‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 261 sur 267 · En · texte numérisé non relu

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LKS PREDECESSEURS DE CALiXTE II. G73

vint, en effet, que le roi, après avoir désiré vivement la nomination du vénérable Éadmer, ne le trouva point assez docile à ses volontés. Gomme la plupart des rois de ce monde, Alexandre voulait être tout dans son royaume et n'y rien tolérer qui ne dépendît exclusivement de son autorité ^ Mais Eadmer, lui, était fermement résolu à ne point rompre tout lien avec son monastère, à se faire sacrer par son archevêque légitime et à lui demeurer subordonné; il déclarait, en outre, qu'au prix du don de toute l'Ecosse, il ne renoncerait pas à sa qualité de moine de Cantorbéry. Convaincu qu'il ne pourrait vaincre la résistance du roi, Eadmer déposa sa crosse archiépiscopale sur Tautel où il l'avait prise, sans avoir voulu recevoir l'investiture ni prêter l'hommage, et il s'en retourna à son abbaye, témoignant ainsi, ce sont ses propres paroles, qu'il avait été formé à l'école de saint An^ selme'.

Le frère et le futur successeur d'Alexandre d'Ecosse, David, duc de Lothian, fils de sainte Marguerite, et depuis canonisé comme sa mère, témoignait dès lors aux moines le plus ardent dévouement ;

1. In rr>;:no siio Tnit esse omnif* sclus, necsustinebil ut qufevispotestas sine cjus dispositione qtiicquam in ali([uo posait. Eadm., Ilisl nnvor., 1. V, p. 09, cd. Gerberon

2. Ibifl., lib. VI, p. 102, Plus lard, il se montra moins inflexible et il écrivit au roi potir lui dire qu'il renonçait à la supr.unatie du primat de Cantorbéry. On ne .voit pas quel (lit le résultat de colto ccncession.

MuixEs u'occ. vu 43

enthousiasmé par le récit des vertus du fondateur de Tiron, il quitta sa patrie pour venir en France rendre visite au saint vieillard. Mais, ce dernier étant mort dans l'intervalle, le jeune prince ne put que s'agenouiller sur la tombe de celui dont il venait Le chercher la bénédiction. Toutefois, le voyage du

'^"Vîiron!''" duc de Lothian ne fut point inutile : il ramena avec lui en Ecosse douze disciples du maître vénéré, qu'il installa plus tard à Kelso^

Les relations des têtes couronnées avec les moines étaient alors aussi fréquentes que recherchées. Henri I"" d'Angleterre, malgré ses luttes avec Anselme et Calixte, avait conservé au fond du cœur un affectueux respect pour les habitants des monatères. Il choisit les deux abbés Joffr'id de Groyland et Gislebert de Westminsler% pour ses ambassadeurs, lorsqu'il voulut, en 1 1 1 8, traiter avec Louis le Gros, roi de France. En 1115, on vit Henri se rendre à Saint-Évroul, pour y célébrer la fête de la Purification : il s'assit, pendant longtemps, dans le cloître de l'abbaye, s'y fit rendre compte du genre de vie, des habitudes des moines, et manifesta une approbation sans réserve. Le lendemain, le prince enlra au chapitre et demanda humblement d'être affilié à la Congrégation, ce qui lui fut accordé : en rc-

1. MABiLL.,inn. Bened., 1. 7ô, c. 55. Act. SS. Bolland., die 14 april.

2. Ils étaient tous les deux Français. M. Thierry a relevé le passage d'Eadmer, où il signale l'opposition systématique de Henri à l'élection des abbés de race anglaise.

tour, Henri concéda au monastère une charte de garantie qu'il signa avec tous les seigneurs*.

En 1124, ayant appris que le vieil abbé Guillaume, successeur de saint Anselme à Tabbaye du Bec, touchait à ses derniers moments après trente années d'abbatiat, Henri alla le voir, et le pria de désigner son successeur. Guillaume répondit que les canons ne lui permettaient pas de faire lui-même ce choix; mais il supplia le roi de laisser choisir un moine d'un âge mûr et d'une vie irréprochable. A ces mots, Henri prit la main de Tabbé, et, l'ayant baisée, il la plaça sur ses yeux comme pour en être béni*; et plus tard, quand Guillaume eut rendu le dernier soupir et que son corps fut exposé dans l'église, le roi alla le contempler et dit : « Plût à Dieu « que mon âme habitât un jour là où repose à celte « heure celle du défunt' ! »

Celte émotion profita grandement à l'âme du prince et à la liberlé du Bec. En effet, les moines de l'abbaye ayant élu pour abbé le prieur Boson, parce qu'il avait été disciple de leur grand abbé saint Anselme*, le roi, très-irrité, rejeta d'abord

1. CuiTi magna hilaritate.... in claustro monachorum diu sedif.... illos laudavit; sequenti vero die in capitulum venit, societatem eorum humilitcr requisivit et recepit.... Ord. Vit., 1. XIÎ, p. 840,

2. Dixerat h;cc et dicentis dexteram ori oculisque rcx admovit. MiLO. CruspiN., Cliron. ïlecccua. ad Cale. Lanfranc, éd. Dachery et in not. S. Anselini, éd. Gcii)., p. 580.

