SiMÉON DUNELU., 1, C
3. La bulle est dans Leidmtz, Scr. ver. Brunsw.,i. II, p. '2, et dans Concil , t. XII, p. 13i0. Gebhard, ou Conrad, était moine de llirschau, et mourut en HIO.
4. Presbyteris, diaconibus, subdiaconibus.... matrimonia conlrahere penitus interdicimus : contracta quoquc matrimonia ab bujus-
crets assimilait, par une pensée digne d'une telle époque et d'une telle assemblée, les expéditions faites en Espagne aux pèlerinages entrepris en terre sainte pour défendre le peuple chrétien et détruire la tyrannie des infidèles*. Chose remarquable, au milieu des grandes luttes intérieures, où se décidait le problème du gourvernement de la chrétienté, elle était défendue, au dehors, par des armées sans cesse renouvelées de preux catholiques qui, en Palestine, sous les deux Baudouin", en Castille et Aragon sous les deux
modi personis disjungi judicamus. (Can, XXI.) Jusqu'alors il n'y avait à cette prohibition d'autre sanction pénale que la déposition du prêtre prévaricateur : la nullité de ces mariages n'avait pas été explicitement prononcée.
1. Ad Christianam gcntem defendendam et tyrannidem infidelium debellandàm. Can. II. Cette disposition est rendue etconlirmée dans la bulle de Galixte du 2 avril ll-i2 (in Conc, t. XII, p. 1281, p3r laquelle il constitua son légat en Espagne Oldegam, archevêque de Tarragone, « quia cxercitum vestrum, per nos, ut desideraremus, vi^itare nequimus. » Calixte prenait un intérêt particulier à l'Espagne : il était ( n eltct oncle du jeune roi de Castille, Alphonse VU, et avait une dévotion extraordinaire pour saint Jacques de Conipostelle, patron de lEspagne ; il avait érigé en métropole le sanctuaire de ce lieu, auquel il envoyait les pèlerins anglais qui venaient à Rome. ^GuiLL. Malmesb., 856.) On lui attribue même un livre sur les miracles de saint Jacques. [Ilisl. liltér. de France, t. X, p. 552.
2. Baudouin I", frère et successeur de Godefroy de Bouillon, mort au sein de la victoire en 1118, et enterré dans le saint sépulcre comme son frère Baudouin II du Bourg, troisième roi de Jérusalem, vainqueur dans la grande bataille du 1 4 août 11 '20 avec le bois de la vraie croix, tint la môme année le concile de Naplouse pour appeler la grâce de Dieu sur les vainqueurs, et étendit contre les abus de la force, la même protection aux femmes sarrasines qu'aux femmes chrétiennes (Can. V et XIII, in Conc. XII, 1517). Il fut fait prisonnier
Alphonse S tantôt par leurs éclatantes victoires, tantôt par leur mort héroïque, étendaient le domaine de l'Église, et glorifiaient le drapeau du Crucifié.
Ainsi se termina, par une paix loyale et glo- conséquences
1 , • . de la paix
rieuse, la guerre commencée cinquante ans au- conclue
' ^ n ' • TMi n it ' l tr entre le pape
paravant par saint Grégoire Mi. tette paix ne tut et
, . ^ 111^ 1- -1 r 1 I ' 'l l'empereur.
qu une trêve, parce que 1 Eglise, il huit le repeter, ne peut connaître que des trêves ici-bas; mais elle constate, dans la constitution sociale et religieuse de la chrétienté, des conquêtes aussi précieuses que durables. Dans l'ordre temporel et en ce qui touchait à la grande nation allemande, qui se croyait la mission d'éditler, sur les souvenirs et les traditions de l'empire de Rome païenne, le grand édifice chrétien qu'on a nommé le Saint-Empire romain^ la paix amenée par la volonté et la puissance des seigneurs coalisés, donna une importance souveraine aux princes ecclésiastiques et séculiers : elle fut la véritable sanction de la constitution germanique, et maintint cette indépendance féconde des races provinciales et des dynasties locales, qui a toujours caractérisé spécialement la nationa-
cn 1123 et délivré après la ^a^ande victoire d'IIiblin. Les Pisans et surtout les Vénitiens prêtèrent aux croisés le concours le plus efficace. 1. Alphonse Vil de Castille et Alphonse VI d'Aragon furent tous deux aidés dans leurs guerres victorieuses contre les Arabes par des seigneurs français : Guillaume, duc d'Aquitaine; Gaston, vicomte de Déarn; Rotrou, comte de Perche; Robert d'Aiguillon, dit Burdet, et une foule de chevaliers normands.
