‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 11 sur 174 · S. GfiEG · texte numérisé non relu

S. GfiEG

Il entreprit donc de réformer les abus et les infirmités de l'Ordre qu'il avait embrassé par une série de dispositions morales, économiques, liturgiques et pénales, dont l'ensemble constitue la règle qui, en immortalisant son nom et son œuvre, a donné à l'institut monastique en Occident sa forme définitive et universelle ^

Écoutons-le exposer lui-même, dans son préambule, le but et l'esprit de sa réforme en un style

1. Nous devons rappeler ici que l'Église reconnaît quatre règles principales, sous lesquelles peuvent se classer presque tous les Ordres religieux : 1° celle de saint Basile, qui prévalut peu à peu sur toutes les autres en Orient, et qui est restée celle de tous les moines orientaux ; 2° celle de saint Augustin, adoptée par les chanoines réguliers, l'Ordre de Prémontré, l'Ordre des frères Prêcheurs ou Dominicains, plusieurs Ordres militaires et divers instituts modernes ; 5° celle de saint Benoît, qui, adoptée successivement par tous les moines d'Occident, est restée la loi commune de l'Ordre monastique proprement dit jusqu'au xni" siècle ; les Ordres des Camaldules, de Vallombreuse, des Chartreux et de Cîteaux reconnaissaient cette règle comme la base de leurs constitutions spéciales, quoique le nom de religieux de Saint- Benoît ou de moines bénédictins soit resté spécialement affecté à ceux qui ne faisaient pas partie de ces congrégations plus récentes ; 4° enlin la règle de saint François, qui signala l'avènement des Ordres mendiants au xni« siècle. Nous remarquons, en outre, que la dénomination de moines n'est pas ordinairement attribuée aux religieux qui suivent la règle de saint Augustin, ni aux Ordres mendiants.

La règle de saint Benoît a été publiée une infinité de fois, avec et sans commentaires. Le plus estimé des commentaires est celui de dom Martène, Pa)4s, 1690, in-i». On peut aussi consulter avec fruit celui de dom Calmet, Paris, 1734, 2 vol. in^".

L'édition la plus récente et la plus correcte de la Bègle que nous connaissions est celle (^ui a été donnée par dom Charles Brandes, bénédictin d'Einsiedeln, avec un commentaire et l'histoire de la vie du patriarche, en trois volumes. Einsiedeln et New-York, 1857.

qui lui est propre, et dont la rudesse un peu confuse diffère autant de la langue fleurie da saint Augustin et de saint Grégoire que de l'élégante correction de Cicéron ou de César.

c( Écoute, ô fils * ! les préceptes du Maître, et de- idée

,..,.,, -ni. • londaraentalc

vanl lui incline 1 oreille de ton cœur ; ne crains pas de la

j, .-,.. 1, . 4 j» U ^ t J 15 lif'gle exposée

d accueillir 1 avertissement d un bon père et de lac- dans coin plir efficacement , afin que l'obéissance laborieuse te ramène à celui dont t'avaient éloigné la désobéissance et la mollesse. A toi donc s'adresse en ce moment ma parole, qui que tu sois, qui, renonçant à tes volontés propres pour militer sous le vrai Roi, le Seigneur Jésus-Christ, prends en main ces armes vaillantes et glorieuses de l'obéissance.

« Et d'abord, en tout ce que tu entreprends de bien, demande-lui, par une très-instante prière, qu'il le mène à bonne fin, afin que, après avoir daigné nous compter parmi ses fils, il ne soit jamais con triste par nos mauvaises actions. Obéissons-lui toujours, à l'aide de ses bienfaits, et de telle sorte que non-seulement le père irrité ne déshérite pas un jour ses enfants, mais qu'aussi le maître redoutable et courroucé par nos actes pervers ne livre pas ses serviteurs coupables à une peine sans fin, pour ne l'avoir pas voulu suivre dans la gloire.

■1 . Il faut noter, pour l'iconographie chrétienne, ces premiers mots : Ausculta, 0 (ili! que les peintres du Moyen Age avaient coutume de reproduire sur le livre qu'ils mettaient entre les mains de saint Benoit.

c( Donc, relevons-nous une fois à cette excitation de l'Ecriture qui nous dit : « Voici l'heure pour « nous de sortir du sommeil. » Et, les yeux ouverts à la lumière de Dieu, les oreilles attentives, écoutons ce cri quotidien de la voix divine... « Venez, mes « iils, écoutez-moi. Je vous enseignerai la crainte c( du Seigneur. Courez, pendant que vous avez la c< lumière de la vie, de peur que les ombres de la « nuit ne vous enveloppent.

c( Or, le Seigneur, qui cherche son ouvrier au sein du peuple, lui dit encore : Où est l'homme qui sent la vie et désire voir les jours bienheureux? Que si, à cette parole, tu réponds : C'est moi^ le Seigneur te dira : « Si tu veux avoir la vie, défends le mal à ta langue^ et que tes lèvres ne parlent pas de la fraude. Écite le mal et fais le bien ; cherche la paix et suis ses traces, » Et, cela étant fait : « Alors sur vous seront mes yeux^ et mes oreilles s'ouvriront à vos prières , » et ^ même avant que vous m'invoquiez^ je vous dirai : Me voici!

