‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 23 sur 267 · septembre · texte numérisé non relu

septembre

3. Juxta Gregorii Papœ statutum.... Accipite eum et in Romana sede locale, meamque vicem in omnibus, quousque id facorc possilis, lialictote. Chron. Cass., III, c. 75.

Odon, pourtant, ne fut élu qu'après un nouvel interrègne de six mois, en mars 1088, dans une assemblée tenue à Terracine, et grâce aux soins et au zèle de la comtesse Mathilde. Le cardinal-évéque de Porto apporta l'adhésion du clergé romain, et le préfet de Rome, Benoît, celle de tous les fidèles laïques. Les évéques, cardinaux et abbés S au nombre de quarante, après s'être préparés par un jeûne de troisjours, déclarèrent que leur choix unanime se portait sur Odon. On lui arracha aussitôt son froc de laine, pour le revêtir de la poupre, et il fut proclamé pape sous le nom d'Urbain IL C'était donc encore un moine qui , après Grégoire VU (ît Victor III, allait être chargé de présider au gouvernement de TEglise dans les circonstances les plus critiques. Urbain était Français, et fils d'un seigneur champenois ^ Après avoir reçu les leçons de saint Bruno, à Reims, il s'était fait religieux à Cluny, sous l'abbé saint Hugues, qui l'avait envoyé comme son remplaçant auprès de Grégoire Vil, dès l'avènement de celui-ci. Nommé successivement cardinal et évêque d'Ostie, puis légat en Allemagne, Urbain avait été le prisonnier de Henri IV, lît c'est à cette forte école qu'il s'était formé un ca-

1. Au premier rang de ceux-ci, on remarquait Odcrisio, successeur (le Victor comme ahhr du Mont-Cassin : ex iiobili Marsorum comitum stirpe, dit la chronique. Il gouYorna jusqu'en H05.

"2. Son père était seigneur de Lagery, entre Cliàtii'on-sur-Marnc of. Reims.

raclère assez ferme pour continuer la lutte commencée par Ilildebrand, et pour prêcher la première croisade, la plus grande des entreprises de la chrétienté. Le lendemain de son élection, le nouveau pape annonçait, par une encyclique, au monde catholique, quelle lourde charge venait de lui être imposée \ et faisait part aux évêques et aux fidèles de quel esprit il était animé : «. Ceux qui « m'ont nommé, disait-il, affirment qu'ils y ont « été déterminés par l'autorité et le commande- « ment de mes prédécesseurs, de sainte mémoire, « Grégoire et Yictor. Dieu sait jusqu'à quel point « ils ont dû contraindre mes désirs et ma volonté. « Mais, puisque, sans aucune ambition ni pré- « somption de ma part, l'on m'a forcé d'accepter « un tel fardeau, dans un temps si plein de dangers, « il ne me reste qu'à vous conjurer de demeurer « fidèles à l'Eglise, de la défendre et de combattre, i< comme de vaillants guerriers, au jour des ba- « tailles du Seigneur. Quanta moi, ayez confiance, « et soyez persuadés que, avide de suivre, de tout « point, les traces de notre bienheureux père, le « pape Grégoire YII, je repousserai tout ce qu'il a « repoussé, je condamnerai tout ce qu'il a con- (( damné, j'embrasserai tout ce qu'il a aimé, j'ap-

1. Statim in sequenti die, mi^sis lilleris omnibus catholicis.... Cluon. Cass., IV, 2. Celte lettre, dont Baronius déplorait la perte, ;t été retrouvée par D. Mariène et publiée par lui iii Ampliss. collccl.,

« prouverai et confirmerai tout ce qu'il a trouvé (( bon et catholique \ »

Après cela, Urbain, tirant habilement parti des ressources que lui offraient ses relations monastiques, lit appel au concours de son ancien supérieur, Tabbé Hugues de Cluny. « Je vous en conjure, lui écric( vait-il, si vous avez quelque pitié dans le cœur, s'il (( vous reste quelque souvenir de votre fils et de votre « élève, venez combler mes ardents désirs par votre « présence; ou, si cela ne se peut, envoyez-moi du « moins tels de vos enfants, mes anciens confrères, « que je puisse considérer et recevoir comme vous- (( même, qui vous remplacent auprès de moi, qui « me fassent entendre, au milieu de mon trouble, « votre parole consolante, goûter la douceur de « votre amour et connaître ce qui se rapporte à vous « et à toute la congrégation de nos frères. Surtout, « je vous en supplie, faites en sorte qu'ils prient, (( qu'ils implorent tous le Seigneur, afin qu'il daigne « restaurer sa sainte Eglise aujourd'hui si cruelle- « ment exposée : et sachez que c'est là une obliga- « lion spéciale que je vous impose \ »

1 De me porro ita confidcf c et crédite, sicul de beatissimo paire nos- Iro Papa Gregoriu, cujus ex toto sequi vestigia cupiens, omnia quarcspuit respuo, «iuîc damnavit daiiino, quse dilexit prorsiis amplector, quse vero rata et catholica duxerit confirmo et approbo, et ad poslremum in utramque partem qualiteripse sensit, in omnibus omnino sentio atque consentie.... Datum Terracinic, III. Id. Mart.