3. Utinam anima mea esset ubi anima ejusest. Ihid. et Ann. Ben., 1. 74, c. 75.

4. Quia bonus homo erat et amabilis, et maxime quia fuerat ex

ce choix, précisément à cause du zèle que ce même Boson avait montré j)endant les luttes d'Anselme contre lui\ Toutefois, sur la prière réitérée des moines, Henri finit par se laisser fléchir. Mais Boson ne voulut pas accepter, et résista aux supplications de ses frères^ comme aux exhortations de l'archevêque de Bouen, de peur que le roi ne lui demandât l'hommage auquel il avait résolu de ne se pas soumettre, ayant promis au pape Urbain II, mort depuis vingt-cinq ans, qu'il ne ferait jamais un tel acte au profit d'aucun laïque \ liCS évoques anglais furent indignés d'un pareil motif de refus : « Comment, disaient ceux d'E- (i vreux et deLisieux, nous qui sommes desévêques, <( nous rendons bien hommage au roi, et voila ce v< moine qui dit qu'il ne fera point ce que fait « tout le monde*! »

Mais ils eurent beau exciter le roi contre Boson, pendant qu'il chevauchait à ses côtés, de-

disciplina venerabilis Anselmi. ])e libertate Beccensis Monast. in Append., t. Y. Ann. Bened., n. 1^

1. Ut férus homo omnino renuit. Erat enim ei infensus idem Boso, propter quasdam causas quœ inter ipsum lienricum et Anselmum quondam exsliteranl. Ibid.

2. Fratres humiliter prostraverunt se in terram, petentes ne eos desereret. Ibid.

5. Olini cuiu apud domnum Apostolicum Urbanum conversarer, promisi ei, quasi ex fide, quod nunquam laico hominis hominium facerem, etc. Ibid.

4. Kos ([ui episcopi sumus, facimus hominium domino nostro, et jste moiiachus dicit se nuUo modo faccrc quod omnes alii faciunt ! Ibid, Cf. Mu.o. Crisi'., Vit. ubb. Bec. posl Lanfr., p. 48.

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puis Brienne jusqu'à llouen*, Ilouri dispensa le nouvel élu de Thommage, et en mcme temps de la profession solennelle d'obéissance à rarclievôque de cette ville *.

A])rès l'installalion de l'abbé, le roi Texliorta à rester fidèle aux traditions d'hospitalité et d'austérité qui faisaient la gloire du Bec% et il lui promit^ à cette condition, de protéger le monastère, en disant : « Tu seras l'abbé du dedans, et moi, Fabbé « du dehors*. »

Vers l'époque où le roi d'Angleterre entretenait ces relations familières avec la grande abbaye de soa duché normand, le roi de France, venait faire acte de fidèle et de vassal à Saint-Denis, la grande abbaye de son royaume, dont il reconnaissait tenir

1. Cœperunt simul equitare unus a dextris et aller a sinistris. De Libert. Becc, 1. c.

2. Domine arcliiepiscope, scitote pro certo, quiu iste abbas nec mihi faciet horninium, nec vobis professionem, et archiepiscopus a contra : domine, qiiod vobis beneplacitum est de re vestra facile, ut dominas ; de re vero qiiîe ad me proprie pertinct, inter me et ipsum bcne conveniet; rexvero a contra: dixi vobis et adliuc dico per mortcm Chrisli, quia abbas Becci nec mihi faciet horninium nec vobis professionem. Ad hœc conticuerunt ambo episcopi, et de re alia cœperunt loqui. Ibid. Il s'agissait ici de certaii.e profession de soumission solennelle qui s'exprimait par la formule profiteor, car on voit que, lors de sa bénédiction, l'abbé consentit sans difficulté à promettre entre les mains de l'archevêque d'être subjedus et obedlens à l'Eg'ise de Rouen, en se servant du mot volo.

5. Admonuitcos utlaicus homo.... hospitalitatem quae magnumei-. nomcn acquisieiat. Ibid.

4. Tu esto intus abbas in ordine luo. et ego ero abbas in rébus e\terioribus.

Projets

de l'empereui'

Henri V

contre

le royaume

de

France.

en fief le comté du Vexin\ Le mobile auquel obéissait le souverain français en cette occurrence, était des plus sérieux : il savait que l'empereur Henri V nourrissait, depuis cinq ans, un profond ressentiment contre lui, à cause du concours qu'il avait prêté au pape pendant le concile de Reims \ En effet, Henri gardait rancune à cette ville, théâtre de sa honte, et, de concert avec son beau-père le roi d'Angleterre, il avait arrêté de l'assiéger et de la détruire, à la tête d'une puissante armée. Averti de ce projet d'agression, le roi convoqua sa noblesse^, puis, se souvenant que le glorieux martyr saint Denis, apôtre de la France, était le protecteur spécial du royaume qu'il avait converti, il alla invoquer le saint dans l'antique abbaye où reposaient ses reliques, fit exposer ses restes sacrés sur le grand autel, comme c'était l'usage dans les grands dangers publics*, et, prenant sur ce même

i. Yexillum quod de comitatu Vilcassini, quoad ecclesiam fcodadatus est, spectat, votive tanquam a domino suc. Sugeu, Vit. Lud. Gross., p. 312.

2. Collecto longe animi rancore contra D. regem L., eo quod in regno ejus Remis in concilio i). Calixti analhemate iniiodatus fuerat.... pi'oponens aut civitalem subito destruere aut tanta deslioneslatione €t oppressione civitatem obsidcre, quanta D. papa in eum agens sedit sessione. Sugeb, 1. c. Imperator ratione illum conciiii iralum Francise proposuit Remensem civitatem destruere. Genebuaud, C/ir. in Concil XII, 1508.

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