lité allemande. Celle paix, en outre, assura définitivement ralliance indispensable des petits Etats entre eux, et réunit les diverses fraclions du corps politique sous l'égide de la royauté élective, responsable, telle que les peuples catholiques Tavaient partout comprise*.
Ce régime assurait la durée des principautés ecclésiastiques, dans lesquelles, jusqu'à leur dernier jour, l'autorité fut si bienfaisante et le peuple si heureux^; et il sut donner pour frein au pouvoir des empereurs et pour auxiliaire à l'antique et légitime liberté des laïques, la liberté et l'indépendance des évêques et des abbés des monastères les plus influents.
Grâce à cette heureuse révolution, on rendit à jamais impossible le retour de cette souveraineté, absolue au spirituel aussi bien qu'au temporel, que les Olhons, Henri III, Henri IV et Henri V, monarques affamés d'absolutisme, avaient toujours tenté de s'attribuer, et qui, si elle eût malheureusement triomphé, aurait fini par n'être plus en rien distincte du monstrueux despotisme des Césars païens.
L'organisation sociale de l'Allemagne se consolida sur ces bases conformes à la fois à la nature d'une société affranchie par le christianisme et au
1. Cette idée est parfaitement développée par Gervais, I, 123 et 153.
2. Nous avons déjà cité le dicton si répandu en Allemagne jusqu'à la sécularisation : Untei' ileni Kriunmstab ist es giit Icben, il fait bon vivre sous la crosse. »
LES PRÉDÉCESSEURS DE C.VLIXTE II. Co5
vieil esprit des anciens Germains, tel que Tacite nous Ta dépeint. Le système moderne de la tutelle exercée par l'Etat sur tous les faits et tous les droits de l'homme, n'avait pas encore été imaginé au préjudice des droits les plus inaliénables de chacun, et du libre développement des âmes. La liberté générale et l'autorité reposaient à la fois sur le pouvoir individuel et sur la féconde activité de chaque membre du corps politique dans sa sphère légitime \ En ce qui touchait l'Église, les conquêtes que la paix de Worms reconnaissait formellement, ou consacrait par son silence, étaient des résultats encore plusprécieux, plus durables de la victoire remportée. L'indépendance totale de la papauté affranchie, pour toujours, de toutes les prétentions que les empereurs byzantins, et, depuis eux, les Carlovingicns, les Othons et les Henri avaient fait valoir, soit comme empereurs, soit comme patrices romains; l'élection des souverains pontifes exclusivement confiée aux cardinaux et dérobée, depuis Grégoire VII, à toute ratification, à toute influence directe ou indirecte de l'autorité impériale ; la liberté générale des élections épiscopales et monastiques, dans tout l'empire, garantie par la concession publique du chef de l'État et mise à l'abri des nominations faites à prix d'argent ou par le caprice des rois : tels étaient les immenses résultats obtenus. Si, en
1. C'est ce que les Allemands modernes désignent quelquefois sous le nom d'autonomie.
fait, robligalion de faire les élcclions en présence (Je l'empereur (ou de ses commissaires) lui assurait une grande influence sur les choix, en droit, son intervention arbitraire était annulée, et l'origine divine de l'autorité ecclésiastique solennellement reconnue. En un mot, à la suprématie incontestée de l'empire, dans la disposition du pouvoir ecclésiastique, telle que Henri III l'avait exercée, se trouvait substituée l'indépendance incontestée de l'Eglise, telle que Grégoire VII l'avait proclamée. Appréciation Ou a cssayé d'affaiblir la portée de ces résultats, en
erronée , i i \tt
du concordat présentant le concordat de VVorms comme une tran-
de Worms. . ^ . . , .
saction, et en opposant a la renonciation des investitures consentie par l'empereur, l'abandon supposé du droit que les papes se seraient arrogé de disposer souverainement des territoires et des droits ecclésiastiques.
