‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 3)Chapitre 85 sur 267 · Lettre d'Anselme à Pascal II. Ep. III · texte numérisé non relu

Lettre d'Anselme à Pascal II. Ep. III

2. Ut indc consiliuui de anima mca et de officio milii injuiiclo acciperem. IbUL

3. Magis illum sciamu, apostolico quam apostolicum sibi in dando consilio posse succunere.

MOINES d'occ. vri. 15

a c'est l'image de rame chrétienne que les démons « poursuivent sans cesse, pour la précipiter dans la « mort éternelle. Pauvre âme tourmentée, qui cherce che partout, avec un ineffable désir, la main qui « la sauvera ! . . . »

Et aussitôt il ordonna de lâcher la nauvre bête, qui fut ainsi sauvée^ .

Anselme renouvela deux fois sa demande de partir : la dernière fois c'était dans une assemblée qui se tenait à Winchester, le 15 octobre 1097. Le roi, impatienté, déclara que, si le primat allait à Rome, il réunirait à son domaine tous les biens de l'Église de Cantorbéry, laquelle cesserait ainsi d'avoir un archevêque.

Anselme répondit qu'il aimait mieux obéir à Dieu qu'aux hommes \ et, faisant sortir du conseil du roi les quatre évêques qui s'y trouvaient, il leur

î. Solutus in lacrymis ait : Ridetis? Et utique infelici huic nullus risus.... lioc plane est et animée liominis.... nimis anxia hue illucque circumspicit, et qua tueatur manum sibi porrigi ineffabili desiderio concupiscit. Eadm., 17. Cette anecdote reproduit deux traits distinctifs du caractère d'xVnselme : son excessive bonté, et son goût pour tirer des analogies spirituelles des incidents ordinaires. Eadmer raconte d'autres traits de la môme nature, celui de l'oiseau attaché par un fil et retenu par un enfant, et celui de la sollicitude de l'archevêque pour ses convives qui mangeaient à leur aise, pendant que lui les attendait patiemment, affabili vullm jncunditate super eos aspiciebat et adgamJens, Icvala niodicum dexlra, bcnedicebat cif^ dicens : Benc facial vobis, p. 15.

2. Occurrit animo episcopos îequius esse in suo qiiod erat Dei quam m consilio régis terreni. C'étaient les évêques de \Vinclicster,de Lin • coin, de Salisbury et de Rath.

dit à part. : « Mes frères, vous êtes évoques et chefs « (le l'Église de Dieu. PromeLtez-moi de consulter, « dans mon intérêt, les droits de Dieu et sa justice, <( avec autant de soin et de fidélité que vous en « mettriez à consulter les droits et les coutumes « d'un homme mortel, dans l'intérêt du prochain. « Alors je vous exposerai, comme à des fils et à des « féaux (le Dieu, quel est mon but ; et je suivrai « les conseils ([ue votre confiance en Dieu me don- (( nera^ » Ils se retirèrent à l'écart pour conférer sur ce qu'ils devaient répondre, et, en même temps, ils dépêchèrent l'un d'entre eux au roi pour lui demander des instructions. Les ayant reçues, ils revinrent auprès de leur métropolitain et parlèrent ainsi : a Nous savons que vous êtes un homme los K religieux et saint, tout occupé des choses cèles- ^'Sn'donnent « tes. Mais nous, enchaînés au siècle par nos pa- « rents que nous soutenons, et par beaucoup d'ob- '< jets terrestres que nous aimons, nous ne pouvons ' nous élever à votre hauteur et dédaigner le •< monde, comme vous. Si vous voulez donc vous « mettre à notre niveau et marcher dans la même « voie que nous, nous nous occuperons de vos inté- « rôts comme des nôtres. Mais, si vous avez résolu ( de vous en tenir à Dieu, comme par le passé, t vous resterez seul et sans nous ; car nous ne vou-

1. Si ita fidelitcr et distincte vultis iii mca parte coiisidcrare atqiic tiieri roctitudincm et justitiaui Dei, sicut in parte allcrius pcrpenditis atque tuemini jura et usus mortalis hominis....

leur iiélropolilain,

n^ LES PRÉDÉGESSEUIiS DE CALIXTE 11.

