Hist. eccl. Franc, m
2. B<fcits mérovingiens de M. Augustin Thierry, qui a, du reste, rendu la plus éclatante justice au talent et au caractère de son modèle.
3. Haud constat, dit Mabillon, Ann. Bened., lib. viii, c» 62.
MOINES d'oCC. II, 21
son âme demeura toujours supérieure à sa fortune et même à son talent. Sans perdre de vue le respect profond que les traditions de sa famille et ses prédilections romaines lui inspiraient pour la puissance souveraine, il n'hésita jamais à tenir tête, quand il le fallait, aux petits-fds de Clovis et surtout à ce Chilpéric, qu'il appelle l'Hérode et le Néron de son siècle ; tyran atroce et ridicule, qui rêvait, entre tous ses forfaits, d'augmenter le nombre des lettres de l'alphabet et de réduire celui des personnes de la Trinité.
Grégoire travailla de son mieux, non pas à une unité monarchique que nul ne rêvait alors, mais à l'union des princes de la race mérovingienne, seul moyen de consolider et de justifier la domination franque dans les Gaules. L'histoire de France a inspiré peu de pages plus belles que ce préambule de son cinquième livre où, s'adressant à tous ces princes sans frein dans la férocité comme dans la mollesse, il s'écrie :
c( Je suis las de raconter toutes les vicissitudes de ces guerres civiles qui dévastent la nation et le royaume des Francs... Que faites- vous donc, ô rois! Que voulez- vous? que cherchez-vous? que vous manque-t-il? Vous habitez des maisons de délices, vos celliers regorgent de vin, de blé, d'huile, et vos coffres d'or et d'argent. Une seule chose vous manque, la grâce de Dieu, parce que vous ne voulez pas la paix. Pourquoi toujours prendre ou convoiter
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le bien d'autrui ?... Si la guerre civile fait tes délices, ô roi ! livre-loi donc à celle que l'Apôtre nous révèle dans le cœur de l'homme, à la guerre de l'esprit contre la chair ; fais vaincre tes vices par tes vertus : et alors, affranchi, tu serviras librement le Christ, qui est ton chef, après avoir été l'esclave enchaîné du maP. »
Du sein des récits si vivants et si variés du père de notre histoire, il serait facile de glaner des faits qui se rattachent à notre sujet, et de montrer parmi les petits-fils de Clovis, les uns, comme Gontran de Bourgogne^ et Sigebert d'Austrasie, amis des
1. Si te, 0 rex! bellum civile delectat, illud quod Apostoius in hominem agi meminit, exerce, ut spiritus concupiscat adversus curnem [Galat., V, 17), et vitia virtutibus cédant; et tu, liber, capiti tuo, id est, Christo, servias, qui quondam radici malorum servieras compeditus. Lib. V, Prologus.
2. Gontran, fils de Clotaire I^'', roi d'Orléans, puis de Bourgogne, fonda, vers 577, à la porte de sa nouvelle capitale de Chalon-sur- Saône, une abbaye célèbre sous l'invocation de saint Marcel, au lieu même où ce martyr fut immolé par les Romains, et où il resta pendant trois jours vivant, à moitié enterré dans une fosse, priant pour ses bourreaux et pour cette terre de Bourgogne qu'il fécondait de son sang. Dans son diplôme de fondation, Gontran dit : « Je vois avec « douleur qu'en punition de vos péchés les églises fondées pour le « service de Dieu dépérissent par l'ambition démesurée des princes « et la trop grande négligence des prélats... » Il voulut que la nouvelle abbaye fût réglée sur le modèle d'Agaune, le grand monastère du royaume burgonde qui avait précédé la Bourgogne mérovingienne, et il y introduisit par conséquent la Psalmodie perpétuelle. Il fit de même à Saint-Bénigne, monastère élevé à Dijon sur la tombe d'un autre apôtre et martyr de la Bourgogne. Gontran se fit enterrer dans l'abbaye qu'il avait fondée, comme l'avaient été son père Clotaire à Saint-Médard, et son oncle Childebert à Saii^t-(ii