CHAPITRE IV La papauté et la première croisade
llj-bain II prêche la croisade en Limousin, dans la Touraine, le Poitou et l'Anjou. — Il est arbitre entre Yves de Chartres et Geoffroy de Vendôme. — Il visite Marmoutier et préside le concile de Tours. — Il rentre dans Rome, où plusieurs des chefs de la croisade le viennent visiter. — Henri lY ne prend aucune part à la croisade.
Le double ifitérêt de la croisade et des inslilulions monastiques semble n'avoir pas cessé d'occuper Urbain pendant tout le séjour qu'il fit en France, après le concile de Clermont. Malgré le grand nombre d'évêques qui sortaient des monastères* ou qui, comme saint Hugues de Grenoble, allaient chercher à la Chaise-Dieu"^ un asile contre les soucis cruels de l'épiscopat^ il s'élevait sans
1. Ainsi, vers cette époque. Foulques du Bec devint évêque de Beauvais, Gervin, abbé de Saint-Riquier, évoque d'Amiens, Serlon, abbé de Saint-Évroul, évéque de Séez, etc.
2. Il n'avait pu y rester qu'un an; Grégoire VII l'avait force de retourner à son diocèse. Il était fils d'un gentilhomme du Valentinois qui, étant octogénaire, se fit chaatrcux et mourut après dix-huit ans de religion, entre les bras de son fils.
3. Ainsi firent encore Robert, évoque de Langres, Hilgold et Henri, tous deux évoques de Soissons, l'un après l'autre.
LES PRÉDÉCESSEURS D:: CALIXTE II. lOl cosse, enlre les évéqiics cl les abbi's, des conflils (adieux. Yves de Charlres, si zélé pour le maintien de Texacle discipline, et que tant de liens unissaient à un grand noml)re de religieux, se plaignait avec amertume de l'esprit d'envahissement de certains monastères et de leurs empiétements sur l'autorité épiscopale^ Dans le but de porter remède à cet état de choses, un concile avait interdit à tout abbé promu à l'épiscopat de conserver son abbaye^ ; il avait, en outre, réservé aux évêqucs le droit de pourvoir au gouvernement des paroisses dépi'ndant des abbayes^, et, en même temps, il avait condamné comme un acte de simonie l'exaction appelée rachat des autels, que des évêques prélevaient sur les bénéfices des oblations abandonnées aux moines par les laïques*. Une des abbayes
1. Iiifinita monachorum cupiditas irifinitam tacit manere discordiam. Ep. 216. Monadii, invidia demoniaca inoli, voluerunt iii alienam messem falcem immi Itère et mihi episcopalia jura privare. Ep. 2GG. Voy. encore ses ép. 3G et 65. C'étaient surtout les abbayes établies dans les villes épiscopalcs qui donnaient lieu à ces discordes.
2. Ne quis episcopus siinul et abbas essct. Oud. IX, 719. A cause de la mauvaise conduite de Gervin, évêque d'Amiens, envers son abbaye de Saint-Riquier, qui lui fut ôtée.
3. Les évoques devaient cependant obtenir le consentement des abbés au choix des curés qu'ils nommaient. Cax., IV, in add. Cossart. ap. CoLETT., Conc. XII, 013.
4. Hedemptio altarium. Can. IV, ibid. — L'espace nous manque pour entrer dans le détail de celte matière. Voy. Fleuiiy, 1, 64, n. 2!). CoLETT., Concil. Xll, 90. Not.inEp. Yvon. Carnof, p. ':13, éd. Fronto. Trente ans plus tard, la discussion se renouvela sur la matière entre l'évoque d'Angers et Geoffroy de Vendôme. .Mais celui-ci, qui avait
MOI.NES d'ocG. VII. I 1
les plus puissantes de France, à cette époque, était celle de Marmoutier, qui s'était soumise à Gluny, rivalisait avec sa mère adoptive en influence, en régularité, et travaillait, comme elle, à réformer d'autres monastères. Menacée dans sa liberté par l'archevêque Raoul de Tours, le grand ennemi des moines, naguère excommunié par le légat du pape, Marmoutier avait porté la cause au concile, où le pape s'était prononcé en sa faveur. Or, comme les partisans de l'archevêque murmuraient et contestaient au souverain pontife ce droit d'exempter complètement de la juridiction épiscopale, Urbain se leva, commanda le silence, et déclara qu'en vertu de l'autorité apostolique et des décrets de ses prédécesseurs, il lui appartenait soit de réunir deux évêchés en un seul, soit d'en partager un en deux, ou encore de recevoir sous le patronage de l'Église romaine tout établissement qu'il voudrait, h^ans que nul pût s'y opposer. Et, cela dit, il déclara irrévocable le privilège de Marmoutier \ Le concile levé à la fin de novembre 1095, le
assisté au concile, se prononça avec l'autorité d'un témom irrécusable Ep. GoFF. ViND.,1. III, n. 12. Mab., Aiin.,\,lo,u. Ib.
