Dilissiniam bibliotliecam coaggerant. Ibid
LES PREDECESSEURS DE CALIXTE li. 119
de femmes, et même de petits enfants \ solliciter L Lir admission au sein de ce nouveau bercail de la pénitence et de l'amour divin. Cependant le nombre des maisons fut d'abord très-restreint. Bruno vivaitdcpuissixansà la Chartreuse, lorsqu'un ordre du pape vint l'en tirer. Urbain, au milieu des orages du pontificat, avait résolu d'appeler son ancien maître au secours de l'Eglise; il lui enjoignit donc, en 1090, de le venir trouver^ et il le retint auprès de lui pendant tout le temps qu'il resta en Italie, s'aidant dans tous les conciles de ses lumières et de son affection \ Le comte Roger de Sicile, qui partageait le goût particulier des seigneurs normands pour les moines, disputa au pape la possession de Bruno et le combla des marques de sa générosité et de la plus tendre affection. Il offrit en vain aux chartreux l'archevêché de Reggio ; mais, lorsque le saint, fatigué de la vie qu'il me-
1. Grèges virorum feminarumque etimmo decennes et undecennes infantuli Ibid.
2. Per lilteras ad S. Ecclesise prœstanda oflicia graviter prsecipieris, ne venire ad urbem cunctaretur. Vit. S. Brun., ap. Suiuum, c. 16.
3. Papam solatio et consilio in Ecclesiaslicis negotiis juvaturus. De institut, ord. Cartusiens., ap. Labbe, Bibl. I, 658. Ejus opéra usus in celebiandis consiliis. Bakon., ad ann. 1092, n. 12. — Ces relations ont fourni à Zurbaran un de ses plus beaux tableaux : le pape et le saint, en costume du temps, sont représentés seuls et assis l'un en face de l'autre. Ce chef-d'œuvre du peintre monastique par excellence a été transporté au nouveau musée de Séville, depuis que la Chartreuse de cette ville a été changée en manufacture de faïence par un cupide industriel qui ne laisse pas même les étrangers pénétrer dans l'enceinte qu'il a profanée.
nait à la cour romaine*, eut obtenu sa liberté, il accepta des mains du comte un monastère en Calabre^ où le pape lui permit de se retirer. Bruno quitta bientôt sa solitude pour aller baptiser le fils de Roger, qui devait être un jour le premier roi chrétien des Deux-Siciles, et pour recueillir les derniers soupirs de l'illuslre comte à qui revient l'honneur Mort d'avoir fondé ce royaume. Le saint mourut quatre
de saint Brut;o . , . i,t=i ,.
le mois après son ami % et 1 Eclise tout entière
6 octobre 1101. , ,..,,. . 1 . „
pleura celui qui 1 avait enrichie d une nouvelle légion de soldats et de saints.
Cependant, avec Tannée 1095 sembla s'ouvrir m:e phase plus favorable à la cause catholique. L'Empereur, à peine remis de la défaite de Canosse, éprouva une disgrâce plus cruelle encore, par suite de la défection de son fils aîné Conrad, qu'il avait déjà fait couronner roi des Romains. Ce jeune prince, dont tous les contemporains vantent les dispositions pieuses et pacifiques, était révolté du spectacle des crimes paternels ; il avait surtout horreur des odieux attentats commis par le tyran sur la
1. Cum tumullus et mores curice ferre non posset, relictis soliludinis et quietis amore flagrans. Ibid. Après le concile de Plaisance en 1095.
2. La Torre, près Squillace. Le saint en a tracé le tableau le plus séduisant, dans sa lettre à Raoul le Vert, depuis archevêque de Reims. Voir le diplôme où le comte Roger raconte les motifs de sa confiance et de sa reconnaissance pour Bruno. Baron., ad ann. 1097, c. 14. SuRius, t. V, die 5 oct.
3. Le 0 octobre 1101. — On sait que l'ordre des Chartreux, parune exception unique, n'a jamais eu besoin de réfoni c.
personne de sa seconde femme, Adélaïde de Russie ^ Père dénaturé, époux indigne, Henri IV avail voulu se donner pour complice Conrad, le beaufils de la victime ^ Entraîné par la plus légitime indignation, le jeune prince s'enfuit et alla rejoindre Malhilde et son mari Welf qui poursuivaient la guerre contre Henri. Conrad retomba, peu après, entre les mains de son père qui le fit enfermer; mais il sut échapper à ses geôliers, et, accueilli avec transport par le parti pontifical, il fut proclamé roi des Lombards par l'archevêque de Milan. Mathilde réussit, en même temps, à faire sortir la princesse Adélaïde de la prison où la retenait Henri à Vérone^ Le persécuteur de l'Eglise eut donc à subir un double châtiment : sa femme et son fils parvinrent à s'échapper, et, réfugiés dans
1. Quelques auteurs la nomment Praxède ; elle était fille du czar de- Russie : il l'avait épousée en 109!^, étant veuve du margrave de Brandebourg; il était lui-même veuf de Berthe, mère de Conrad qui avail alors dix-neuf ans.
2. Incarceravcrat eam, et concessit ut plerique vim ei inferrent, immo filium liortans, ut eam subagitaret. Quo récusante patris polluere stratum, eum Rex non suum sed peregrini filium esse affirmavit. Albert Stedexs. Chron. in Schiltir. scriptor. IIekmold. Chron. Slavor, éd. 1659. Dodecuin, ad ann. 1093, in Pistor. Script. Germ., t. I, et ap. Daron., etc.
Ce hideux récit, que les apologistes de Henri ont essayé de révoquer en doute, n'est que trop d'accord avec des actes du même genre que les insurgés allemands reprochèrent de tout temps à Henri IV (voir plus haut la lettre du comte de Thuringe) ; il est d'ailleurs confirmé par les déclarations publiques de l'impératrice aux conciles de Constance et de Plaisance, comme on va le voir.