Nobiles adciscit, causam exponit. Suger, 1. c
4. Et quoniam banc ab eo babent pra3rogativamj ut si regnum aliud regnum Francoruin invadere audeat, ipse beatus et admirabilis def.nsor cum sociis suis, tanquam ad defendendum altari suc superponatur. Ibid,
(les nationfi.
autel, comme entre les mains de son seigneur, Torillamme qui servait de bannière au comté de Vexin, il courut à la défense de Reims\ Toute la France La France.
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le suivit avec un élan unanime dont l'histoire de
, . ^ p/> n 19 1 11 Louis le Gros
n avait guère otiert d exemple : les vassaux les plus et
•le Su"'er
puissants et les éloignés, tels que les ducs de Breta- reçoit le uîre gne et d'Aquitaine, les habitants des villes de Gham- reine pagne, de Picardie et de l'Ile-de-France, se réunirent autour de Reims, oii une armée formidable s'organisa, bien résolue à venger les injures de celle qu'ils appelaient déjà la reine des nations*.
Un moine de basse naissance'*, nommé Suger, nouvellement élu abbé malgré le roi% y conduisait les vassaux de l'abbaye de Saint-Denis, et ce fut parmi eux que se plaça le roi Louis VI, en disant . « C'est ici que je combattrai le mieux, sous la pro- « tection des saints qui sont mes seigneurs, et ((■ dans les rangs des compatriotes au milieu des-
1, Ibid. supra.
2. Le récit de Suger, qui se trouva lui-même à Reims, porte l'emju'einte du patriotisme le plus ardent.
5. Transeamus, inquiunt (proceres), audacter ad eos, ne redeuntes impunc faciant, quod in terrarum dominam Franciam superbe prscsumpserint.
4. Suger insiste dans plus d'un endroit de son récit, sur son humble origine, comme nous le montrerons plus loin.
5. Le roi, n'ayant pas été consulté pour cette élection, fit emprisonner à Orléans les moines et les plus nobles chevaliers feudataircs de l'abbaye, (|ui venaient la lui annoncer. Suger pensait à lutter contre cet arbitraire royal (Romanje Ecclesiœ vigore et D. papœ Calixti qui me diligebat auctoritate), quand le roi fléchit, relâcha les prisonniers et le reçut avec joie. îbid., p. 310-311.
C80 :LES prédécesseurs de CALIXTE II.
« quels j'ai élc élevé. » L'empereur, intimidé * par la belliqueuse attitude des Français, se relira sans avoir osé combattre. Immédiatement le roi revint rendre des actions de grâces solennelles à son seigneur suzerain le grand martyr de Saint- Denis; il voulut rapporter lui-même, dans la basilique vénérée, les reliques devant lesquelles les moines contemporains de l'abbé Suger avaient prié jour et nuit pour le succès de la France. Gloires Cependant, l'abbaye de Saint-Denis n'occupait
de Tabbave i . ,, . , ,
de ciuny p^^s Ic premier rang : elle ne venait qu après Cluny, que Louis le Gros lui-même appelait le membre le plus noble de son royaume % dont l'abbé disputait à celui du Mont-Gassin le titre d'abbé des abbés\ et dont la grandeur projetait sur tous les pays
1. Nec acie tamsecuro quam strenue dimicabo, cuni proeter sanctorum dominorura suorum protectionem, etiam qui me compatriotse familiarius educaverint, aut vivum jurabunt aut mortuum couservanter reportabunt. lhid.,o[7). Comme ce n'étaient pns les bourgeois de Saint- Denis ni les chevaliers des environs qui avaient élevé le roi, il résulte de ce passage qu'il y avait des moines mêlés aux soldats. La présence de Suyer lui-même est démontrée par cette phrase de son récit : cum Remis undccumque convenissemus.
'2. Rex exhilaratus nec ingratus.... Icclicas argenteas quœ altari principali superpositœ toto spacio belli convcntus extiterant, ubi continue celeberrimo diei et noctis officio fratrum colebantur, mulla devotissimi populi et rcligiosarum mulierum ad suffragandum cxercitui frcquentabanturmultiplici oratione, Rex ipse propriocollo domnos et patronos suos cum lacrymarum aifluentia filialiter loco suo rcportavit. Ibid. Il fit à cette occasion une foule de donations à l'abbaye.
