LiJDEN, t. IX, p
sauvegarde de la liberté apostolique. Ce noble peuple partageait ainsi avec les Normands, quoique éloigné de l'Italie, la mission de repousser ou de détourner les coups destinés à l'Eglise. Henri IV avait ranimé toute leur exaspération contre lui, en remplaçant par des intrus les évêques orthodoxes, et en retenant les biens confisqués dont il avait promis la restitution. Les Bavarois, ses adhérents les plus anciens, se déclarèrent contre lui, sous leur duc Welf, tige de la célèbre race des Guelfes. Les Souabes, qui avaient pris pour duc le fils du roi Rodolphe mort en combattant pour l'Eglise et pour les vieilles lois de l'Empire, se réunirent aux Saxons. Henri, à la tête de vingt mille hommes, levés principalement dans les villes du Rhin, marcha contre les confédérés. Ceux-ci, au nombre de dix mille seulement, s'avançaient sous les ordres d'Ecbert, margrave de Misnie, et du prince que les catholiques allemands avaient élu roi, Hermann de Luxembourg; ils traînaient avec eux un char surmonté d'une croix très-grande et d'une bannière consacrée, comme symbole d'une armée catholique ^ On en iiemiiv vint aux mains dans les champs de Bleichsseld, près a lueidisseid Wurtzbourg, le 11 août 1086. Avant la bataille, 11 août lose. toute l'armée catholique se prosterna et l'archevêque Hartwig de Magdebourg invoqua l'assistance
1. On reconnaît ici le modèle du carroccio, si usité dans les villes lombardes, pendant leurs guerres avec les empereurs.
du Dieu au nom duquel ils allaient tirer l'épée*. Ce fut un combat d'infanterie, à la dilférence de la plupart de ceux du moyen âge : le duc Welf, avec ses Bavarois et une grande partie des Saxons, voulut se battre à pied% comme le faisaient les bourgeois impérialistes. Ces troupes ne rendirent pas de trèsbons services à leur maître : les gens de Cologne et d'Utrecbt lâcbèrent pied tout d'abord. Henri se défendit avec intrépidité, mais n'en essuya pas moins la plus cruelle défaite de son règne. Les catholiques occupèrent aussitôt la ville de Wurtzbourg, capitale du duché de Franconie, et les domaines immédiats de la maison impériale : ils y rétablirent l'évêque légitime Adalbéron, qui en était exilé depuis dix ans. Les évêques de Salzbourg et de Passau furent aussi rétablis peu après. Mais, comme l'Empereur joignait à une grande bravoure personnelle l'activité la plus infatigable, il eut bientôt réparé les suites de sa défaite et repris Wurtzbourg. Avant d'y réinstaller son intrus Méginhard, Henri s'efforça de ramener à son parti Adalbéron ; mais celui-ci ne voulut pas même le voir. Il dit aux princes chargés par l'Empereur de cette négociation : « Vous pouvez me
1. Jamjam congressuri, omncs in terram proslrati, cœlum oratione penetravere, quam... arcliicpiscopus cum multis lacrymis etgemitibus (îffudit. Igitur in nomine Domini congressi. Bernold. Const. ad 4086, Cet écrivain fnt témoin oculaire de la bataille.
2. ^Velfo diix cum sua Icgionc, et Magdeburgcnsis legio, relictis «quis, pedites incedebant. Ibid. Cf. Stentzel, I, 528.
« tuer, mais non me forcer de voir ou d'entretenir « volontairement votre roi*. »
11 quitta donc de nouveau son éveché, et, sortant encore une fois de sa ville épiscopale, il alla se réfugier à Tabbaye de Lambacb, qu'il avait fondée sur ses domaines patrimoniaux, et où il mourut après quatre ans d'un nouvel exiP.
L'année suivante, diverses conférences entre l'Empereur et les seigneurs catlioliques, qui se qualifiaient de féaux de Saint-Pierre% n'amenèrent aucun résultat. Les princes communiquèrent à Henri les lettres du nouveau pape Victor III, qui confirmaient la sentence de Grégoire*; ils lui promirent de le faire reconnaître partout comme empereur, s'il voulait seulement se réconcilier avec l'Eglise^ ; mais Henri déclara qu'il ne se regardait pas comme excommunié. Les princes refusèrent alors de traiter avec un pécheur public qui s'obstinait dans le scandale. Ils furent peut-être encouragés dans cette voie par un message du roi Ladislas de Hongrie, qui leur
1. Dicens se quidem posse mori, non autem flecti ut vellet unquani sponte sua regcm Ilenricum videre vel alloqui. Waltram., De unit. Eccles. adversiis Ilildebrand., t. II, p. 305, éd. Freher.
2. II était fils du comte de Lambach : cette abbaye existe encore sur le Traun, en haute Autriche. Il mourut le G octobre 1090. Stentzel, II, 294.
3. Fidèles S. Pétri. — A Oppenheim, en mars, et à Worms, en août 1087.