‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 45 sur 267 · Tanquam 15. Pétri manibus consecratum. Ep. Yvon.i · texte numérisé non relu

Tanquam 15. Pétri manibus consecratum. Ep. Yvon.i

5. Non simpliciler benedictionem, scd qualemcumque hostili irriaione appellastis. Ep, Yvon. 28.

(jui ne le reconnaîtraient pas*. Richer essaya en vain de le faire déposer dans un concile provincial, comme ayant agi au préjudice de l'autorité royale en allant se faire sacrera Rome. Yves resta sur son siège épiscopal, où nous le retrouverons bientôt au premier rang des champions de l'autorité et de la discipline de l'Eglise.

Bruno, né à Cologne, d'une race noble et belliqueuse', avait été chanoine et écolâtre de Reims, où il enseignait le grec, l'hébreu et la théologie, cl où il avait compté parmi ses élèves le jeune seigneur du pays rémois, devenu pape plus tard, sous le nom d'Urbain II. Pour fuir la dignité d'archevêque de Reims, qu'on voulait lui imposer, Bruno renonça à l'enseignement et au monde. Accompagné de ses amis, dont deux étaient laïques et le troisième de race étrangère% il alla demander une retraite à Hugues, évêque de Grenoble, qui avait été son élève à Reims, puis moine à la Chaise-Dieu.

1. Cujus judiciis et constitutionibus obviare plane est hsereticîe pravitalis notam incvirrere. Ibid. Urbain II eut peu après une difficulté analogue à trancher en faveur de Lambert élu à Arras par le clergé de ce siège récemment restauré. Malgré la très-vive opposition du clergé de Cambrai (dont Arras avait dépendu jusque-là), et celle du roi de France et de l'empereur, le métropolitain n'ayant pas voulu le sacrer, Lambert se rendit à Rome, où Urbain le sacra lui-môme le 19 mars 1094.

2. Sa famille portait, à ce que l'on prétend, le nom de Hartenfaust, ou Fort du Poing,

3. Landuin de Toscane, qui le remplaça comme prieur de la Chartreuse.

La veille de leur arrivée à Grenoble, Hugues s'était vu transporté, en songe, au milieu des xVlpes du Dauphiné, dans le site le plus sauvage et le plus inaccessible de son diocèse. Dans cette vision, il lui sembla voir s'élever, sur des rochers abruptes, un temple magnifique, puis sept étoiles venues de loin s'arrêter sur le faîte de l'édillce et l'inonder de lumière. Le lendemain, quand Hugues vit arriver sept voyageurs ayant à leur tête Bruno, son ancien maître, il comprit que la vision était l'annonce de leur arrivée, et il les conduisit lui-même dans le lieu désigné par l'apparition des sept étoiles lumineuses.

On ne pouvait y arriver qu'en franchissant des forêts et des précipices d'accès tellement difficile, qu'on courait risque de la vie en tentant le irajel; puis, quand on y était arrivé, on ne trouvait qu'un étro't plateau entouré de sapins, dominé par des montagnes à pic et que sillonnaient sans cesse des avalanches\ Les voyageurs s'y établirent avec bon-

1. J'abrège à dessein le récit de la fondation de la Chartreuse, récit devenu populaire, grâce au pinceau de Lesueur et aux vingt-deux chefs-d'œuvre dont ce grand peintre avait décoré le cloître de la Chartreuse de Paris, d'où on les a transportés au Louvre, après la destruction sacrilège du monastère.

2. Le 50 janvier 1133, le cloître et les cellules du premier monastère, situé où se trouve aujourd'hui la chapelle de Notre-Dame de Casalibus, furent ensevelis, avec sept religieux, sous une avalanche. C'est alors qu'on reconstruisit le monastère sur son emplacement actuel.

heur, y bâtirent un oratoire, quelques cabanes de branchages ets^y livrèrent tout entiers à la contemplation, à la paix et à l'amour de Dieu. Cette solitude s'appelait la Chailreuse, et ce fut là l'origine de l'ordre des Chartreux* qui portèrent d'abord lo beau nom de Pauvres du Christ, Par un mystérieux décret de la volonté divine, de tous les sanctuaires moiasliques qui couvraient la France, la Chartreuse seule a échappé à la destruction commune et sacrilège.

Les nouveaux venus s'astreignirent à suivre la règle de saint Benoît, mais en la ramenant à sa rigueur primitive, et en la modifiant d'une façon plus anachorétique. Au dortoir et au réfectoire commun étaient substituées des cellules isolées, dans l'enceinte du monastère : chacun des treize moines (nombre auquel celui des religieux de chaque maison fut strictement limité) en habiti it une, y mangeait, y dormait, y travaillait seul.

Il n'y avait que peu d'offices en commun : îa messe conventuelle n'était célébrée qu'aux jours de dimanches et fêtes. Ces jours-là, les solitaires se permettaient l'usage du poisson et du fromage' ; le reste du temps ils ne se nourrissaient que de pain de son et de légumes. Ils cultivaient peu le sol tro[)

Saint Bruno

fonde

l'oidre

des Chartreux.

1. En 10S4. Pauperes Cluisti. Ducance, Y» Pauper. Pagi, Cnf,, ad ann. 1080,

2. Le prieur Guigues le dit expiessément, dans le préambule de i^es statuts. Ap. .Malili.., t. V, 1. GG, n. 65.

118 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. Stérile de leurs montagnes, et ne vivaient que du jjroduit de leurs troupeaux ; la prédication leur était interdite.

La transcription des manuscrits, et surtout celle de l'Ecriture sainte, était leur principale occupation . « Nous prêcherons ainsi, disent leurs statuts, la « parole de Dieu, non par la parole, mais par le « travail des mains ^ »

Le comte Guillaume de Nevers, qui devait finir sa vie sous leur robe, étant allé les visiter par dévotion, fut tellement touché de leur pauvreté, qu'il leur envoya, à son retour, une argenterie de grand prix. Ils la lui renvoyèrent; mais ils acceptèrent avec reconnaissance les parchemins qu'il leur fit donner ensuite % et dont ils se servirent pour constituer la bibliothèque très-riche qu'ils eurent bienlùt organisée^ Cette nouvelle branche de l'ordre monastique était, à vrai dire, une réhabilitation de la vie érémétique des premiers Pères du désert, à l'abri des périls d'une solitude absolue. Quelque austère que fût cette vie, elle excita non-seulement l'émulation de tous les moines, mais encore l'adniiration et l'envie des laïques. On voyait, dit un contemporain, des troupes nombreuses d'hommes,

1 . Ut quod ore non possumus, Dei verbum manibus prfedicamus. Statut. Gidgon. XXYII, 4, ap. IIuuteu, III, 578.

2. Boum coria et pergamena plurima quîE adscribendos libros eis necessaria cognoverat. Guib. Novig. lit. I, c. 21.

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