciam usque pervenit. Pandulph. Pisan., in Vitn Pasch. //. — Order. Vit. (lib. x, p. 728) parle aussi des ravages exercés par Henri, maison supposant qu'ils s'étendaient sur les possessions de Mathilde, ce qui parait improbable après le traité.

liaires pontificaux, donf le chef était Pierre fils de Léon*.

Les discussions avaient lieu dans le parvis de Saint-Pierre\ Le pape se refusait à couronner Henri comme empereur jusqu'à ce qu'il eût garanti la paix de l'Église, en renonçant aux investitures. Henri soutenait, lui, qu'il ne pouvait amoindrir et sa couronne et l'empire, en renonçant à un droit exercé depuis plus de trois cents ans et confirmé par le consentement de soixante-trois papes\ Alors le pontife proposa une solution aussi nouvelle qu'importante, et qui témoignait hautement de sa bonne foi et du désintéressement absolu de l'Eglise dans

Proposition . • i ti

des cette question vitale. 11 proposa de renoncer, au

plus dangereuses i ru r ^ * t 1 • * ' i

faite nom de 1 Jciglise, a toutes les possessions et regales

par le pape.

4. Léon, père de Pierre, grand-père de l'anlipape Anaclet II, et tige d'une famille très-influente, était d'origine judaïque et s'était rendu très-puissant par ses richesses et son dévouement au saintsiége. Il avait su s'allier avec la plus ancienne noblesse de Rome; salis alto sanguine malerno nohilitatis crat, dit son épitaphe composée par l'archevêque Alfano de Salcrne.

2. In porticu S. Pétri (Petr. Duc, Citron. Cassin., 1. IV, c. 57). Il y eut, du reste, une interruption. Les premiers ambassadeurs envoyés d'Arezzo revinrent au-devant de Henri jusqu'à Acquapcndente. emmenant avec eux les nonces romains; puis il en renvoya d'autres qui traitèrent à Rome et vinrent lui apporter le résultat des négociations à Sutri, jusqu'où il s'était avancé à petites journées, au commencement de février Hll.

5. Rcgno nostro a Carolo trecentis et eo amplius annis et sub LXIIl Apostolicis investituras tcnenti.... Et per nuntios eum nostros ab 60 quœreretur, omnibus his sublatis quid de nobis fieret? in quo regnum nostrum constarct? Epist. Hcnr. ad Parmcnses, cod. Udalr., n»26l, apud Eckhard, CoriJ. histor., t. II.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 425 qu'elle tenait des anciens empereurs *, et de se contenter, modestement, des dîmes et des oblations, en interdisant à toujours aux évêques d'Allemagne, sous peine d'anathème, d'occuper désormais les villes, duchés, comtés, monastères, péages, marchés, avoueries, manoirs, châteaux et droits quelconques, qui dépendaient de l'empire, et qui étaient compris sous le nom de régales \ Moyennant cette concession, le futur empereur, que le pape s'engageait à couronner en cette qualité, devait à son tour renoncer, par écrit et en public, le jour de son couronnement, à tout ce qu'il avait usurpé sur l'Eglise (c'est-à-dire aux investitures), déclarer libres les églises, avec leurs dîmes et celles de leurs possessions qui n'appartenaient pas manifestement à l'empire; enfin, restituer et garantir le patrimoine de Saint-Pierre, ainsi que la sécurité personnelle du souverain pontife, contre tout attentat, violence ou emprisonnement'.

1. Omnia prsedia et regalia quse a Carolo et Ludovico, Ottone et llenrico.... ecclesiis collata sunt. Ibid.

2. Sub anathemate ne quis eorum.... invadant eadem regalia et eivitates, ducatus, marchias, comitatus, monetas, tlieloneum, mercatum, advocatias, oinnia jura centurionuin et villicorum, curtes et villas, quse regni crant, cum pertinentiis suis, niilitiaiii et castra. Ibid., n« 262. — Cf. Petu. Duc, Chron. Cassin., iv, 57.

