Fleurt, 1. c
2. Et prsecipue domini mei papse Gregorii.... quse ipsi laiidaverunt, laudo; quœ ipsi tenuerunt, tcnco.... et per omnia et in hissemper persevcrabo. Ad. conc, 1. c.
3. C'étaient peut-êlre là les membres de la commission chargée de préparer l'arrêt.
« avec le même seigneur pape en ce saint concile, « par l'autorité ecclésiastique et le jugement du (( Saint-Esprit, nous déclarons le condamner, nous (( le tenons pour de nulle valeur, nous le cassons « absolument, et défendons, sous peine d'excom- « munication, qu'il ait aucune force ou autorité ^ »
Tout le concile confirma cet acte, en criant : « Amen, Amen, Ainsi soit-iP 1 »
Ce grand acte fut souscrit et approuvé par les cent vingt-six évoques et cardinaux qui composaient l'assemblée, sans compter beaucoup d'ab-r bés, de clercs et de laïques \ En même temps, l'Eglise de Milan protestait, de son côté, contre l'intervention impériale, en déposant l'archevêque Grossulanus, et en élisant à sa place le diacre Jourdain, dont l'élection fut confirmée par le pape*,
1. Privilegium illud quod non est privilegium, neaue vero dici débet privilegium, sed pravilegium.... judicio Spiriius sancti damnanius et irritum esse judicamus, et ne quid auctontatis ei eiTicacitatis habeat, pcnitus excommunicamus. Acta conc, I. c.
2. Acclamatum est ab universo concilio : Amen, amen. Fiat! Fiat! Ibid.
3. On remarque parmi les signataires les cinq évêques suburbicaires, le patriarche de Venise, treize cardinaux-prêtres et huit cardinaux-diacres, dont deux abbés : Qui in damnationem consenserunt cum abbatihus aliis et innumerabili multitudine tam clericorum quam laicorum. Ibid. — Fleury, par une étrange bévue, mais trompé par un intitulé de la CoUeclion des Conciles (Coletti, t. XII, p. 993), rapporte à ce concile le projet de bulle dressé par Pascal lors du traité de Sutri, et que nous avons cité plus haut à sa place convenable.
4. Voy. les détails de cette élection dans fMndulph, Jun. chron,, c. 23, 25, ap. MuBAT., t. V.
malgré la vive résistance des partisans de l'empereur \ Les principaux agents de celui-ci en Italie, c'est-à-dire l'évêque d'Acqui et l'abbé de Farfa, lui écrivirent ce qui se passait à Rome et en Lombardie, et l'invitèrent à revenir en toute hâte, avant que l'incendie ne se fût étendu partout\ Mais déjà l'évêque Gérard d'Angoulême avait été chargé par le concile d'aller notifier ses décrets à l'empereur, et de l'inviter à renoncer aux investitures".
Le prélat français s'acquitta avec un zèle si courageux de cette mission, en présence de Henri V, que les gens de la cour impériale, en entendant son discours traduit par le chancelier Albert, en ressentirent la plus violente colère. Mais l'empereur, plus généreux, combla le prélat de présents, tandis que l'archevêque de Cologne, qui avait été élève de Gérard et le recevait chez lui, se montrait trèsirrité : « Maître, s'écria-t-il, vous avez affligé notre « cour d'un grand scandale! » L'évêque d'Angoulême, indigné, répondit : « Ce peut être un grand
1. Quod ego videns contra imperii vestri honorem fieri omnino interdixi. Epist. Anzonis Aquends in cod. Vdalr., n. 258. — La suscription seule de cette lettre montre de quel esprit servile cet évèque était imbu : Excellentissimo Domino suo Ilenrico, etc. A.... Majestatis suse et Aquensis Ecclesise servus....
2. Vestrœ est adhuc Longobardiaî dum terror quem incessistis in corde ejus vivit, et facilius potestis cum pugillo aquaî scintillulam ignis extinguere quam flammarum globum cum aquarum abundantia. Ibid. Cf. Ep. Farfensis abbaf., cod. Udalr., n. 258.
5. Quatenus investituras Romanjc Ecclesiîc exponcrct. Hist. Engol. ])ontif., 1. c. — Stentzel croit qu'il faut lire dcponcret.
