‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 12 sur 174 · Otiositas inimica est animœ. Reg., cap · texte numérisé non relu

Otiositas inimica est animœ. Reg., cap

MOINES d'oCC. II. 4

par jour au travail des mains et deux heures à la lecture. 11 impose des corrections sévères au frère qui perdrait à dormir ou à causer le temps destiné à cette lecture. « Si, » dit-il « la pauvreté du lieu les oblige à rentrer eux-mêmes leurs récoltes, qu'ils ne s'en affligent pas , car ils seront véritablement moines, s'ils vivent du travail de leurs mains comme nos pères et Jes apôtres. Mais que tout se fasse avec mesure à cause des faibles \ Ceux qui étaient habiles dans la pratique d'un art ou d'un métier ne pouvaient l'exercer qu'avec la permission de l'abbé, en toute humilité; et si quelqu'un s'enorgueillissait de son talent et du profit qui pouvait en résulter pour la maison, on devait lui faire changer de métier, jusqu'à ce qu'il se fût humilié ^ Ceux qui étaient chargés de débiter les produits du travail de ces ouvriers d'élite ne pouvaient rien retenir du prix au détriment du monastère, ni surtout l'augmenter par avarice; ils devaient les vendre toujours un peu moins cher que n'eussent fait les séculiers, pour la plus grande gloire de Dieu. Le travail était donc réglé dans le monastère comme dans un atelier pénitentiaire, et les fils des patriciens romains ou des seigneurs Barbares qui en franchissaient le seuil s'y trouvaient soumis à la sévère égalité qui atteignait même l'ouvrier plus habile que le com*

i. Omnia auleni mensurate liant propter pusillanimes. 2. Artifices si sunt in monasterio... si aliquis ex eis exloliitur pro scienlia artis sure... Cap. 57.

mun des moines, pour le réduire à l'iiumble niveau du laboureur ordinaire.

L'obéissance esl aussi à ses yeux un travail, et robéissanœ. ohedientix lahorem\ le plus méritoire et le plus essentiel de tous. Un moine n'entre dans la vie religieuse que pour faire le sacrifice de soi. Ce sacrifice implique surtout celui de la volonté. Par un effort suprême de cetle volonté encore libre et souveraine d'elle-même, elle s'abdique librement au profit du salut de l'âme malade, « pour que cette âme, en s'élevanl au-dessus de ses désirs et de ses passions , puisse se fixer pleinement en Dieu". » En renonçant a l'usage menie légitime de sa volonté, le moine, soumis à un supérieur qu'il s'est spontanément donné et qui est pour lui le représentant de Dieu même, trouve un rempart assuré contre les dérèglements de l'nmour-propre et de la cupidité. Il entre en vainqueur dans la liberté des enfants de Dieu. Mais , pour que le sacrifice soit efficace, il faut qu'il soit complet. Aussi la règle poursuit-elle jusque dans ses derniers recoins la révolte de l'orgueil. Elle veut que la soumission soit prompte, parfaite et absolue. 11 faut que le moine sache obéir toujours, sans réserve, sans murmure, même à des choses qu'on jugerait impossibles ou au-dessus de ses forces, en se fiant au secours de Dieu, si des observations humbles et

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