3. Ut iraperator.... omnc maie usurpatum Ecclesiasticum.... astante clero et populo, per scriptum deponeret.... Dimitteret ecclesias libéras cum oblatioiiibiis et possessionibus suis quas ad regni non pertinere jus, conslarc potest.... ISihil aut facerct aut diceret ut papa pontificatum amillat, nihilque ipse patialur in vita, vel in membris, vel capiatur mala captione. Peth,. . Di.\c., 1. c.

L'empereur obtenait ainsi mille fois plus qu'il n'avait jamais pu demander et même espérer. Les vastes fiefs^ des évêchés qui, indépendamment des domaines donnés à l'Église, constituaient en Allemagne des principautés presque aussi considérables que celles des plus grands vassaux laïques, auraient ainsi fait retour au domaine royal, et il en serait résulté, pour la royauté allemande, un accroissement démesuré de puissance, qui, joint au prestige de l'autorité impériale dont elle se serait presque toujours revêtue, lui aurait fourni des moyens de triompher facilement de la résistance des princes séculiers, et de fonder cette monarchie absolue qui toujours avait été le rêve de Henri III et de Henri IV. Il était donc naturel qu'une pareille concession excitât la plus vive opposition , nonseulement parmi les évêques allemands, qu'elle dépouillait, mais encore chez les princes laïques, qu'elle plaçait sous la formidable prépondérance du pouvoir impérial. Quant au pape, il n'était tenu d'avoir en vue que les droits et les intérêts spirituels de l'Église, lesquels étaient complètement garantis. siiuation de L'Églisc d'Allcmagnc, en vertu de cet arrangement, d'Aulmasne allait être placée dans une situation analogue à celle Tceurde des Églises deFranceet d'Angleterre, où lesévêques, àe France, quoiquc posscsscurs de domaines assez vastes, et, à ce titre, astreints au service féodal, étaient loin de

1 . Beiclislchne, fiefs d'empire tout à fait distincts des Kirc/un- * guter ou biens d'église. Gervais, i, 40.

compter dans leurs fiefs d'aussi vastes territoires et des cités aussi importantes que dans l'empire, mais où, en revanche, Tinvestiture par la crosse et l'anneau n'existait plus\ Dans ce système, l'Eglise allemande devait conserver la liberté de ses élections ; elle se réservait le domaine absolu de la dîme, outre les bénéfices fonciers proprement dits, tributs de la piété et de la charité sous la forme d'oblations ou de donations'. Enfin elle échappait à cette servitude des intérêts temporels qui la détournait de son auguste mission. « En votre royaume, disait Pascal « dans le projet de traité {in charta conventionis) c( qu'il lui transmit^; les évoques et les abbés sont

1. En Angleterre, seulement depuis la paix de Henri II avec saint Anselme. V. plus haut.

2. Qui étaient alors, naturellement, le plus souvent territoriales et qui lui auraient rapidement recomposé un vaste domaine.

3. Cod. Udalr., n° 263, et Coletti, Concil., t. XII, p. 993. — Nous traduisons par projet de convention les termes dont se sert l'empereur : cliarla conventionis, quoique dans sa forme actuelle elle paraisse avoir été consommée ; mais il est évident qu'elle n'était destinée à être rendue que le lendemain du couronnement de Henri, puisqu'on y lit : « Porro Ecclesias.... libéras decernimiis, sicut in die coronationis tuse omnipotenti Domino in conspectu totius Ecclesiaî yromisisti. » Cette promesse était, aussi bien que le couronnement, une des stipulations du traité ; et le pape la supposait remplie. Mais Henri ne fut couronné que deux mois après et sans, faire aucune promesse de ce genre; d'un autre côté, il avait déjà une copie de cette lettre, qu'il envoie aux Parinesans en leur disant : « l'etii ab eo ut sicut in charta conventionis ejus scriptum est, inilii adimpleret. Hsec est charta conventionis ejus ad me. » — Suit le texte que nous citons. Cf. Cod. i'dalric, n"' 261, 262 et 263. Fleury s'est trompé en rapportant cette lettre du pape au concile de Latran en 1112. Saint-Marc [Ilisl. d'Italie, iv, 982] a déjà relevé cette erreur étrange.

