‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 109 sur 174 · A Saint -Jean-Keran, paroisse de Trcflaouénan · texte numérisé non relu

A Saint -Jean-Keran, paroisse de Trcflaouénan

sous LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 311

père et pour mère^ Cette poésie vaut bien, ce semble, celle de Claudien et même celle des Druides. Mais il nous faut quitter la région trop attrayante de la poésie, pour rentrer dans le domaine de l'histoire, qu'il est souvent, et ici surtout, difficile de distinguer de celui de la légende. Sans vouloir entrer dans les détails de l'immigration des mêmes- Bretons en Armorique, qu'il nous suffise de constater que, cinquante ans après leur débarquement, l'Évangile régnait dans la Péninsule. Cénobites ou solitaires, les moines tinrent lieu de tout autre clergé pendant plusieurs siècles, et exercèrent dès lors sur l'âme et l'imagination de la population armoricaine cet empire du prêtre qui dure encore. D'innombrables monastères s'élevèrent sur les principaux points du territoire, du littoral surtout. Parmi ceux qui remontent à cette époque, il faut signaler Rhuys, que la retraite d'Abailard devait illustrer plus tard: fondée sur une presqu'île du Morbihan , par l'un des plus fameux d'entre les émigrés bretons, l'abbé Gildas, dit le Sage^^^ cette abbaye compta parmi ses religieux le

1. Cette belle légende de saint Hervé, œuvre si populaire en Bretagne, autrefois racontée avec un charme naïf, d'après les anciens bréviaires bretons, par le dominicain Albert de Morlaix (1636), et reproduite d'après lui par les Bollandistes, au tome V de juin, p. 365, a été élaborée tout récemment, avec autant de goût que d'érudition, par le vicomte Hersart de La Villemarqué, membre de l'Institut, dans sa Légende celtique (Saint-Brieuc, 1S59). Il y a joint le texte breton de la légende en vers et des poésies attribuées au saint.

2, Il est probable qu'il y eut plusieurs abbés et saints du même

Monastères armoricains.

Saxon Dunstan, enlevé par des pirates à son île natale, et devenu, sous le nom de Goustan, le patron spécial des matelots, comme le témoigne cette ronde que chantent encore aujourd'hui les femmes des marins du Croisic :

Saint Goustan,

Notre ami, Ramenez nos maris ;

Saint Goustan,

Notre amant, Ramenez nos parents.

A la pointe extrême de la péninsule et de toute la Gaule, sur le haut du promontoire, si bien nommé Finistère, une abbaye s'éleva en l'honneur de Tévangéliste saint Matthieu, dont le chef avait été dérobé en Egypte par des navigateurs armoricains , et saint-Matihieu porta longtemps le nom de Saint-Matthieu du Bout du Monde. Bout du Moudc. A SCS picds, de redoutables rochers sont encore dénommés les Moines, et un archipel d'îlots voisins a reçu le nom breton d'Aber-Beniguet (ou Benoît), en mémoire peut-être du patriarche des moines d'Occident. Ceux de Saint-Matthieu entretenaient un phare pour le salut des mariniers dans ces parages dangereux, en face de ce terrible détroit du Raz, que nul homme, selon le dicton breton, ne passa jamais sans avoir peur ou douleur,

nom deGildas, bien que Mabillon pense qu'il n'y en a eu qu'un seul. Celui de Rhuys est aussi surnommé le Badonique, parce qu'il était né le jour de la bataille de Badon.

sous LES PREMIERS MEROVINGIENS. 515

et qui a inspiré le distique si connu : a Mon Dieu, aidez-moi à traverser le Raz, car ma barque est si petite et la mer est si grande^ ! »

Mais le plus ancien et le plus célèbre de tous ces Écoiemonasuque sanctuaires fut celui de Landevenec, qui devint le Landevencc. foyer le plus actif de la propagande chrétienne, en même temps que du travail manuel et littéraire, dans la Gaule eccidentale. 11 eut pour fondateur Guennolé , né en Armorique d'un père émigré, qui, après avoir passé trois ans sur un rocher battu des flots, choisit pour ses disciples un site boisé, caché dans une anse de la rade de Brest, exposé au soleil levant, à l'abri du terrible vent d'ouest, et où la mer venait mourir au pied de jardins délicieux. Son biographe nous a conservé l'impression qu'avait laissée dans Tame des moines bretons ce séjour, qui leur semblait un paradis auprès des âpres et froids rivages où ils s'étaient établis jusque-là. On n'y pouvait pas mourir^ nous dit-il, et pour que les religieux pussent voir le terme de leur pèlerinage, il fallut que Guennolé transportât leur habitation dans un site un peu éloigné, mais toujours au levant, où la mort rentra dans ses droits, mais où, pendant longtemps, les moines ne mouraient que selon leur rangd'âge\

1. Albert le Grand, p. 203 et 209. — Cf. la Vie de saint Tanneguy, p. 771, qui fonda cette abbaye, et passe pour avoir été de la famille du Chastel, dont Tanneguy^du Chastel fut la grande illustration au xv« siècle.