1. Cum obstinati oblcctarent.... ereclus iu pedes pouiifex, imperato silentio ex aposlolica auctoritate et pontilicalibus decretis sibi competere dixit, ut ex une episcopatu duos, et ex duobus unum faciat; abbatias cœterasquc congregaliones, ubi œquitas et ratio postularet, aut coadunare, aut disjuugere : et quidquid iu palrociniuni S. Romanse Ecclesia; suscipere vellct, nullus suie aucloritati repugnare posset : quibus prœniissis, Majoris monasterii privilegium nodo .indissolubili lirmavit. Malill., Ann. lkii.,1. Cd, c. 25.
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p ipo se mil à parcourir le Limousin, la Touraine, L'iL^.mii
TAnjoii, le Poitou, prêchant la croisad^^ dis- i;, ciois'a.ie
Iribuant lui-mcme la croix à tous ceux rpi'il lo i.iinousi..,
, I . 'F* * dons
avait conquis a la sainte entreprise, tn même h. rouraino,
temps il allait visiter les principaux monastères^ h lAnjou.
1. Ubicumque luit, prœcepit cruces facere hominibus, et pergere Hierusalem, et libérai c Ciim a Turcis et aliis gcntibus. C.liron. Malleac. ad ann. 1096. Venit Andeo-avum et ammoniiit geiitem nostrani, ut irent Jérusalem, expugnaturi Geiitilem populum. Ms. Fulcoii. ''Omit, cité par Pagi ad ann. 1090. Il alla d'Angers à Sablé, pour eng'ger le seigneur de cette dernière ville, Robert le Bourguignon, à psendre la croix. Essai historique sur Vai)baije de Solesnies, p. 22.
2. >'ous croyons devoir trader ici l'itinéraire d'Urbain II pendant son séjour en France, il'api es la date de ses diplônies et les récits contemporains. C'est un renseignement précieux pour l'histoire monasti lue, comme pour celle de l'art, ^ous suivions les autorités citées par Mai)illon dans ses Annales, et Pagi dans sa criti(|ue des Annales de Baronius, comme nous l'avons fait dans tout le reste de cet ouvrage, en les complétant par les excellentes tables chronologiques que Stentzcl a dressées au toine II de son IJist. des emp. franconiens et par divers autres renseignements.
4095 — La date précise de son arrivée en France est inconnue.
??? — Valence. — Urbain y consacra la cathédrale.
15 août. — >'olre-Dame-du-Puy. Urbain y célèbre l'Assomption.
18 » A la Chaise-Dieu. — Dédicace do l'église abbatiale et
proclamation de l'exemption.
Du 1" au 7 septembre. — A Saint-Gilles. — Célébration de la fêle de saint Gilles. — Privilège accordé à la Chaise-Dieu.
11 septembre. — A Tarascon. — Béncdiction d'un champ donné par la comtesse Stéphanie «la douce», pour y bâtir une église.
12 septembre. — A Avignon. — Diplôme aux chanoines de la cathédrale.
? Date incertaine. — A Jlàcon.
18 au 23 octobre. — A Cluny. — Dédicace du maître-autel. i?) — A Sou\igny. — Il y passe huit jours et y reçoit Archam' aud de Bourbon à résij)i.sccnce.
IS novembre. — \ Clermont. — Ouverture du concile.
1(J4 LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. dédiant les églises calhédrales. abbatiales et autres, qui s'élevaient de tous côtés, consacrant les autels,
2 décembre. — Départ de Clermont.