<( Ions pas manquer à la fidéliic que nous devons

« au roi \ »

— « G'esl bien, répondit Anselme; retournez vers « voire seigneur : moi, je m'en tiendrai à Dieu^ » Kt il resta seul, avec quelques moines parmi lesquels se trouvait Eadmer de qui nous tenons tous ces détails. 11 était écrit que, dans cette mémorable histoire, le caractère inviolable de l'épiscopat serait à la l'ois élevé par Anselme à la plus haute majesté et traîné dans la boue par ses confrères. Ceux-ci, en etfel, s'en reviment bientôt et lui dirent : « Le roi vous fait savoir que vous avez « manqué au serment que vous avez pieté de garder « les lois et usages du royaume, en menaçant d'aller <( à Rome sans sa permission : il exige donc que vous a juriez ou de ne jamais en appeler, pour quelque « cause que ce soit, au sainl-siége, ou bien que c( vous sortiez à l'inslant même de sa terre, h Anselme alla lui-même porter sa réponse au roi^ : <( Je le reconnais, dit-il, j'ai juré de garder vos « us et coutumes^ mais celles-là seulementqui sonl « selon Dieu et la justice. »

1. Fatemur, ad stiblimitatem vitœ tua} surgcre nequimus, nechuic niunio tecum illudere. Sed si volueris ad nos usqiic desccndcre... si vero te ad Dciim solummodo.... lonere delcgcris, soins quantum nostri intercst, in hoc, ut Iiactenus fuisli, et aniodo eris.

2. Bone dixi5>tis. Ile crj^o ad dominuui vcslruui : ego me tenebo :ul Deum.

r>. Ad reiïcm nobiscum sequcntibus ingressus, dexiram illius ex uiorc asscdit, Eadm., i8. ;

Le roi ot les barons objeclèrent, en jurant, <]ii'il n'avait été question ni de Dieu ni de justice. « Comment! reprit rarchevéque, et de quoi donc « aurait-il été question, sinon de Dieu et de la jus- « tice'? A Dieu ne plaise qu'aucun chrétien <^arde « des lois ou des coutumes contraires à Dieu et à la <( justice ! Vous dites qu'il est contraire à la coutume « de votre royaume que j'aille consulter le vicaire « de saint Pierre pour le salut de mon âme et le (( gouvernement de mon église; et moi, je déclare « qu'ime telle coutume est contraire à Dieu et à la « justi.'c, et que tout serviteur de Dieu doit la mé- « priser ^ Toute foi humaine n'a pour garantie que « la foi due à Dieu ^•. Oue diriez-vous, roi, si l'un « de vos vassaux riches et puissants, prétendait em- « pechei' l'un des siens de vous rendre le service « qui vous est du? »

— « Oh ! oh! interrompirent le roi et le comte « deMeulan, il prêche; c'est un sermon qu'il veut « nous fiiire; mais il ne vaut pas la peine d'être <( écoulé \ »

Les seigneurs cherchèrent à étouffer sa voix

1. Papre! si nec Uei nec rectitiidinis mentio ut dicitis, facta fuit, ciijus tune?

2. Et ideo ab omni servo Dei spernendam profiteor ac refutindam. 5. Omnis fidcs qucc cuivis hoinini légal iter promiltitur, ex fide Dei

roboratur. Sic eniin spondet lioino homini. I*er fidem quam debeo Doo, lidelis tibi ero ... Ergo li(iuet quod cadein (ides si quando contraria fidei Dciadmiltit, enervetur.

4. 0, 0, prœdicatio est quod dicit, praîdicatio est : — ni)n rei de qua agitur ulla, quai recipienda sit a prudentibus ratio.

par des cris. Il allendit, sans s'émouvoir, qu'ils fussent faligués de crier, puis, il reprit :

(( Vous voulez que je jure de ne plus en ap- « peler au vicaire de Pierre. Jurer cela, ce serait « renier saint Pierre ; renier saint Pierre, c'est (( abjurer le Christ; et abjurer le Christ, par égard a pour vous, serait un crime dont le jugement de « votre cour ne saurait m'absoudre*. »

/•ai^a patience Tant de calme et de courage finirent par l'ems:< (ermeté portcr : Jc roi permit à Anselme de partir. Yiem à bout L'archevêque, avant de quitter Guillaume, lui dit :

« Je ne sais quand je vous reverrai. Rien ne me fera « cesser d'aimer votre salut, comme un père spi- « rituel aime celui de son fils bien-aimé; archevê- « que de Cantorbéry, je voudrais donner au roi (( d'Angleterre ia bénédiction de Dieu et la mienne, « à moins toutefois qu'il ne la refusât. »

— « Non, dit le roi, je ne la refuse pas. » Et il baissa humblement la tête pour recevoir cette bénédiction ^-

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