‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 100 sur 174 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Relations antérieures des Mérovingiens avec les Moines.

Clovis et ses fils. — Fondation de Micy, près Orléans. — Clovis et saint Maixent. — Saint Léobin torturé par les Francs. — La sœur et la fille de Clovis sont religieuses : celle-ci fonde Saint- Pierre-le-Yif, à Sens. — Les monastères d'Auvergne, rançon des prisonniers et refuge des esclaves : Basolus et Porcianus. — Thierry I" et saint Nizier. — Clodomir, l'abbé Avit et saint Cloud. — La tonsure et les vocations forcées. — Childebert, le roi monastique par excellence : ses relations avec saint Eusice en Rerry, et saint Marculphe en Neustrie.

Non enim dédit nobis spiritum timoris, sed virtutis, et dilectionis, et sobrietalis.

II TiMOTH., I, 7.

Ce n'était pas, du reste, la première fois que les Mérovingiens avaient rencontré les moines sur leur chemin. A côté des évêques, qui personnifiaient la douce et forte majesté de cette Eglise dont les Francs venaient de se déclarer les enfants, ils voyaient partout tantôt des reclus isolés, tantôt des religieux vivant en communauté, dont les étranges privations, les rudes travaux et l'irréprochable vertu témoignaient éloquemment de la grandeur morale des dogmes chrétiens. La vie de ces rois, partagée entre la guerre et la chasse, les mettait sans cesse en" contact avec ceux que tout le monde s'accordait à qualifier d'hommes de Dieu, soit dans les villes

et les campagnes ravagées par leurs soldats, soit au fond des forêts fouillées par leurs meutes. Malgré tout ce que nous avons dit de l'étrange et odieux mélange de ruse et de férocité, d'incontinence outrée et de sauvage orgueil qui caractérise tous les princes mérovingiens , malgré le funeste alliage que la corruption des mœurs gallo-romaines vint ajouter, aussitôt après leur invasion et leur conversion, à la barbarie traditionnelle de leur race, il est impossible de nier la sincérité de leur foi et l'empire qu'exerça presque toujours sur eux le spectacle de la vertu et de la pénitence chrétiennes. Ils passaient, avec une rapidité qui semble aujourd'hui incompréhensible, des atroces excès de leur cruauté native à des démonstrations passionnées de contrition et d'humilité. Après avoir présidé à des massacres ou à des supplices qui figurent avec raison parmi les plus odieux souvenirs de l'histoire, on les voit écouter avec respect et pardonner sans peine les avertissements d'un chef hardi, et plus souvent encore d'un pontife ou d'un moine. Car c'étaient presque toujours des religieux, ou des évêques formés dans la vie claustrale, qui leur arrachaient, au nom de Dieu, un tardif et incomplet hommage à la justice et à l'humanité.

Glovis lui-même dut rendre plus d'une fois hommage à ces vertus. On lui attribue, sans preuves suffisantes, la fondation de plusieurs abbayes \ Mais

Page 1