5. Nobilius membrum regni nostri. In Spicilcg., t. aIII, p, 501.
4. Au concile du Latran, en 11 IG, où Pons, abbé de Cluny, était pl3
l.r.S l'RKDÉCESSEUIlS DK CAUMM. II. 081
c'.iôliens un éclat sans rival. En 1125, Pons, abbé ciéinissionnairede Cluny, portail la sainte lance* à l.i léte de l'armée chrétienne, qui, forte de trois r.iille hommes seulement, mettait en déroute, à Ybelin, soixante mille Sarrasins et sauvait la Pa- L'sline. L'année suivante, le successeur de Pons, Pierre le Vénérable, rendait la paix à l'Espagne catholique, libre alors de déployer toutes ses forces contre les Sarrasins, etqu:, grâce a la médiation de l'abbé de Cluny auprès des rois de Castille et d'Aragon, voyait avec bonheur les deux princes conclure un traité dans l'abbaye cluniste de Najara'.
C'est ainsi qu'aux deux extrémités de la chrétienté, deux abbés de Cluny se plaçaient au premier rang de la guerre et de la paix.
Tant de splendeurs, h peine ternies par quelques
nipotentiaire de l'empereur. Mais sa prétention fut repoussée par le cardinal chancelier de l'Église, qui obligea Pons à reconnaître que les clunistes, comme tous les moines du monde romain, omnes in orbo Romano monachos, avaient reçu leur règle de S. Benoît, et du Mont- Casiin, et maintint ce titre à l'abbé de ce monastère : ut ipse solus, qui tanti legiferi vicarius est, abbas abbatum appellatur. Chron. Cass., 1. IV, c. 02.
1. Abbas Cluniacensis Pontius proférons lanceam transfixam in latere Cbristi. Robeut del Monte in apj). Sicjcb. Cluny avait eu de tout temps des relations nombreuses avec l'Orient : l'archevêque d'Édesse était confraler de l'abbaye bourguignonne et avait été reçu en cette qualité par saint Hugues, en passant à Cluny pour aller de Flandre à Jérusalem. Ann. Ben., 1. 73, n. 108. Pierre le Vénérable conféra celle dignité à l'empereur do Constantinople, Alexis Comnène, en réclamant l'abbaye de la Charité que l'empereur Jean Comnène avait donnée ù Cluny. Petu. Ven., 1. lY, epist 55.
"1. Sandoval ap. Pagi, Cril. in 1 1'24, c 18.
L'éiat religieux tachcs inséparables de l'humaine faiblesse, une si
on butte
à l'envie constante intervention dans les plus grandes affaires de TEglise et du monde, devaient naturellement exciter contre les moines clunistes de vives
et à la haine des princes
et
des évêques
mômes.
inimitiés et une jalousie redoutable. Les mauvaises passions se rencontraient, non-seulement parmi les membres des communautés rivales, mais en outre parmi les laïques dévoués à la puissance temporelle, et attachés à la personne de l'empereur, lesquels, indignés de voir fermer à leur maître excommunié les portes de l'abbaye de Prûfening, lui criaient en montrant du doigt les moines occupés à leur jardin^ : « Voyez donc ces frocards, « comme ils traitent notre empereur ! Ils ne dai- « gnent seulement pas respecter la dignité impé- (( riale. ïl faut les châtier de cet excès d'impudence « et leur apprendre qu'on n'insulte pas impunément « le diadème des Césars \ »
Les clercs, eux aussi, se laissaient emporter par ces rancunes, et on en eut la preuve lorsque, pour la première fois depuis la conversion de l'Angle-
1. Fratres ad opéra manuum.... in horto forte intraverunt, quem vitistunc sepes ambivit.... Invalescebantvocesmilitum.... Acta S. Er- MENOLD. ap. BOLL. G jaii.
