‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 75 sur 267 · Ep. II · texte numérisé non relu

Ep. II

19G LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. « que tes exemples fortifieront l'Eglise, et que tes « prières peuvent, par la miséricorde de Dieu, « l'arracher aux périls qui la menacent ^ » Anselme Cependant, malgré toutes les incompatibilités

dont il a été parlé, l'opinion désignait Anselme comme le successeur de Lanfranc. Effrayé de ces espèces de pressentiments publics, l'abbé du Bec refusa de se rendre au vœu du comte de Chester; mais celui-ci, tombé gravement malade, renouvela son invitation, en jurant à Anselme qu'il n'était nullement question de l'archevêché, mais seulement du salut de sa pauvre âme, à lui.

Anselme ayant refusé de nouveau, le comte écrivit une troisième fois, en disant : « Si tu ne viens pas, « sache que, pendant toute l'éternité, tu auras à « te le reprocher^ » Anselme dut céder. Il vint fonder, selon le désir du malade, l'abbaye de Sainte- Werpurge^ et passa cinq mois en Angleterre, occupé à diverses affaires. Comme on ne lui soufflait mot de l'archevêché, il avait fini par se rassurer complètement. Cependant, à Noël 1092, les barons du royaume, réunis autour du roi, à l'occasion de la fête, se plaignirent vivement de l'oppression inouïe et du veuvage sans fin où gémissait l'Eglise-

1. Quoniam irucluum tuorum bonus odor ad nos usque redoluit. Ans., Ep. II, 31, et Coletti, Cvncil., XII, 092.

2. L'abbaye de Sainte-Werpurge, où Hugues prit l'habit monastique avant de mourir, était située à Chester.

3 Si non veneris, rêvera noveris quia nunquam in vita feterna in tanto rcquie eris, quinpcrpctuo dolcaste ad menonvcnisse. Eapm., p. ~':,

-More du royaume, ainsi qu'ils appelaient l'Église (le Cantorbé^y^ Pour mieux exprimer leurs reurets, ils demandèrent au roi l'autorisation défaire prier, dans toutes les églises d'Angleterre, pour que le Seigneur lui inspirât le choix d'un digne primat'. Guillaume, fort irrité, leur dit : « Faites prier « tant que vous voudrez, mais soyez sûrs d'une « chose, c'est que toutes vos prières ne m'empê- « cheront pas d'en agir à ma guise ^. » On le prit au mot, et les évoques, que la chose regardait tout spécialement, chargèrent l'abbé x\nselme, qui ne s'en souciait nullement, d'arranger ou de rédiger les prières demandées. Il le fit de manière à exciter les applaudissements de toute la noblesse*, et les églises retentirent bientôt de ces solennelles supplications. A ce propos, il arriva un jour qu'un seigneur, causant en particulier avec le roi, lui dit : « Nous n'avons jamais connu d'homme « aussi saint que cet Anselme, abbé du Bec. Il n'aime « que Dieu, il ne désire rien en ce monde. — Vrai- « ment? répondit le roi en raillant, pas même l'arec chevêche de Cantorbéry ? — Encore moins l'arche-

1. Omnes regni primores.... optimi quique uno consensu de communi matre Rej^ni quercrentur. Eadm., p. 34.

2. Quod posteris inirum dictu fortasse videbitur, ajoute Eadmer.

3. Dicens quod quicquid Ecclesia peteret, ipse sine dubio pro nullo dimitteret quin faccret oinne quod vellet. Ibid,

4. Moilum orandi cunctis audientihus edidit, et landato sensu et pcrspicacia animi cjus, tota quœ convenerat nobilitas regni.... in sua discessit. Ibid.

Maladie subite

du roi,

son repentir

et

ses vaines

promesses.

« vêclié de Cantorbéry qu'autre chose, répliqua le « seigneur; c'est du moins mon opinion et celle de « beaucoup d'autres. — Eh bien ! moi, dit le roi, « je vous soutiens qu'il travaillerait des pieds et « des mains, s'il voyait quelque chance de l'obtenir; « mais, par le saint voult de Lucques ! ni lui ni per- « sonne autre ne le sera, et il n'y aura pas, de mon « temps, d'autre archevêque que moi ^ »

A peine avait-il prononcé ces paroles, qu'il tomba malade, et malade à mourir\ Dieu semblait vouloir prendre sa revanche. Les évêques, les abbés, les barons, s'assemblèrent autour du lit du moribond, à (ilocester, pour recevoir son dernier soupir^. On envoya chercher Anselme, on l'introduisit auprès du roi, et on le pria d'aviser à ce qu'il y avait à faire ])0ur le salut de cette âme\ Anselme exigea trois choses : une confession complète, la promesse solennelle et publique qu'il se corrigerait, et enfin l'exé-

1. Inus de principibus lerrse cum rege familiariter agens.... ita quod rcx subsannans : Non, inquit, nec archiepiscopatum Cantuariensem.... Nec illum quidcm maxime sicut mca multorumque fert opiriio. Obtestatus est Rex quod manibus et pedibus plaudens in anjplexum ojus accurrerct, si, etc.... Sed pcr sanctum Yultum de Luca nec ipse nec hoc tempore nec aliis quis archiepiscopus erit, me excepte. Eadm., p. 55. Le saint Voult de Lucques était un crucifix très-ancien, attribué à Nicodème, et apporté miraculeusement de Palestine à Lucques où on le vénère encore sous le nom de Volto santo.

2. Hsec illum dicentem a vestigio valida inlirmitas corripuit et lecto deposuit.... omne usque ad exlialationem spiritus egit. Ibid.

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