CHAPITRE 11 Règle de saint Benoît
Analyse de la règle de saint Benoît, la première faite pour l'Occident. — Préambule. — Deux idées dominantes. — Travail. — Obéissance tempérée par la nature et l'origine du commandement. — Analogie avec la féodalité. — Conditions de la communauté ainsi organisée. — Abdication de la propriété individuelle. — Noviciat. — Vœu de stabilité. — Sagesse et mesure romaine. — Analyse des détails. — Liturgie, — Nourriture. — Vêtement. — Pénalités, — Offices. — Hospitalité. — Malades. — Ivésumé de la règle, par Bossuet. — Vision de Benoît sur le monde dans un seul rayon. — Il ne prévoyait pas les résultats sociaux de son œuvre. — Immensité de ces résultats, — Le monde est reconquis sur les Barbares par les moines.
Etenim benedictionem dabit Icgislator : ibunt de virlute in virtutem.
Ps. Lxxxiii,6, 7.
Di lui si fecer poi diversi rivi Onde l'orto cattolico si riga Si cUe i suoi arbuscelli stan più vivi.
P.\rw\DIsO, C. XII,
Règle Telle fut la vie du grand homme que Dieu desti-
nait à être le lédslateur des moines d'Occident. Il
saint Benoit.
nous reste à caractériser sa législation, c'est-à-dire la règle qu'il a écrite et qui a été le code immortel de la branche la plus auguste et la plus féconde de la milice ecclésiastique.
On doit d'abord remarquer que celle rèle est la La première première qui ail été écrite en Occident et pour l'Oc- pour roccidem cident. Jusque-là les moines de celle moitié du monde romain avaient vécu sous l'autorité des règles importées de l'Orient, comme celle de saint Basile, ou des traditions empruntées aux moines d'Egypte et de Syrie, comme celles dont Cassien avait donné un recueil si complet. Saint Benoît ne prétendit ni renverser ni remplacer l'autorité de ces monuments, qu'il invoque et qu'il recommande au contraire dans sa propre réglée Mais la triste expérience de ses débuts, ce qu'il avait vu et ce qu'il avait souffert dès sa jeunesse, comme anachorète, comme cénobite, comme supérieur, avait dû le convaincre de l'insuffisance des lois qui régissaient les religieux de son temps et de son pays. Pour réprimer le relâchement qui s'introduisait partout, il comprit qu'il fallait substituer au choix arbitraire et variable des modèles fournis par la vie des Pères du désert une règle de conduite permanente et uniforme, et ajouter aux préceptes quelque peu vagues et confus des Pacôme et des Basile un choix de règlements précis et méthodiques, empruntés tant aux leçons du passé qu'à son expérience personnelle. Son illustre biographe nous apprend à y voir la reproduction exacte de sa propre vie dans le cloître \