‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 101 sur 174 · Molosme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc · texte numérisé non relu

Molosme, Saint-Michel de Tonnerre, Nesle, etc

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 285 on tient pour authentique un diplôme de lui où sa profession de foi en la Trinité indivisible et consub- ciovis

, . , , I . , l'onde Micy

stantielle, qui constatait sa qualité de seul roi catho- près oiiéans. lique au milieu de la chrétienté alors ravagée par sos. l'arianisme, précède une concession de terres et une exemption d'impôts en faveur d'un monastère voisin d'Orléans. Cette fondation devint promptement célèbre sous le nom de Micy et, depuis, de Saint Mesmin. Elle devait ce dernier nom à Maximin, l'un des chefs de la petite colonie de religieux arvernes que Ciovis y avait établie sous la conduite du saint prêtre Euspice , lequel avait gagné son cœur lors du siège de Verdun, en venant jusque dans le camp des assiégeants implorer la grâce des Gallo-Romains insurgés de cette ville\ Il leur avait donné un domaine du fisc situé à la pointe de la presqu'île que forment la Loire et le Loiret en réunissant leurs eaux, afin, dit son diplôme, que ces religieux ne fussent plus comme des étrangers et des voyageurs parmi les Erancs\

1. Vit. S. Maximini, abb. Miciac, n. 4 à 9. Ap. Act. SS. 0. S. B., t. I, p. 564, éd. Venet.

2. Inter Francos peregrini. — Rkéquigny, qui dans sa grande collection [Diplomata, Chartx, etc , t. I. Prolegom., p. 8. Paris, 1791, in-folio) conteste tous les diplômes attribués à Ciovis pour Reomaus, Saint-Pierre-le-Vif, etc., reconnaît l 'authenticité de celui donné par Ciovis à saint Euspice et à saint Maximin pour Micy. — Le souvenir de cette fameuse abbaye a été rajeuni de nos jours par le petit séminaire du diocèse d'Orléans, établi à La Chapelle Saint-Mesmin, non loin de l'emplacement même de Micy. Sur la rive droite de la Loire, et grâce à un exemple de respect pour l'antiquité bien rare parmi nous, la grotte où avait été déposé le corps de saint Maximin a été

Une légende longtemps populaire en Touraine Autres légendes veul que la belle église abbatiale de Saint-Julien,

monastiques ? i • ^ m

sur qu on admire encore à Tours, marque 1 emplacement ou le vainqueur des Visigoths s était arrête a cheval et la couronne en tête pour répandre des largesses en venant rendre grâces à saint Martin de sa victoire de Youillé \

Une autre tradition, rapportée par Grégoire de

Tours, peint mieux encore le sentiment qui animait

et consolait les populations de la Gaule, quand elles

voyaient leurs redoutables conquérants s'incliner

ciovis devant la sainteté des religieux de leur race. On se

et

saint Maixent. racoutait quc pendant la marche de l'armée de 507 Ciovis à travers le Poitou à la rencontre d'Alaric, une bande de Francs avaient voulu saccager le monastère que gouvernait un saint religieux venu d'Agde en Septimanie et nommé Maixent* ; un des Barbares avait déjà l'épée haute pour trancher la tête de l'abbé, lorsque son bras demeura tout à coup paralysé et ses compagnons restèrent aveuglés autour de lui. Ciovis, averti du miracle, accourut auprès du moine et lui demanda grâce à genoux

restaurée et consolidée par les soins de M. CoUin, ingénieur en chef de la navigation delà Loire. Elle a été depuis rendue au culte et inaugurée, le 13 juin 1858, par cet illustre évoque d'Orléans à qui son éloquence et son courageux dévouement à tous les droits de TÉglise ont valu le premier rang dans l'épiscopat contemporain.