LES PRÉDÉCESSKL'RS DE CALIXTE II. 47Ô « scandale pour vous; mais, sacliez-le, pour moi « c'est rÉvangile même qui a parlé ^ ! »
Cependant, beaucoup d'éveques français n'étaient point satisfaits du moyen terme que le concile avait adopté sur la proposition d'un des leurs. Ils auraient voulu que l'empereur fût excommunié, et ils reprochaient au pape sa mollesse. Mais Pascal trouva midchurt parmi eux deux apologistes dans la personne des et
, , V j r^ 1 1 T i' ' 1 Yves deChailics,
deux evcques de l'rance les plus distingues par leur apoio-istes savoir et leur éloquence, Ilildebert, évêque du Pascai ii Mans, et Yves, éveque de Chartres. La conduite de Ilildebert était d'autant plus méritoire que, victime, vers la même époque, d'un attentat analogue, il avait fait preuve, lui aussi, de la plus héroïque constance. Le sénéchal du comte Rotrou de Mortagne s'étant emparé de la personne du prélat, par un lâche guet-à-pens, l'avait retenu enchaîné dans une étroite prison pendant plusieurs années*. Rien n'eût été plus facile que de le faire racheter à des conditions plus ou moins onéreuses pour son Eglise; mais il n'y avait point voulu consentir,
l.a Magister, maximum scandalum j^^cnerasti in curianosira. » In- (lignans autcm Gerardus : a .... Tibi sit scandalum, milii est Evangelium » Ibid. Les Bénédictins dégénérés qui ont écrit Vllisf. tilt, de France (t. XI, 002) traduisent : « Que le scandale soit pour vous, VÈvangile est pour moi », et ajoutent : Il faut entendre l'Évangile commenté par les Décret aies. Ils écrivaient, en 1759, sous la censure du chancelier de Louis XV.
2. Pour se venger de l'emprisonnement du comte de Mortagno, au Mans, par le comte d'Anjou. Ilildebert ne sortit de prison qu'en 1118, Vit. llild., ap. Beaogendre, p. xxxv.
i74 LES PRÉDÉCESSEURS DE C.VLIXTE 11.
et voici dans quels termes il en avait écrit à son ■clergé : « Priez pour moi et plaignez-moi, mais ne « vous occupez pas de ma rançon. Racheté une fois c( déjà par le sang du Christ, je n'ai pas besoin de « l'être encore une fois. Ce sang-là, voilà ma ran- « çon. Comment me laisserais-je racheter à prix « d'argent, moi qui le suis déjà par une rançon ^ sans prix? D'ailleurs, c'est une rançon infâme « que celle qui tue la liberté de l'Eglise et lui u vaut la servitude, car il faut que tous les mem- « bres servent lorsque le chef est ployé sous le « joug d'un tribut.... Certes, je n'estime pas assez « la vie pour la racheter à ce prix. J'aime mieux (( courir le risque de la perdre que de fouler aux « pieds, pour elle, la liberté commune. Que ma <( mort du moins profite à l'Eglise, qui a si peu « profité de ma vie. Il est d'un évéque de mou- « rir pour la cause de tous, lorsqu'il ne peut plus « vivre pour son Eglise*. »
Yves de Chartres, se constitua, plus ouvertement encore queHildebert, le champion et l'apologiste de Pascal II. Il refusa, au nom de son mélropolitain
1. Nous avouons notre impuissance à rendre l'énergie laconique de l'original : Semel Christi redeniptus sanguine, ilerum redimi nhi\ requiro. Sanguis ille redeniplio mea.... Prœterea infamis est redemptio qua libertas périt Ecclcsiœ, qua servitus comparatur.... Ego certe tanti vitam non facio, ut brcvem diligani et redemptam. Malo pp.riclilari de ea quam pro ea connnunem conculcai e libertatem. Prosit Ecclesiœ mea mors, cui dum vivens prœfui, non profui. Pontificis est, si non vivere, mori saltem universis. IIhded., Episf, m, 17.