Mais cette hypothèse, purement gratuite, repose sur une base tout à fait fausse : jamais le saintsiége n'avait, en effet, élevé de prétention sur la souveraineté des domaines ecclésiastiques ou des régales dans l'empire. Pascal II, au nom de l'Eglise, se montra disposé, dans le traité de Sutri, à renoncer complètement à la possession de cet apanage dont on prétendait abuser comme d'un lien de servitude; mais aucun pontife n'eut jamais la pensée de s'en constituer l'arbitre absolu, de le soustraire à la sujétion politique de l'empire ; et on peut défier le critique le plus érudit de trouver, dans la
LES PRÉDÉCESSiaUS DE CALIXTE 11. 1)57
volumineuse collection des lettres et décrets de Grégoire Yll ou de ses successeurs, ui^ mot qui implique le projet ou seulement la pensée d'une telle usurpation.
Cependant, on a voulu voir, à toute force, une transaction là où n'existait qu'une distinction nécessaire. Le concordat de Worms ne sanctionnait en effet aucune transaction : il établissait seulement une distinction essentielle et trop Ion<4temps méconnue entre l'évêque en tant que pontife, et l'évéque-prince ou vassal de l'empire, entre le devoir temporel et l'autorité spirituelle de l'un ou de l'autre. Et cette distinction fut marquée par l'introduction d'un nouveau symbole, c'est-à-dire du sceptre considéré comme instrument de l'investiture donnée par Tempereur ; tandis que les symboles anciens et universellement reconnus, ceux de l'élection et de la consécration ^ la crosse et l'anneau, furent à jamais réservés à la
1 . Le passage suivant de la rie de l'archevêque Conrad de Saltzbourg, ap. Pez, Thcsaur. Anccdol , t. H, p. 3, n. 227, cité par Stentzcl, montre quelle était la portée de Tusurpation impériale au moyen de ces symboles : Forma vero electionis qutc tune fiebat cpiscoporum et rcgalium abbatum talis erat : dctuncto Ecclesiîc cujuslibet episcopo vel abbate, mox ad palatium proficisci non diffcrunt, pnepositus, decanus, magister scolarum et prier monastorii, et cum eis majores et seniores concilii personse de civitate, annulwn epiacopaletn sccum portantes et baculum, communlcafoquo concilio cum liis qiios in palalio circa impcralorem (esse opporteba!) cpiscopis, cancellario et capellano, secundum beneplacilum et favorem imperatori?, cui sustinendus erat, eligcbatur. — Or, comme l'archevêque Adalbert l'avait parfaitement défnii. pendant les négociations qui
058 LES PRÉDÉCESSEURS DE GALIXTE IL souveraine indépendance de l'Église dans Tordre spirituel. Le mariage spirituel du pontife avec son Église, le devoir du pasteur envers son troupeau, furent ainsi, et pour toujours, enlevés à la juridiction humaine : l'Église n'avait jamais prétendu à autre chose. Elle avait admis cette distinction, quinze ans auparavant, lors de l'accommodement de saint Anselme et du roi d'Angleterre, lequel resta en possession de l'hommage des prélats. De môme, cinquante ans plus tôt, au commencement de la lutte, et dans la première ferveur de son zèle, le parti catholique victorieux ne demandait rien de plus; car Rodolphe de Souabe, élu roi à Forschheim par les légats et les princes ligués, Rodolphe, après la déposition de l'empereur Henri, avait précisément reconnu et pratiqué cette même distinction, à l'égard d'un évêque librement élu, et cela par obéissance pour les décrets rendus par Grégoire Yll dans le concile de Rome\ De plus, le droit d'investir de biens ecclésiastiques, par un signe spécial, les évoques déjà consacrés et investis par la crosse et Tan-
aboutirent au concordat : Solius enim consecraloris est dare annulum et baculum. Ap. Martène, Ampliss. Collect., I, 680.