3 » A Soucilaiigcs. — Dédicace de l'église abbatiale. ? » A Brioude.
7 » A Saint-Flour. — Dédicace de l'église pri orale. —
Diplôme pour Mai cigny et Soucilangos.
21 décembre. — A Lzerclies. — L'évéque Humbald l'empêche de consacrer l'église abbatiale.
23 décembre. — A Limoges. — Déposition de l'évéque Humbald.
29 » A Limoges. — Dédicace de la cathédrale.
51 » A Limoges. — Dédicace de l'église abbatiale de
Saint-Martial, fondée par Louis le Débonnaire.
2 janvier 1(>9G. — A Limoges. — Privilège à l'abb. de Tulle.
10 janvier. — A Charroux. — Dédicace du grand autel de l'église ;i]jbatiale.
13 janvier. — A Poitiers. — Célébration de saint Hilaire.
21 » A Poitiers. — Dédicace de l'église abbatiale de Mou-
tierneuf. Yoy. l'inscription publiée par M. de Chergé, dans les Mémoires de la Société des antiquaires de V Ouest, année 1844, p. 186.
(?) février. — A LouJun. — Dédicace de Sainte-Croix et de Saint- >"icolas, constatée par un diplôme rendu à Tours le 19 mars.
10 lévrier. — A Angers. — Dédicace de l'église abbatiale de Saiut- >':co]as.
14 février. — A Sablé. — Diplôme donné à Saint-Nicolas-d'Angers
» A Solesmes.
» A Glanfcuil.
» Au Mans.
20 » A Vendôme. — Dédicace de l'autel de la Sainte-Tri-
nité et diplôme d'exemption contre l'évéque de Chartres. Du 2 au 9 mars. — A Marmoutier, près Tours — Séjour.
9 mars. — A Marmoutier. — Sermon sur le bord de la Loire.
10 » A Marmoutier. — Dédicace de l'église abbatiale.
14 » A Tours. — Concile. — Confirmation des privilèges de
Saint-Martin.
23 mars. — A Tours. — Procession solennelle du dimanche Latare. — Don de la Rose d'or au comte Foulques d'Anjou.
29 mars. — A Poitiers. — Nouveau diplôme en faveur de Saint- Martin
LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE IL Uo
réformant les abus, réconciliant les excommuniés pénitents, choisissant, parmi les religieux, leshom-
.*? — A Saint-Maixent. — Diplôme pour GlanfcuiL
?•? — A Saint-Jcan-d'Angoly. — Const. par lettres du pape à l'abbé.
7 avril. — A Saint-Jcan-d'Angely. — Bulle portant exemption de
1 abbaye de Mouticrneuf, à Poitiers. — Mab. 1, OU, n. 39. Mss. de D.
l'onteneau, t. XIX, p. 83.
13 avril. — A Saintes. — Fête de Pâques. — Le duc Guillaume VII 'i Aquitaine menacé d'excommunication. — Dédicace d'un autel dans la crypte de Sainl-Eutrope.
14 avril. — A Saintes. — Bulle en faveur de Moutierneuf contre les chanoines de Saint-Hilaire. — Mss. de Fonteneau, 1. c.
1" mai. — A Bordeaux. — Dédicace de Saint-Élienne.
■' 9 A Nérac. — Dédicace des SS. Thomas et Nicolas.
7 » A Lcyrac. — Cella de Cluiiy.
13 )) A Moissac. — Lettre à Hugues de Cluny.
24 » A Toulouse. — Dédicace de SaiuL-Scrnin ,
'-9 juin. — A Maguelonne. — Bénédiction de l'île.
? ? A Montpellier. — Examen de l'alfaire de l'élu de
Paris.
1'.' juillet. — A Mmes. — Concile. — Absolution du roi.
10 et 17 juillet. — A Saint-Gilles. — Diplôme pour deux monastère espagnols.
22 juillet. — Avignon. — Diplôme en laveur de Saint-Gilles.
? ? A Cavaillon. Confirmation des privilèges de Montms'
jour.
5 août. — A Apt. — Dédicace de l'église de Saint-Eusèbe.