'2. Si qua tibi sunt piclatis visccra, si qua filii et alunmi inenioria.... taies de filiis tuis confratribus nieis, in quibus te videani, t< suscipiani, tuœ consolationis in iniiiicn'^is [lerturbatio.iibus positus

Ses actes répondirent à cette effusion de son àme. Il chercha à s'entourer surtout de coHahorateurs monastiques. Il éleva son homonyme, Odon, moine de Gluny comme lui, à la dignité de cardinaiévêque d'Ostie, dont il avait été revêtu avant son élection. Il prit, parmi les moines du Mont-Cassin, pour en faire ses secrétaires, deux diacres : l'un, Léon \ distingué par le savoir et par l'éloquence; l'autre, Jean, qu'il nomma peu après cardinal et chancelier de l'Église, et qui devait un jour le remplacer sous le nom de Gélase IL Le pape se rendit ensuite au Mont-Cassin, palais et citadelle des souverains pontifes; il y reçut la visite de Roger et de Boëmond, fils de Robert Guiscard, et s'empressa de consacrer leurs largesses expiatrices envers l'abbaye de Bantino, dans l'Apulie, en allant faire lui-même la dédicace de l'église et en proclamant l'immunité complète de ce monastère,

verba cognosccrem, qui tuam carifatcni, tua;que dilectionis affectiini milii reprœsentens, etc. Mab., Ann. Ben., V, \, 67, n. 55. Cette lettre, dans la transcription qu'en a donnée Mabillon, est datée du 15 mai; mais, comme il l'a lui-même remarqué, la première partie indique f'videmment qu'elle a été écrite le même jour que la précédente, le 15 mars.... Quelques mois plus tard, pnr diplôme du 1" novembre, il confirme toutes les imnmniiés et possessions du monastère, où il Mvait été régénéré par une seconde grâce du Saint-Esprit, et reçu de Hugues les premières leçons de la vie monastique. Bibl. Clnniac, p. 514.

I . Il ne faut pas confondre, connue l'a fait Baronius, ce Léon avec Léon auteur des premiers livres de la Chronique du Mont-Cassin. Ils furent tous les deux moines de cette abbaye, et tous deux cardinaux et évé([ues dOstie. Paoi Crit. ad 1088, c, 5. Peth. Diac, De l'ir. UL, c. 50 et 51.

S.iint-Siéffe.

LKS PRKDÉCKSSEURS DE C.VLIXTi: II. 77

spolié par les premiers Normands et de plus apj)aLivri par la sacrilège usurpation des évèques simoniaqucsV

Les fils de Robert Guiscard, à cette e'poque, se dis- us piiiM es

I « , -1 • 1 1 normands

putaient, les armes a la main, la succession de leur de

père ; or, comme ils s'accordaient à reconnaître Tau- dcmeurmt torité d'Urbain II, ce dernier put se faire le média- ' aV leur de leurs différends, et les amener à une réconciliation et à un partage équitable \ Malgré leurs dissensions intestines, ces vaillants princes, en Italie aussi bien qu'en Normandie, n'avaient point cessé de persévérer dans leur dévouement aux papes orthodoxes, et leur concours énergique ne fit jamais défaut à Uibain IP.

Le roi Philippe de France, de son côté, s'empressa de reconnaître le nouveau pape% et l'Espagne chrétienne rendit bientôt un double hommage à

1. Quia nionasterium ipsimi.... cum sacrilegisusurpationibus episcoporum innumera lugenda detrimenta et indigne sustinuit. Diplôme du pape, cité par Baronius ad ann. 1088, c. 8. Ughelli, Italia sacra, t. VII, D. RuiNART,fl'/s^. d'Urbain II, c. 28. Bantino est du diocèse d'Acerenza. On trouve encore dans Baronius, ad. ann, 1090, c. 20 à 28, un diplôme important rendu par les deux princes, du consentement de leurs barons, en faveur des libertés de Bantino.

2. Le traité entre les deux frères fut conclu en 1089, par les soins de leur oncle, le comte Roger, et du cardinal Henri, légat d'Urbain, l'ioger eut le duché de Fouille et de Calabre; Boëmond, depuis si célèbre à la première croisade, eut Bari, Otrante, Tarente, etc. Vinm» Sflicia Sacr., t. III, not. Episcop. Miazzar. Saint-Marc, Hist. d'Italie, IV, 8ii.

5. Normanni Catliolico papaî concorditcr favebant; verum inter se truculenter dissidebant. Ord. Vit., VII, 077. 4. Berth., Comt. ad ann. 1089.

son autorité et à sa sollicitude. Le jour même où saint Grégoire Vil rendait le dernier soupir à Salerne, Tolède, l'antique métropole de l'Espagne, était prise d'assaut, sur les Arabes, par Alphonse Yl, l'oi de Gastille et de Léon \ et le vainqueur convoquait aussitôt une assemblée de seigneurs et de prélats, où un moine français de Gluny, nommé Bernard, était à l'unanimité choisi pour archevêque de l'illustre siège reconquis ^ Alphonse, qui témoignait à l'antique abbaye la plus tendre dévotion, contribuait plus que personne à la construction de l'immense église abbatiale ; il passait pour avoir voulu s'y faire religieux^ et avait obtenu Bernard de l'abbé Hugues, afin de le placer à la tête du célèbre monastère de Saint-Just et Saint- Facond. Le nouvel archevêque voulut aller recevoir le pallium en Italie, des mains d'un pape qui, comme lui, sortait des rangs de Gluny. Urbain fit plus : il rétablit l'ancienne primatie de toute l'Espagne, en faveur du siège métropolitain de Tolède, glorieusement récupéré, après trois cent soixantedix ans d'interruption, par les efforts héroïques de la chevalerie chrétienne \

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