‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 9 sur 174 · s. Gi'.EG., D/al.v,c · texte numérisé non relu

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éclata : la pluie, la foudre, les éclairs furent tels que ni Benoît ni aucun des frères qui l'accompagnaient ne purent mettre le pied hors du toit qui les abritait. Alors il dit à Scholastique : « Que Dieu te « pardonne, ma sœur, mais qu'as-tu fait? » — « Eh bien ! oui,» lui répondit-elle, «je t'ai prié, et « tu ne m'as pas écoutée ; alors j'ai prié Dieu, et il a m'écoute. Sors maintenant, si tu le peux, et ren- « voie-moi pour monter à ton monastère \ » Il se résigna bien malgré lui à rester, et ils passèrent le reste de la nuit en conversation spirituelle. Saint Grégoire, qui nous a conservé ce récit, ajoute qu'il ne faut pas s'étonner si la volonté de la sœur fut plutôt exaucée par Dieu que celle du frère, parce que des deux c'était la sœur qui avait le plus aimé, et qu'auprès de Dieu plus on aime et plus on est puissant \

Au matin il se quittèrent pour ne plus se revoir Moit en cette vie. Trois jours après, Benoît, étant à la schoiastique. fenêtre de sa cellule, eut une vision où il vit l'âme lo lévrier.

de sa sœur entrant dans le ciel sous la forme d'une colombe. Ravi de joie , sa reconnaissance éclata en chants et en hymnes à la gloire de Dieu.

1. Insertis digitis manus super mensam posuit... Caput in manibus declinans lacrymarura fluvium in mensam fuderat... Parcattibi omnipotens Deus, soror ; quid est quod feci^ti?... Ecce te rogavi, et audire me noluisti.. Modo ergo, si potes, egredere, et me dimissa, ad monasterium recède. S. Gkeg., Dial. n, 33.

2. Justo \alde judicio illa plus potuit qutc amplius amavit. S. Greg.

Il envoya aussitôt chercher le corps de la sainte, qui fut transporté au Mont-Cassin et placé dans la sépulture qu'il avait déjà fait préparer pour lui-même , afin que la mort ne séparât point ceux dont les Ames avaient toujours été unies en Dieu.

Mort Cette mort de sa sœur fut pour lui le signal du

de Benoît. i ' . ti i • ' t ^ • ti

- départ. 11 ne lui survécut que quarante jours. 11

543. annonça sa mort à plusieurs de ses religieux, alors éloignés du Mont-Cassin. Une fièvre violente l'ayant saisi, au sixième jour de sa maladie, il se fit porter dans la chapelle consacrée à saint Jean-Baptiste : il y avait d'avance fait rouvrir la tombe où dormait déjà sa sœur. Là, soutenu sur les bras de ses disciples, il reçut le saint viatique ; puis se plaçant au bord de la fosse ouverte, mais au pied de l'autel et les bras étendus vers le ciel, il mourut debout en murmurant une dernière prière^

Mourir debout ! c'était bien la forte et victorieuse mort qui convenait à ce grand soldat de Dieu.

On l'enterra à côté de Scholastique, dans le sépulcre qui avait été creusé sur le site même de l'autel d'Apollon qu'il avait renversé^ Le. même

1. Erectis in cœhimmanibus stetit, el ultimum spiritum inler verba orationis efflavil. S. Greg.

2. Leur tombe se voit encore sous le maître-autel de l'église actuelle (lu Mont-Cassin ; on y lit cette inscription : Benedictum et Scholasticam, iino in terris partit editos, nna in Deum pietate cœlo redditos, nmis hic excipit iumulus, mortalis deposili pro œlernitaie custof^.

jour deux moines, dont l'un était au monastère et l'autre en voyage, earent la même vision. Ils virent une multitude d'étoiles former comme une voie lumineuse qui s'étendait vers l'Orient, depuis le Mont-Cassin jusqu'au haut des cieux, et ils entendirent une voix qui leur dit que c'était par là que Benoît, le bien-aimé de Dieu , était monté au ciel\

l.S. Grec, ii, 37

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