‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 84 sur 267 · Mauill., Ann., 1. 09, n · texte numérisé non relu

Mauill., Ann., 1. 09, n

LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE II. 225 u rargeiil à la justice, que peuvent doue en espérer (( les oppiimés qui n'ont rien à lui donner*? »

Toutefois le légat, loi'S(jue le roi eut reconnu Urbain II, refusa absolument de déposer Anselme, malgré les grosses sommes que Guillaume s'engageait à payer s'il obtenait ce qu'il désirait ^

Cependant, comme la Pentecôte approchait, le roi tenta d'extorquer au moins quelque argent à l'inflexible prélat : les évêques vinrent lui proposer de payer au prince la somme que coûterait un voyage à Rome pour aller chercher le pallium\ L'archevêque repoussa la proposition avec indignation. Guillaume était exaspéré; mais, d'après Tavis des barons, il finit par céder : il reconnut encore Anselme pour ai'chevéque, et lui permit de prendre le palliumsur l'autel de l'église métropolilaine\

La paix conclue ne pouvait être toutefois qu'une trêve. Anselme le sentait bien, et cette conviction

i. Paptc, iiiqiiiunt, quid Jicemus? Si aurum et argentuin Roma pricponit justiliic,... quid solamiiiis ibi deinceps in sua oppressione reperient, qui, etc. Eadm., 44.

2. Spondeiis iinincnsum pccunisc pondus ci et Ecclcsiae romana; singulis annis daturum.

3. Laudamus et consulimus ut saltem quod in via cxpcndcres si pro hoc Romam ires, Régi des.

i. Quelques jours avant cotte ctTémonie, les évoques de Salisbury et de Ilereford vinrent lui demander pardon de l'avoir ;ibaiidonné à Rockingham, avec les aulres prélats. Il leur donna l'absolulion in quadam ccclesiola (juœ se iiobà oUliilU (unbulantlbus proposita via. Eadm., 45.

22i LES PRÉDÉCESSEURS DE CALIXTE il.

dominait dans la leltre qu'il écrivait au pape pour le remercier du pallium et s'excuser de n'être pas encore allé à Rome : « Saint Père, lui disail-il, « je réglette d'être ce que je suis et de n'être plus « ce que j'étais. Je regrette d'être évêque, parce « que mes péchés ne me laissent pas en remplir

« tous les devoirs Je succombe à mon fardeau,

« car je manque de force, de science, d'habileté, (( de tout ! Je voudrais fuir ce poids insupportable : « la crainte de Dieu seule me retient... Nourris- « sez ma misère par l'aumône de vos prières, je « vous en conjure ; si mon naufrage s'accomplit, et « si l'orage me force à me réfugier au sein de la « mère Eglise, par l'amour de Celui qui a donné « son sang pour nous, faites que je trouve en vous c( un asile et une consolation ^ »

Mais au bout de quelques mois 1 a guerre éclatait de nouveau.

En 1096, Robert, voulant se rendre à la croisade, avait cédé la jouissance de la Normandie, pendant trois ans, à son frère Guillaume, moyennant dix mille marcs d'argent ^ Pour se procurer cet argent, le roi, suivant son habitude, se mit à piller les églises d'Angleterre \ Anselme donna, pour sa part,

1. Sancte Paler, dolco me esse quod suin, doleo me non esse qucd fui.... Oncii cuidam succumbo.... errabundus suspiro.... in naufra gio positus, si quando procellisirruentibus.... ad sinum matris Ecclasia) coiifugeio. Ep. III, 57.

2* GuiLL. Gemetic, Vlll, 7.

3 Kiliil Ecclesiarum ornamentis induisit, niliil sacris altarium va-

deux cenls marcs. Plus lard, le roi ciitrepril une expédition contre les Gallois. Anselme y envoya les soldats qu'il devait fournir; niaisleroi les trouva mal instruits, mal équipés, et lui fit dire qu'il le citerait devant sa cour pour répondre du délit. C'était, chaque joui', (juelqne nouvelle vexation, quelque exigence contraire à la loi de Dieu '. La spoliation des églises et des abbayes, la corruption des mœurs désolaient de plus en plus le royaume. Anselme résolut d'aller trouver le j).ipe, afin de le consulter sur ce qu'il devait faire pour .^auvcr son âme '. Il eut soin d'avertir de son projet le roi qui tenait sa cour à Windsor, et il lui fit demander l'autorisation de sortir du royaume. Guillaume refusa en disant : « Il n'a « rien fait qui rende nécessaire une absolution du (( pape, et il est bien plus capable de donner des « conseils au saint-père que d'en recevoir de lui ^ » Anselme, après avoir essuyé ce refus, s'en revenait de Windsor à l'un de ses domaii.es, lorsqu'un lièvre, poursuivi par des chasseurs, vint se réfugier entre les jambes de son cheval. L'archevêque arrêta les chiens, et, comme tout le monde riait, il se mit à pleurer en disant : « Cette pauvre bete ne rit point :

Guillaume

refuse

à Anselme

l'autorisation

d'aller

à Rome.

sis, nihil reliquiarum capsis, niliil Evanecliorum libris auro vcl argento paralis. Evdm., 45.

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