2. Ecce cucuUati, qui dominum nostrum temere despexerunt, nec
imperialem sibi dignati sunt exliibere reverentiam Dent pœnas
opprobrii et protervise.... non ferant impune sprevisse Cœsareum diadema. Iblcl. L'empereur, comme nous l'avons dit plus haut, ne voulut pas suivre leurs conseils et respecta l'indépendance de l'abbé Erinenold et de ses moines.
terre, un arelievèque de Cantorbéry fut choisi hors -des rangs monastiques ^
Nous avons fait connaître les inutiles réclamations des évêques de la province de Lyon contre ^Jluny, au concile de Reims*. Au concile œcuménique de Latran, dont un des canons interdisait aux abbés diverses fonctions épiscopales et pastorales%
1. Guillaume de Corbeil, chanoine régulier, élu en remplacement de Raoul, moine du Dec, mort eu 1122. Ou voit ici que les chanoines réguliers, n'étant pas enfants de Saint-Benoît, ne comptaient pas parmi les moines. Déjà, en 1114, lors de l'élection de Raoul, les évêques avaient montré de la répugnance à reconnaître un moine pour successeur de saint Anselme, mais les antécédents les y avaient forcés. Siigand, seul archevêque non moine jusque-là, avait été déposé après la conquête et n'avait jamais reçu le palliiim. E.vdmer, Hist. novor.t p. 80, 1. 5. « Ecce», dit le moine Ordéric Vital sur l'élection de Guillaume Secce, « antiquus mos pro invidia, qua clerici contra monachos, urebatur, depravatus fuit.... Angli monachos, quia per eos ad Deum conversi sunt, indesinenter diligentes, honoraverunt : ipsique clerici revereiiter et bénigne sibi monachos prseferri gavisi sunt : Nunc autem mores et loges mutali sunt, et clerici, ut monachos confutent et conculcent, clericos extollunt. n IbiiL, XII, p. 875. Du reste, Guillaume de Corbeil fut remplacé à sa mort, en 1137, par un moine du Bec, Théodoric, quatrième archevêque de Cantorbéry tiré de ce monastère illustre.
2. Par bulle du 9 janvier 1121, Calixte II interdit l'évêque de Maçon jusqu'à ce qu'il eût réparé le tort fait par lui à Cluny. Thesaur. anecd., I, 547. Mais il ne faut pas croire que les papes donnassent toujours raison aux abbayes contre les évêques : on a un diplôme de l'ascal II par lequel il blâme l'abbé de Cluny d'avoir consacré le saint chrême, et le lui interdit pour l'avenir. l\e(j. Pasc, n. 75, in Colett. Concil. XII, 1050.
3. Interdicimus abbatibus et monachis publicas pœnitentias dare, «t inlirmos visitare, et unctiones facere, et missas publicas cautare. Chrisma et oleum, consecrationes altarium, ordinationes clericorum ab episcopis accipiant in quorum pai'ochis manent. Can. XVII.
C84 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. (les évêques élevèrent aussi la voix contre les envaliissements du Mont-Cassin et probablement des moines en général ^
« Il ne reste plus, disaient-ils, qu'à nous ôter « la crosse et l'anneau et à nous mettre aux ordres « des moines. A eux les églises, les villes, les chà- (( teaux, les dîmes, les oblations des vivants et des <( moris. Les chanoines et les clercs sont tombés en « discrédit depuis que les moines qui passent pour « avoir abandonné ce monde et toutes ses concu- « piscences, poursuivent avec une insatiable avidité « les choses du monde, et, dédaignant le repas que « leur offre saint Benoît, ne s'occupent nuit et jour « qu'à dérober aux évêques leurs droits\ » Un moine du Mont-Cassin répondit en s'adressant au pape : « Nous prions nuit et jour pour le salut du monde
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vengé d'ailleurs « entier, ct la conduilc de nos abbes envers le
par le pape . , ', ' . 11
caiixteii. « sicgc apostoliquc na pas ete telle que nous « ayons mérité de perdre, sous votre pontificat, ce « que tant d'empereurs, de rois, de ducs et de papes
Un moine
du Mont-Cassin
prend
la défense
de l'Ordre
1. La suite du récit semble indiquer que ces plaintes n'étaient dirigées que contre le Mont-Cassin. Fleury (1. G7, n. 51), en retranchant la réplique de l'évêque ligurien, et la décision du pape a généralise les accusations.
2. Episcopi adversus monaclios invidia inflainmati, cœperunt dicere^ nil superesse aliud, nisi ut, sublatis virgis et annulis, monachis deservirent. Illos enim villas, castra, etc.... detinere; liis quai mundi sunt inhiare non desinunt, et quibus per B. Bencdictum ultro quœrendi locus offertur, ad episcoporuni jura rapieiida, diu noctuque occupantur Chron. Cassin., 1. IV, c. 80.