« Quoi de plus suave pour nous que cette voix du Seigneur qui nous presse, ô frères bien-aimés 1 Voici que par son amour paternel le Seigneur nous montre le chemin de la vie. Ceignant donc nos reins de la foi et de l'observance des bonnes œuvres, et les pieds chaussés pour suivre l'Évangile, marchons sur la trace de ses pas, alin que nous méritions de voir celui qui nous a appelés en son royaume. Si

SAINT BEiNOlT. Al

nous voulons résider au tabernacle de ce royaume, il faut y courir parles bonnes œuvres sans lesquelles on n'y parvient pas.

(( Car, interrogeons le Seigneur avec le prophète... puis écoutons ce que le Seigneur répond... Celui qui reposera en la sainte montagne de Dieu sera celui qui , conseillé par le mauvais diable, le repousse, lui et son conseil, loin des regards de son cœur, le met à néant, et, arrachant les premiers rejetons de la pensée infernale, comme des enfants qui viennent de naître, les brise contre le Christ. Ce seront ceux qui , fidèles dans la crainte du Seigneur, ne s'exaltent pas de leur louable observance, mais qui, considérant qu'ils ne peuvent faire par eux-mêmes, mais que Dieu fait en eux ce qu'ils ont de bon, glorifient le Seigneur et ses œuvres,..

c( Le Seigneur attend tous les jours que par nos actions nous répondions à ses saints préceptes. C'est pour l'amendement de nos péchés que les jours de cette vie nous sont prolongés comme une trêve, puisque l'Apôtre dit : « Ignores-tu que la « patience de Dieu te ménage la pénitence ? » Et c'est dans sa bonté que le Seigneur dit : « Je ne veux c( point la mort du pécheur, mais qu'il se conver- (( tisse et qu'il vive. »

(c Ayant tous, mes frères, interrogé le Seigneur sur celui qui habitera son tabernacle, nous avons entendu quel précepte lui est prescrit. Que si nous

remplissons les conditions de cette habitation, nous serons héritiers du royaume des cieux. Préparons donc nos cœurs et nos corps à combattre sous la sainte obéissance de ces préceptes, et, s'il n'est pas toujours possible à la nature d'obéir, demandons au Seigneur qu'il daigne nous accorder le secours de sa grâce. Voulons-nous éviter les peines de l'enfer, parvenir à la vie éternelle, pendant qu'il en est temps encore , et que nous sommes en ce corps mortel , pendant que la lumière de cette vie nous est dispensée pour cet usage ; courons et agissons d'une façon qui profite pour l'éternité.

« n nous faut donc constituer une école de servage divin, dans laquelle, nous l'espérons, il ne sera rien établi de rigoureux, rien de trop lourd. Que si, conformément à la raison et à l'équité, nous allons jusqu'à un peu de rigueur pour l'amendement des vices ou pour la conservation de la charité, garde-toi de fuir, sous une émotion de terreur, la voie du salut qui ne peut avoir qu'un commencement étroit. Lorsqu'on a marché quelque temps dans l'observance et la foi, le cœur se dilate et l'on se met à courir avec l'inénarrable douceur de l'amour dans la voie des commandements de Dieu. Plaise à lui que, ne nous écartant jamais de l'enseignement du Maître, et persévérant au monastère dans sa doctrine jusqu'à la mort, nous participions aux passions du Christ par la patience, et

Le travail

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inéritioljs de participer ensemble à son royaume^! »

On remarque, dans ce programme, que le saint Deux principes

dominants;

insiste sur deux principes : l'action ou le travail, et l'obéissance. Ce sont, en effet, les deux bases fondamentales de son œuvre; ils servent de fil conducteur à travers les soixante-douze articles de la règle que nous cherchons à caractériser.

Benoît ne veut pas que ses religieux se bornent au travail intérieur, à l'action de l'âme sur ellemême : il leur fait une obligation stricte du travail extérieur, manuel ou littéraire. Sans doute les cénobites primitifs avaient prêché et pratiqué l'obligation du travail, mais nul ne l'avait encore prescrit et réglé avec tant de sévérité et d'attentive sollicitude. Pour mieux bannir l'oisiveté, qu'il appelle l'ennemie de r âme % il règle minutieusement l'emploi de chaque heure de la journée selon les saisons, et veut qu'après avoir célébré les louanges de Dieu sept fois par jour, il soit donné sept heures

1. Ad te ergo nunc meus sermo dirigitur... Quisquis abrenuntians propriis voluntatibus Domino Christo vero régi miiitaturus, obedientiœ fortissima atque prœclara arma assumis... Exsurgamus ergo tandem aliquando... Quœrens Dominas. .. operarium suum... Quid dulciusnobis hac voce Domini invitantis nos?... Qui malignum diabolum... deduxit ad nihilum, et parvulos cogitatus ejus tenuit et illisit ad Cluùstum... Ergo prœparanda sunt corda et corpora nostra... militatura... Constituenda est ergo a nobis Dominici schola servitii... Processu vero conversationis et fidei, dilatato corde, inenarrabili dilectionis dulcedine, curritur via mandatorum Dei... P?'0logus Régulée.

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