2. Locus erat amœnissimus, ab omni vento intangibilis nisi ab

en évêchés Dol.

Le nom de Guennolé est resté populaire en Bretagne comme celui de beaucoup d'autres saints abbés venus d'outre-mer ou nés en Armorique de parents émigrés. Il nous est impossible d'énumérer leurs œuvres \ Constatons seulement que les principales communautés créées par ces missionnaires monastiques se transformèrent bientôt en évêchés. Monastères Tel fut surtout Dol, dcstiué à devenir la métropole

transformés ,.. ii?* • pi^ a

ecclésiastique de 1 Armorique, et fondé par Sam-son, le plus illustre peut-être d'entre les nombreux apôtres de l'émigration bretonne. On a désigné quelquefois sous le nom des Sept Saints de Bre-

orientali, velut quidam paradisusad ortum solis conspicuus... Primum per annos singulos in flores et germina prorumpens, ultima folia amittens... liortus omnig-eno florum colore decoratus... In eo ubi erant loco, mori non poterant, licet fièrent seniores. Rogato itaque super his S, Guingaleo, transierunt inalium locum ad ortum solis... Extunc vero inceperunt assumi a Domino e senioribus patres, qui primi erant... Gurdestin, VitaS. Wiîiewloci, ap. Bolland., 1. 1 Martii, p. 259, 260. — On croit que Guennolé, mort en 504, avait été élève de saint Patrice, apôtre de l'Irlande, et que la règle suivie à Landevenec était celle de saint Columba ou Golomb-Kill, dont il sera question plus loin. La règle bénédictine n"y fut introduite que sous Louis le Débonnaire.

1. Nous le regrettons d'autant moins, que ce sujet a été supérieurement traité par M. de La Borderie, dans son Discours sur les saints de Bretagne, an congrès de Lorient, 2 octobre 1848. Il y a tiré le meilleur parti des détails si variés et si instructifs répandus dans les vies de ces saints publiées dans les Acta SS. deMabillon et des Bollandistes. Il convient toutefois de ne pas omettre le jugement porté par ceux-ci sur toutes les légendes bretonnes : Ad stuporem magis qnam ad imilationem collecta. T VI Junii, p. 572. Les légendes primitives des saints bretons, publiées par Mabillon, offrent seules des caractères d'authenticité; toutes les versions subséquentes, jusqu'à Albert de Morlaix. ont subi de nombreuses interpolations.

et évoques.

SOUS LES PREMIERS MÉROVINGIENS. 515 tagne Samson de Dol el ses six suf'fraganls , lous Les sept-saims

, ^ 1 . de Bretagne,

moines, missionnaires et eveqiies comme lui, sa- moines voir: Paul de Léon, Tugdual de Tréguier, Corenlin de Quimper, Paterne de Vannes , Brieuc et Malo des deux diocèses qui, depuis, ont pris et gardé leur nom. On a cité comme un exemple curieux de la subordination que professaient alors les suffragants pour leur métropolitain, un trait de l'évêque Paterne : ayant reçu à Vannes les lettres de saint Samson qui le convoquait au synode provincial , ce comme il se débottait, ayant encore un pied botté, il les lut tout sur bout, remonta incontinent à cheval, suivit les messagers, et se présenta au synode, botté d'un pied seulement \ » Paterne, comme l'indique son nom, était le seul de ces saints qui ne fût pas de la race bretonne insulaire, comme Vannes était le seul de ces diocèses qui ne dût pas son origine à un monastère d'émigrés bretons. Mais cette légende supporte difficilement l'examen. Paterne, le premier évêque de A'annes, était mort bien avant l'arrivée de Samson en Bretagne, et Vannes a toujours relevé de la métropole de Tours, comme les évêchés gallo-romains de Rennes et de Nantes \

Page 1