l.Lors de l'élection de AVigold, évêque d'Augsbourg en 1078 : Gui rcx post peracta légitime omnia quœ ad ordinationem ipsius pcrtinebant, videlicet annule, virgapastorali et cathedra episcopali abarchiepiscopo Moguntino susceptis, ex sua parte quicquid regii juris fuerit in jjrocurandis bonis Ecclcsiasttcis diligenter commandavit. Carebat namque ut obedientissimus erat in omnibus quod Uomana synodo nuper canonice definitum est, etc. Bernold. Constant, in Ussermann, Germ. sacr. prodr., II, 82.
neau, avait été formellement reconnu par l'abbé Geoffroy de Vendôme, l'un des champions les plus zélés de l'Eglise, pendant toute cette lutte*, et qui soutenait que l'investiture en général était une hérésie. Le signe adopté fut, d'après le concordat de Worms, le sceptre, ce symbole de l'autorité temporelle des rois, de la protection qu'ils devaient à l'Eglise, qu'on leur remettait au pied des autels avec la couronne, lors de leur sacre. Le triomphe fut donc immense — l'impression unanime des contemporains^ en fait foi, — et l'effet moral qui en résulta réagit sur toute la suite du moyen âge.
i. Possunt itaque suie offensionc reges, post electionem canonicam et consecrationem, per investitiiram regalem, in Ecclesiasticis possessionibus concessionem, auxilium et defensionem episcopo darc, quod, quolibet signo, factum exliterit, régi vel pontifici seu catholicîc fidci non nocebit. Godfr. Vinooc. ab. Opusc. IV, ap. Sirmond, Ep. III, c. 890. Cf. Fleury, lUst. ecclés., 1. 67, n. 26.
1. Qucmadmodum in Lateranensi palatio tabula privilégie repraesenlat, pax ad velle papœ, ab imperalore simul et recepta est et perpétue annuente Domino stabilita. Pand. Pisan., Vit. Calixt. Igitur Romano imperio multis inodis in se attrito, impcrator propter anathema deficere a se regnum videns, patresque metuens exemplum.... investiluram.... resignavit.... Exhinc Ecclesia lihertate ad plénum restituta, paceque ad intcgrum reformata, in magnum montem crevisse sub Calixto papa II, invenitur. Otto Frisinc, Chron. VII, 24.
Reddit Aposlolico Cœsar quœcumque rogavit, pax bona conficitur, sublato Dec reparavit : jura susc partis lœtus uterque trahit. Gode- FRiD. ViTERBiENsis. Ck)., part. XVII, p. 509. Voir aussi le? passages cités plus haut de la Chronique d'Anersperg. On ne saurait citer aucun auteur contemporain qui exprime le sentiment contraire. Pfeffel, qui se qualifiait de jurisconsulte du roi, plus franc que les historiens de l'école moderne en Allemagne, la dit sans détour : a Ce traité honteux qui renversa jusqu'aux l'ondements les restes de Tau-
Il en eût été tout autrement, si l'Église, vaincue dans la lutte, avait reçu la loi du vainqueur. Alors,
Ce qui spr.iit
advenu si la papaulê
pas remporté on aurait VU se réaliser tout de suite l'état de choses
la victoire.
que Geoffroy de Vendôme a caraclérisé en ces termes dans la lettre qu'il écrivait au pape Calixte II, avant sa glorieuse victoire : « Quand l'E* c( glise est soumise à la puissance séculière, de c( reine qu'elle était, elle devient esclave; elle « perd celte charte de liberté que le Seigneur c( Christ a dictée du haut de sa croix et signée de
« son sang V
chrétienne.