En reportant à 1095 le diplôme du 11 septembre au sujet de la bénédiction du champ de la comtesse à Tarascon, comme le comporte l'énoncé : anno Ponlificatits oclavo, el comme l'a fait Mabillon qui le répète deux fois à tort (1. G9, n°21 et 41), on échappe à la contr.idiclion reconnue par Pagi entre cette date, qu'il attribue à l'an 1096, et la donnée si précise de Bernold de Constance, qui dit que le pape célébra l'Exaltation do la Sainte Croix (14 septembre) à Mortara, près Pavie. Il est certain qu'il était sur les bords du Rhône en septembre 1095; il est donc plus naturel de fixer à cette époque son passage t Tarascon. Nous n'avons pu trouver de renseignement sui- la date précise de son passage à Vienne, où il ordonna de fonder une église pour le. reliques de saint Antoine, ce qui a donné naissance à la belle
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mes qu'il croyait destinés à rendre des services à l'Eglise dans la sphère lapins élevée*; déposant, comnneà Limoges, lesévêques prévaricateurs ; condamnant à la pénitence et à rex[)iation les seigneurs les plus puissants, tels que le sire de Bourbon% le comte d'Anjou, le duc d'Aquitaine ; enfin exerçant, dans toutes les grandes iassises du pays% la fonction de juge suprême de l'Eglise et de la société. Les historiens du temps rapportent que le pontife s'ap- [)liqaait surtout à confirmer les privilèges et exemptions accordés par ses prédécesseurs au clergé régulier, sans s'arrêter à ce qu'ils pouvaient avoir de contraire à l'autorité des légats apostoliques euxmêmes. 11 plaçait ces libertés sous la garantie des droits les plus solennels de son pontificat*. C'est ainsi, par exemple, qu'il attribua aux abbés de
*'glise de Saint-Antoine en Daupliiné, depuis chef d'ordre. Fleury et Mabillon placent le passage du pape en l'an 109'j.
1. Comme Milon, n.oine de Saint-Albin d'Angers, qui devint ensuite oardinal-évêque de Pale.-trine et légat en France en 1 105. — En passant à Uzerclies, Bernard, archevêque de Tolède, qui accompagnait le pape emmena avec lui un moine distingué, nommé Maurice Burdin ; mais le choix ne fut pas heureux, car ce Maurice fut dans la suite antipape.
2. Urbain obligea Archambault de Bourbon à réparer les dommages qu'il avait faits à Souvigny, Foulques d'Anjou à remettre en liberté son frère Geoffroy qu'il tenait en prison depuis trente ans, et Guillaume d'Aquitaine à restituer à l'abbaye de Vendôme une église qu'il avait usurpée dans l'île d'Oléron.
3. Par exemple, celle qui dispensait les chanoines de Saint-Martin de Tours de recevoir les légats processionnellement, faveur qui était réservée au pape, au roi, et à l'archevêque une fois dans sa vie.
4. Voir les deux boaux diplômes accordés à Saint-Martin de Tours. Bauo.v., Ann. ad ann. 109G Ut Bomana?. Ecclesiœ i)r[ccepta servantes
Saint-Martial de Limoges la part principale dans les droits d'élection au siège vacant et dans le iiouvernement du diocèse durant l'absence de Tévêque\
S'étant trouve, dans la ville de Vendôme, appelé u
à prononcer sur les droits contradictoires des deux arbitre cnut plus saints et plus emmenls prélats de 1 Lglise, ei
Yves de Chartres et Geoffroy de Vendôme, Urbain .le ven.iùinr. n'hésita point à donner raison à l'abbé Geoffroy, ([u'il releva, on la déclarant nulle et non avenue, de la promesse d'obéissance qu'il avait faite à Yves lors de son élection ^ Le pape rétablit en faveur de cet abbé, qui l'avait inironisé au Latran, le privilège d'après lequel la dignité de cardinal devait être unie à celle d'abbé".
Romanœ Ecclesise libertate perpétua gaudeatis, salvo... jure, sou consuetudinc, quam liactenus erga vos Turonensis noscitur archie})!scopus liabuisse.... si quis saiie in crastiimm Archiepiscopus, aut Episco])us, Imperator aut Rex, etc.