et (le tous les évoques de sa province, de se rendre au concile que Tarchevêque de Lyon avait convoqué à Anse, et où il supposait qu'on voulait mettre à nu la honle du chef de l'Eglise, et faire condamner celui qu'il n'était permis à aucun mortel de juger\ Dans le Mémoire qu'il publia, pour motiver ce refus, Yves justifia le pape de n'avoir point usé contre le roi des Allemands de la sévérité qu'il méritait, à cause des dangers que cette sévérité aurait nécessairement entraînés. Se fondant sur un texte de saint Augustin % il soutint qu'on ne doit employer l'anaihèmeque quand il n'y a aucun danger de schisme, et que le coupable n'a point pour complice un grand nombre de chrétiens \ Il alla même jusqu'à louer formellement Pascal d'avoir fait au roi des concessions contraires aux anciens décrets et à sa propre conviction, afin d'éviter, à ses dépens, le massacre de son peuple et de très-grands malheurs, en imitant l'indulgence de Notre-Seigneur*. Enfin, il s'élevait contre ceux qui traitaient l'investiture
1. Potius pudenda patris nosiri nudabitis.... Concilia in quibus non , possumus eas personas, contra quas agitur, condemnare vel judicare; quia nec nostro, ncc uUius hominum probantur subjicere judicio. Plus loin il dit : Principales Ecclesise claves nolumus poteslate sua privare, qusecumque persona vices Pétri habeat, nisi manifeste ab Evanprelica veritate discedat. Yvon., Episl. 236
'2. Contra Pannenian., 1. m, c. 2.
3. Cum congregatione Ecclcsiae multitudo ab eo crimine, quod anathemalizetur, aliéna est. Ibid.
i. Unde nunc excessura ejus non tantum non accusamus, sed dictante ralione approbamus, A imminente slrage populi. Yvo, 1. c.
n-pond à Yves (1(; Chartres
d'hérésie, tout en déclarant que, d'après lui, celle inveslilure des laïques était une usurpation sacrilège qu'il fallait, pour la liberté et l'honneur de l'Église, retrancher absolument, si on le pouvait sans préjudice de la paix, mais contre laquelle, en attendant, il fallait protester discrètement, de peur de faire naître un schisme^ joceran (( Mou Dicu ! qucllc nouvellc et curieuse philo-
ce Sophie, répondit au prélat le moine Joceran, arec chevêque de Lyon, que d'exhorter les chrétiens à « être timides contre les forts; que de prêcher aux « gens la pusillanimité devant la guerre et l'audace « dans la paix, la sécurité au milieu des dangers et « la prudence quand il n'y a plus rien à faire 1 Quel « détestable pilote que celui qui déploie toutes les « ressources de son art dans le calme, et qui, dès « que la tempête arrive', abandonne le gouvernail 1 (( On nous oppose le danger des temps, la multitude « et la force de nos adversaires, la faiblesse et le (( petit nombre des adhérents à notre parti; mais, « plus les temps sont dangereux, et plus les servi-
1. Manualis illa investitura per laicos facta, alieni juris est perversio, sacrilega prsesumptio, quJE pro libertate Ecclesise et potestate, salvo pacis vinculo, si fieri potest, funditus absciscenda est.... Ibid. — Yves écrivit encore plusieurs autres lettres (£;?. 122, 253) sur la nécessité de ménager le pape, et de procéder avec charité et condescendance envers l'empereur.
2. Novum et inauditum pliilosopliandi genus, hortari contra fortes timidos.... fieri in bello fugaces, in pace veto audaces. Detestabilis magister navis qui in tranquilla serenitate artis suae fastigium exercct. Ap. Epist. Yron., n° 237.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 477 « leurs (le Dieu doivent lutter pour que la charité « ne s'éteigne pas dans le cœur du petit nombre de (( disciples à qui le Christ a dit : Ayez confiance, j'ai (( vaincu le monde ! En préchant la défiance, tu prête clames la victoire du monde et tu anéantis la vic-
« toire du Christ^ En essayantde soustraire les
« rois et les empereurs au jugement des évêques, « veux-tu donc t'élever contre l'avis du grand « empereur Constantin, qui, au concile deNicée, a (( reconnu la juridiction des évêques? Prétends-tu « condamner aussi Ambroise, qui excommunia « Théodose, et Grégoire VII, qui a condamné l'em- « pereur d'Allemagne? )j
L'archevêque se défendit d'avoir voulu soit juger le pape, soit découvrir la honte desonpère^ Il admit, avec Yves, que le fait de l'investiture n'est pas en soi une hérésie, mais qu'il y a hérésie indubitable à maintenir et approuver comme un droit cette coutume^ Joceran terminait en invitant Yves à continuer la discussion ; mais l'évêque de Chartres préféra orarder le silence*. On ne sait si le concile
l.Si ergo doces diffidendum, victoriam mundi prœdicas et Christi victoriam prosternis. Ibid.