Mais cette charte divine, qui ne sera jamais
anéantie, fut alors sauvée par la papauté, telle
que saint Grégoire YII l'avait léguée à des succes-
De grands scurs pénétrés de son esprit ^ Des hommes d'une
champions i • i i i i j , ^
combattent pour trcmpc admiralilc, du plus grand caractère,
iiome°païenne commc Ausclmc dc Cautorbéry, Bernard de To-
7l7ml l<^de, Yves de Chartres, Geoffroy de Yendôme,
Guillaume de Hirschau, Adalbert de Mayence, Fré-
torité que les empereurs avaient conservée. » T. I", p. 207 de Li-dit. de 1766. Voir, du reste, les démonstrations dc Bowdex, lÂfe of'Gier/onj Vil, II, 572, avec les aveux de Strntzkl (I, 709, 75'>') et de Gervais (I, 556).
l.QuandovcreEcclesiasecularipotestatisubjicitur quœ ante domina erat, ancilla cfficitur, et quam Cliristus Dominus dictavit in crucc, et quasi propriis manibus dc sanguine suo scripsit cliartam liberlatis amittit. Godfr. Vindoc, E]nst. in not. ad Yvon. Epist., p. 205.
2. Grégoire VU, Urbain II, Calixte II, Alexandi'e III, tous ces papes ne furent pas les chefs d'un parti italien contre un autre, encore moins les chefs de la nation contre les étrangers. Ils furent ce qu'ils devaient être, les chefs de la chrétienté, rien de moins, rien de plus. César, comte Balbo, Délia Speranza d'Ilolia, c. 7.
LES PRÉDÉCKSSEURS DE CALIXTi: H. Gil
déric de Cologne, ConondePaleslrine,r.uillauniedo Cliampeaiix, surgirent de toutes | arispour fortilier l'Eglise de leur concours. Appuyée par l'épée de ses auxiliaires normands et saxons, par un épiscopat que son influence avait régénéré, et surtout par les légions ferventes et innombrables de ses moines, la papauté livra bataille au génie du mal, et, après un demi-siècle de dangers, d'épreuves et de maux inouïs, elle le mit en déroute. Tout homme qui a quelque teinture de l'histoire ne saurait donc méconnaître dans Rome le sanctuaire de la liberté spirituelle, le boulevard de la dignité humaine, l'inextinguible foyer de la vérité. La chrétienté, rassurée et sauvée, dut s'associer avec transport aux sentiments enthousiastes qu'un grand évoque de France, Hildebert du Mans \ faisait proclamer par la bouche de Rome convertie, célébrant ellemême ses triomphes sur Rome païenne : « Quand « j'adorais les idoles des faux dieux, j'ai été grande « par la guerre, grande par mon peuple, grande par « mes remparts. Mais un jour vint où, renversant
1. Évêque du Mans en 1098, alla à Rome en 1107 el lllG, et lui élu archevêque de Tours en 1123, Tannée même du concile du L;i Iran. Ses poésies étaient extrêmement reclierchées et transportées à Rome par les cardinaux-légats, au dire d'Ordéric Vital, son contemporain, qui l'appelle incomparabilis verni ficalor, et ajoute : multa carmina priscis poemalibus œqualia, vel eminentiora condidit, L. X, p. 770. Nous donnerons le texte de cette pièce sur Rome ; jc^ ne crois pas que jamais, en aucune langue, la grandeur chrétienne de Rome ait été célébrée en des vers si beaux ; et ils sont aussi inconnus que beaux.