1. Martyrologe de 1469, cité par Salmon, Recueil des Chroniques de Touraine, p. 55.

2. Ce monastère est devenu la ville de Saint-Maixent (Deux- Sèvres).

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pour les assassins. On montra pendant plusieurs siècles, dans l'église du monastère, le lieu où le vainqueur de Syagrius et d'Alaric s'était agenouillé devant un moine gallo-romain et avait reconnu une force plus invincible que toutes les armées romaines ou barbares \

Ce n'était pas toujours aussi impunément que les moines se trouvaient exposés au contact de ces vainqueurs féroces, et mal leur en prenait souvent de représenter la religion, avec les bienfaits et les progrès qui en découlent, aux yeux des hordes sanguinaires et cupides, dont l'ascendant d'un Clovis pouvait quelquefois réprimer la fureur, mais dont les chefs étaient ordinairement les premiers à donner l'exemple de la violence. Ces Francs, si zélés pour l'orthodoxie et qui se vantaient de combattre pour l'Eglise contre les Burgondes ou les Visigoths Ariens, ne se faisaient pas faute, quand leurs passions s'enflammaient, de soumettre aux traitements les plus barbares les moines et les prêtres les plus orthodoxes. C'est ainsi qu'on voit, lors d'une des invasions de la Bourgogne, un solitaire du fameux monastère de l'île Barbe, sur la Saône, près Lyon, livré aux plus cruelles tortures par un détachement Le moine Léobin

1 Ti • • 1 • -1 torturé

de l^rancs qui avait envahi ce sanctuaire, selon par

les Francs.

quelques-uns, le plus ancien des Gaules. Il s'appe-

1 . Qui locus in quo idem princeps ad pedes sancti viri jacuerat in eodem monasterio usque in hodiernum diem apparet. Act. SS. Bol- LAND., die 25 Junii, p. 172. — Cf. Greg.Tur., Hist., 1. n, c. 57.

lait Léobin et avait été berger avant d'être moine. Tous les autres religieux s'étaient enfuis, excepté lui et un autre vieux moine, lequel, pressé par les envahisseurs de leur montrer où étaient cachées les richesses du monastère, répondit qu'il n'en savait rien, mais que Léobin était au courant de tout. Celui-ci ayant refusé de répondre, les Francs le mirent à la torture avec une cruauté ingénieuse, qui semble avoir été empruntée à des habitudes plutôt orientales que germaniques. Ils lui serrèrent le crâne avec des cordelettes, ils le batonnèrent sur la plante des pieds, ils le plongèrent à plusieurs reprises dans l'eau pour ne l'en retirer qu'au moment où il allait étouffer. L'intrépide religieux résista à tous ces supplices sans parler. Alors ils l'abandonluievieni évêque nèrent plus mort que vif. Il en revint cependant, Chartres, et cc fut pour être appelé, après quelques années, 547-^^8. au siège épiscopal de Chartres par un des fils de Clovis , par Childebert, qui avait lui-même dirigé l'invasion dont le pieux évêque avait failli être victime ^

Clovis eut une sœur nommée Alboflède et qui, baptisée en même temps que lui, avait embrassé la vie religieuse. Elle mourut peu après, et Clovis

1 . Duin Francorum dura ferocitas contra Burgundiones bella coiicitaret... Vit. S. Leobini, c. 5-14 ; ap. Act, SS. 0. S. B., t. I. — Clovis lui-même envahit la Bourgogne en 500; ses lils en 5*23 et en 552, Saint Léobin étant devenu évêque en 547. il est probable que son aventure à l'île Barbe se rapporte à la dernière de ces invasions, dirigée par Clotaire et Childebert-

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l'avail plcurée au point d'avoir besoin d'être rappelé par saint Rémi aux devoirs de sa charge royale. « Il n'y a pas lieu, lui écrivait l'apôtre des Francs, l» sœm de pleurer cette sœur dont la fleur virginale répand la mie de ciovis

embrassent

son parfum en présence de Dieu, et qui a reçu une la vie religieuse. couronne céleste pour prix de sa virginité. Mon seigneur, chassez cette tristesse de votre cœur, il vous reste votre royaume à gouverner. Vous êtes le chef des peuples et vous avez à porter le poids de leur administration ^ »

Il eut aussi une fille qui s'appelait Théodechilde, et qui, elle aussi, à ce que l'on suppose, consacra à Dieu sa virginité. On discerne à peine son existence par quelques traits épars dans les écrits de Grégoire de Tours et les autres chroniques du temps. Ils nous permettent de la saluer en passant, comme une douce et consolante apparition au milieu des violences et des horreurs de l'époque où elle vécut. Elle voulut fonder, près de la métropole gallo-ro- saint-iierre-ie-vif maine de Sens, un monastère en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul, à l'inslar de celui que son père et sa mère avaient construit près de Paris, au midi de la Seine, et où était enterrée sainte Geneviève. Dans cette fondation, qui a pris depuis le

1. Sacrala non est lugenda, quœ fragrat in conspectu Domini flore virgineo, et corona lecta quam pro virginitate suscepit... Dominus meus, repclle de corde tuo tristitiam... regnum sagacius gubernate. •• Mœroris torpore discusso... manet vobis regnum administrandum... Populorum caput estis et regimen sustinetis. Ap.Labbe, Concil., t. IV, p. 1268. Cf. S. Greg. Tur., Hist., ii, 51.