« astreints par leurs possessions à fréquenter les « cours de justice et à faire sans cesse la guerre. Les « ministres de l'autel sont devenus les ministres « de la cour\ pour avoir accepté de la main des rois « les cités (les duchés et tout ce qui appartient au « service du royaume), et il en est résulté cet usage « intolérable, que les évêques élus ne peuvent être « consacrés avant d'être investis par la main royale. « De là et la simonie, et les usurpations violentes des « sièges. C'est pourquoi nos prédécesseurs, d'heuc( reuse mémoire, Grégoire VII et Urbain II, ont sans « cesse condamné dans les conciles les investitures « laïques, déposé et excommunié ceux qui les re- « cevaient. Il faut donc que les laïques, libérés des « charges temporelles, n'aient plus souci que de « leurs peuples et ne s'éloignent plus de leurs « églises : il faut qu'ils veillent, selon l'apôtre « Paul, pour rendre compte de toutes ces âmes qui « leur sont confiées. »

S'il l'on en croit une version très-suspecte", les plénipotentiaires impériaux, tous laïques comme

1. Ministri altaris minislri curiae facti sunt.... Nunc et mos Ecclcsise intolerabilisinolevit ut electi episcopi ac... oportet episcopos juris ssecularibus cxpeditos, curam suorum agere populoruin iicc Ecclesiis suis abessc diutius..., tanquam rationem reddituri pro animabus eorum. Cod. Udalr., n. 2G5.

2. Nous n'hésitons pas à désigner ainsi l'épîtrc de Henri aux Parmesans, écrite pour justifier la captivité du pape, et où la contradiction et la mauvaise foi éclatent de toutes parts. Aucune autre source contemporaine ne parle de ces objections.

LES PRÉDÉCESSEURS DE CÂLIXTE II. 427 ceux du pape\ à l'exception du chancelier Albert*, se bornèrent à présenter quelques objections au plan de Pascal, déclarant que le roi ne voulait pas faire violence à l'Église ni encourir la peine du sacrilège en la dépouillant'. Mais il est certain qu'ils acceptèrent le traité, tout ensachant parfaitement, comme leur maître le déclara depuis*, que le traité était inexécutable. Ils n'hésitèrent point à déclarer que leur roi, moyennant la concession offerte par le pape, renoncerait aux investitures '', et ces préliminaires furent confirmés par le serment réciproque des négociateurs des deux parties % prêté au parvisde Saint-Pierre, le 5 février 1111. Les ambassadeurs de Henri lui portèrent à Sutri le traité, qu'il accepta sans hésiter, sous la réserve de la confirmation authentique et solennelle des princes ecclé- piltf ^^pape siastiques et séculiers"^. Il jura, déplus, d'accepter l'empercur.

1. Ce caraclèrc laïque des plénipotentiaires du pape est remarqué dans la lettre du cardinal Jean de Tusculum à l'évoque d'Albano, ap. Baron., 1. iv, c. 13.

2. Leurs noms se trouvent en tête du serment cité par les Acla Sutrina, ap. Baron., ad ann. 1111, et Cod. Udal., n" 262.

3. Cum nostri responderent : Nos quidem nolle Ecclesiis violentiam inferre, nec ista subtrahendo tôt sacrilegia incurrere. Cod. Udalr., 261.

4. Nostris tune idem firmantibus, si hsec uti prsemissum est, complesset (papal, quod lamcn nullo modo posse fierl sciebant. Lettre de Henri V lui-même aux Parmesans, Cod. Udalr., 261.

5. Me quoque investituras Ecclesiarum, uti quserebat, refutaturum. Ibid.

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