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. G85 a ont offert à saint Benoît*. » Puis un évoque du nord de l'Italie prit la défense des moines, exposa les raisons qui avaient porté les anciens évoques à les doter, la coexistence perpétuelle de l'Ordre Monastique avec le clergé actif et séculier, et dit en finissant qu'il était du devoir des évéques d'aimer les moines, et non de les poursuivre ^ Le pape Calixte mit fin à la discussion en déclarant que l'église du Mont-Cassin avait été fondée par l'ordre de Jésus-Christ lui-même, qui avait inspiré à Benoît d'en faire un sanctuaire vénérable pour la chrétienté et comme le chef-lieu de l'Ordre Monastique ; qu'elle avait été, en outre, un refuge assuré pour l'Eglise romaine dans ses adversités. « C'est pourquoi, ajoutait le pontife, suivant la « trace de nos saints prédécesseurs, nous décrétons « à perpétuité que ce monastère restera libre à « jamais de tout joug mortel, et sous la seule ti> « telle de l'Eglise romaine. Quant aux autres mo- « nastèrcs, nous ordonnons de les maintenir tels (( qu'ils ont été autrefois fondés. »
i. Neque enim ita Cassinenses abbates de sede apostolica meru.v runt, ut quîe S. Bénédicte imperatores.... contulerunt, hrcc apostolatus vestri tempore amitli mercamur. Ibid.
2. Quidam I.igurirc episcopus.... non sine causa praîdecessores nostri monastcria ditaveriint. A principio namque surgentesEcclesiaî duos ordines, etc.... unde non immerito nos potius diligerc monachos, fiuam inscqui convenit. Ibid.
3. Imperatosilentiodixit: Cassinensis Kcclcsia non ab hoiniiiibus neque per borniiiem, sed per .ï. G. fundata est.... cujus impcrio Denedictus pater.... orbi spectabilern reddidit, totiusque monastici ordinis
Les temps n'étaient pas encore venus, où Tinimitié conlre les ordres religieux pouvait espérer d*en triompher. Loin de s'éclipser, leur gloire resplendissait chaque jour davantage. Naguère le pape Calixte II, en confirmant Tordre de Saint-Jean de Jérusalem ^ avait introduit dans les rangs de la chevalerie cet impérissable esprit de sacrifice et de dévouement chrétien qui s'est prolongé jusqu'au sein de la société moderne. En traversant la France, après le glorieux concile de Reims, le souverain pontife voulut ratifier la constitution de l'ordre de Cîteaux, qui, grandissant dans la solitude depuis des années, devait surpasser en splendeur comme en fécondité toutes les merveilles passées de l'histoire monastique'.
Avant de mourir, le grand pape à qui l'Eglise devait la paix, Calixte II, put voir sortir du sein de cet ordre naissant et se lever à l'horizon, comme un astre sans rival, ce Bernard qui allait, pendant trente années, animer et purifier toute l'Eglise de son souffle, l'éclairer par sa doctrine, la transporter par son éloquence, parler au pape en docteur, aux rois en prophète, aux peuples en maître, venir eu
caputessc coristituit.. . cœnobium ab omni mortalium jugo quieluin ac liberum maiierc Ibid.
1. Parla bulle Ad hoc nos disponcntc Domino, le 19 juin 1120, selon Iléliot et du 6 juillet 4121, selon l'IIist. litt. t. X, p. 522.
2. S. Bernard parut pour la première fois aux yeux de l'Ei^lise, au concile de Langrcs, à la lin du carême de 1124 : Calixte mourut le 15 décembre de la mC'nie année.
aide à la papauté de nouveau menacée, dissiper le schisme, confondre, dans Abélard, la raison insurgée, mériter le surnom de vengeur de la liberté ecclésiastique*, et conduire l'héritier d'Henri V, le petit-fils d'Henri IV, aux pieds d'un inébranlable champion de l'Eglise et de la société.
i. Yindex Ecciesiasttcœ libertalis : c'est Tinscriplion qu'on lisait en 1837 sous sa statue à Tabbaye cistercienne de Wellingen dans la Suisse aujourd'hui souillée par les sacrilèges d'Argovie.
Fin DU TOHE SEPTIEME