MOINES d'oCC. II, 19

Av. 507.

nom de Saint-Pierre-le-Vif, Théodechilde établit des moines ; elle y choisit sa sépulture après lui avoir fait donation de tout ce qu'elle avait possédé ou acquis en France et en Aquitaine, c'est-à-dire en deçà et au delà de la Loire \ Un acte de généreuse pitié dû à la royale fondatrice inaugure dignement les annales de ce fameux monastère. Basolus, que le roi des Yisigoths d'Aquitaine, Gesalric, avait nommé duc d'Aquitaine, fait prisonnier par Clovis dans un dernier combat, avait été conduit enchaîné à Sens. Pendant que ses gardes le conduisaient au cachot, où il s'attendait à être mis à mort, il rencontra sur son passage la fille de son vainqueur, Théodechilde. Elle résolut aussitôt de demander la vie et la liberté du captif. Clovis se refusa longtemps à ses prières : il céda enfin, mais à la con-

1, Monachos ut, sub abbatis imperio, Deo cunctis diebus deservirent... Quidquid de possesso scu de acquisito... — Ce testament se trouve dans la collection des opuscules d'un savant moine de Saint- Pierre-le-Vif au xi« siècle, Odorannus, publiés par le cardinal Mai, au tome IX de son Spicilegium Romanum, p. 62. — Odoiannus cite une épitaphe d'elle ainsi conçue :

Hune regina locuin monachis construxit ab imo

Theuchildis rébus nobilitando suis; Cujus nunc, licet hoc corpus claudatur in antro,

Spiritus astrigero vivit in axe Deo.

Implorans rectis pastoribus euge beatum

Det sapientibus hinc neumata digna Deus!

Fortunat, le poëte attitré des princesses mérovingiennes, a aussi fait l'épitaphe d'une reine Théodechilde, dont il vante surtout la munificence envers les églises : mais, comme il parle d'une reine mariée, ses vers doivent plutôt s'appliquer à une autre princesse du même nom, fille de Thierry I. Cf. Fortunati Opéra, éd. Luchi, p. 144 et 190

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dition que le chef vaincu serait envoyé au monastère que sa fille venait de constituer, pour qu'on lui rasât la tête et qu'on le fît moine. Basolus paraît avoir adopté de bon cœur sa nouvelle profession, car il donna à Saint-Pierre toutes les terres qu'il possédait en Auvergne, et fonda ainsi le monastère Monastères

d,'Auv6r*^nc ■

et la ville de Mauriac dans les montagnes du Cantal \ Basoius.

Ces monastères d'Auvergne et d'ailleurs, où les vainqueurs se rencontraient souvent avec les vaincus, servaient déjà d'asile à tous les genres de misères. Grégoire de Tours nous a conservé la mémoire d'un jeune esclave arverne, Porcianus, qui, Porcien. fuyant les rigueurs de son maître, se réfugie dans un monastère. Le Barbare l'y poursuit et l'en arrache ; mais, frappé tout à coup de cécité, il restitue le fugitif au sanctuaire afm d'obtenir ainsi la guérison qu'il sollicitait. L'esclave devient moine, puis abbé , et gouverne le monastère, d'où il sortit un jour pour arrêter et réprimander le roi franc Thierry, vers 552. fils de Clovis, dans sa marche dévastatrice à travers l'Auvergne \ Après sa mort, l'abbaye, que sa sainteté avait illustrée, prit son nom et l'a donné à la ville actuelle de Saint-Pourçain^

1. Mauriac est aujourd'hui une sous-préfecture du Cantal. Ce monastère fut restauré en 1100 par Raoul d'Escorailles, qui y mit des religieuses, en stipulant que toutes les abbesses seraient prises dans sa descendance. Branche, Monastères d'Auvergne, p. 65. — Cf. Mabil- LON, Annal., 1. vi, c. 30.

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