MOLNLS O'OCC. VII. 41
642 LliS PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL « les idoles et leurs autels, je n'ai plus voulu « servir qu'un Dieu unique. Alors, mes citadelles c( ont été prises, mes palais détruits; alors, mes « guerriers se sont enfuis, et mon peuple est de- « venu esclave. A peine ai-je conserve la mémoire « de ce que j'étais; à peine si Rome se souvient « de Rome et de sa ruine. Mais, cette ruine m'est « plus chère que toutes les gloires. Pauvre, je crois « valoir mieux que riche comme autrefois; je suis « plus grande à terre que debout; mes conquêtes, « je ]es dois maintenant hien plus à la bannière c( de la croix qu'à mes aigles autrefois invincibles, « bien plus à Pierre qu'à César, bien plus à une « troupe désarmée qu'à mes anciens héros. Naguère, « quand j'étais puissante, j'ai dompté la terre; « aujourd'hui, dans ma défaite, je dompte les « enfers ; debout, je régnais sur les corps; abatlue,
« je gouverne les âmes Dieu, pour m'empêcher
« de croire que j'aie dû l'empire aux Césars ou à la « gloire des armes, a fait évanouir la force de mes « armées si longtemps victorieuses; la gloire du (( sénat n'est plus, mes temples, mes théâtres gisent « ruinés ; ma tribune est silencieuse, mes édils sont « oubliés, mon peuple n'a plus de lois, mes cam- « pagnes plus de laboureurs; mes fiers plébéiens « portent le joug. Or, toutes ces choses sont arrivées « afin que le Romain ne fût plus tenté de placer « son espoir dans ce qui a cessé d'exister et d'oublier « la croix. La croix lui réserve d'autres palais,
LES IMlÈDÉCESSKUilS 1)K CALIXTE 11. {]ï7> « d'autres honneurs : elle ouvre à ses soldats les « royaumes infinis. Les rois aussi servent la eroix, « mais ils demeurent libres sous sa loi; ils ont la « crainte de Dieu, mais aussi son amour. A qui « doit-on ce nouvel empire? à l'épée de qnel César? « au génie de ({uel consul? à l'éloquence de quel « orateur? Jadis je leur ai dû la conquête dé la « terre; mais seule, la croix m'a conquis le ciel! » Cet éclatant tiiomplie, ces immenses résultats n'eussent pas été possibles si l'Église n'avait pu disposer de l'énergie, de la discipline, de l'inépuisable fécondité de l'Ordre Monastique. Chaque page des récits qui précèdent a du montrer combien l'intervention permanente des moines dans la lutte avait été salutaire. Jamais intervention ne fut plus fréquente, plus souveraine que celle-là pendant la crise où se décidèrent, pour plusieurs siècles, les destinées de l'Eglise et des peuples catholiques. Depuis Grégoire VII jusqu'à Calixte II, tous les papes, on l'a vu, sortirent de l'Ordre Monastique, et, dans ces grands conciles où se tranchèrent les questions en litige, le nombre des crosses abbatiales égalait, dépassait môme le nombre des crosses épiscopales : on en compta, en effet, plus de deux cents au concile général de Reims, où la puissance impériale subit un dernier échec avant de capituler; plus de six cents au concile œcuménique du Latran, où la paix et la victoire de rÉi» lise furent enfin sanctionnées.
Vie privée
des religieux
dans
les divers monasléres.
Mais ce n'est pas seulement dans les grandes assemblées et au milieu des affaires publiques de leur temps qu'il faut étudier les moines et les admirer : c'est encore, c'est surtout dans leur vie privée, dans l'intérieur de leurs monastères, oii, par la fidélité aux saintes traditions de leur existence antérieure, par le maintien des principes qui avaient présidé à six siècles de leur histoire, ils conquirent le droit d'être comptés au premier rang des docleurs et des champions de l'Eglise. Si un relâchement graduel et quelques désordres inséparables de la faiblesse humaine vinrent parfois, durant les jours d'épreuve, ternir l'éclat de certaines abbayes célèbres, il ne manqua jamais, on a pu s'en convaincre, d'âmes énergiques et saintes pour rétablir l'ordre et la pureté primitive, pour relever les anciennes maisons en décadence, ou pour en fonder de nouvelles dignes de leurs aînées.
Partout où régnait l'exacte discipline et la pratique fervente des vertus ascétiques, on voyait fleurir, en même temps, la culture des lettres, le progrès des sciences, l'amour des éludes. Dans ces siècles de prétendue ignorance, il n'y avait pas une ville, pas une bourgade qui n'eût son école publique ^ La plus généreuse émulation régnait : les écoles monastiques rivalisaient avec les grandes écoles épiscopales, où, comme à Laon,sous l'éco-
1. GuiEEHT. NoviG., Gest. Franc, L I, p. 507-508, éd. d'Aclicry.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. G4ô
latre Anselme, à Liège, sous l'écohUre Alger, à Reims, à Orléans, à Poitiers, à Angers, à Chartres, à Paris surtout ^ se pressait librement une foule de maîtres et d'étudiants venus de tous les pays et que réunissait en une seule nation le double lien de la foi et de la science. Des études brillantes se faisaient à Marmoutiers, qui maintenait la splendeur et la pureté qu'elle devait à son glorieux fondateur, saint Martin de Tours; à Yezelay, où Pierre le Vénérable avait été professeur avant d'être abbé de Cluny; à Saint-Germain-des-Prés, à Moutier-la- Celle, à Saint-Benoît-sur-Loire, à la Chaise-Dieu, à Sainl-Nicaise, à Saint-Remy de Reims, enfin à Saint-Denis, où le roi de France Louis le Gros, avait étudié et mérité la réputation de savant théologien ^
Tous ces monastères étaient autant de grands centres d'éducation et de littérature. Il en était de même des abbayes des Pays-Bas, et principalement de Liessies, Lobbes, Saint-Bertin, Saint-Frond, Affligliem, Gembloux''. A Saint-Laurent de Liège,
1. Hist. litt. de Fr., t. IX, p. 50 et suiv. Landuli>h. Jun. ap. Murât. Script. d'Ital., t. V, p. 487. Voir le tableau que trace Jean de Salisbury de ses éludes à Paris, dans le Mctalogicus, 1. 2 et 5. Il y a là de quoi étonner ceux qui ne savent pas quelle activité merveilleuse, quelle liberté féconde régnaient dans les intelligences au moyen âge.
2. Suger qualifie Louis le Gros litteratissimusUieologm. Vit. Ludov. Gross., p. 320, éd. Ducliesne. — Thibaut de Champagne et Etienne de Dlois, depuis roi d'Angleterre, furent élevés par l'abbé Gotfrid de Croyiand.
5. Sous l'abbé Anselme, élu en 1113, et plein de zèle pour sa bi-
les noms des moines auteurs composaient un catalogue qu'il serait trop long de citer \ Mais les abbayes de Normandie semblent avoir brillé, entre toutes, pendant cette période, par l'union persistante d'une exacte discipline avec la culture des lettres. La, on admirait à Tenvi Guillaume, abbé de Cormeilles'; l'abbé Ricbard de Préaux, dont Yves de Cbartres vantait la science et la piété'; l'abbé Guillaume de Troarn \ ami intime de saint Anselme. Sous l'excellent abbé Guillaume de Ros % l'abbaye de Fécamp excitait la sympathie et l'admiration des voyageurs ^^ ; et celle non moins florissante que régulière du Bec, restée digne de la noble renommée que lui avaient value Lanfranc et Anselme, servait toujours de pépinière d'évêques et d'abbés pour l'Angleterre "^ comme pour la Nor-
bliothèque. Ilist. Utt. de Fr., t. XL Dans l'impossibilité de citer à chaque mot, nous renvoyons tous les faits de ce chapitre que n'appuie aucun texte, aux Annales bénédictines de Madillon, 1. 70, 75, et k. Y Histoire littéraire de France, t. IX, X et XI, surtout au discours préliminaire du t. IX par D. Rivet. \.lUsLidt., IX, 99.