‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 147 sur 174 · MOINES D'OCC. II · texte numérisé non relu

MOINES D'OCC. II

débarquant au milieu d'une peuplade baptisée de la veille, en avail massacré plusieurs, et enlevé les autres pour les vendre au loin, a Moi, Patrice, pécbeur ignorant, mais constitué évêque en Hibernie, réfugié parmi les nations barbares, à cause de mon amour pour Dieu, j'écris de ma main ces lettres pour être transmises aux soldats du tyran, je ne dis pas à mes concitoyens ni aux concitoyens des saints de Rome, mais aux compatriotes du diable, aux apostats scots et pietés qui vivent dans la mort et qui viennent s'engraisser du sang des chrétiens innocents que j'ai enfantés à mon Dieu... La miséricorde divine que j'aime ne m'oblige-t-elle pas à en agir ainsi, pour défendre ceux-là mêmes qui naguère m'ont fait moi-même captif et qui ont massacré les serviteurs et les servantes de mon père^? » Ailleurs il vante l'intrépidité des jeunes esclaves qu'il avait converties, et qui défendaient, contre des maîtres indignes, leur pudeur et leur foi avec l'héroïque chasteté qui a toujours été l'apanage des fdles de l'Irlande \

1. Inter barbaras gentes proselytus et perfuga, ob amorem Dei... Non dico civibus meis atque civibus sanctorum romanorum, sed civibus dsemonoruin... Socii Scotorum atque Pictorumapostatarum... Illaiii gentem quse me aliquando cepit, et devastavit servos et aiicillîis patris inei. Epistola ad Christianos Corolici tyranni subditos, aj). HoLLAND., d. 17 Mart., p. 538. - Ailleurs il dit ; Ibi venumdati ingeniu bornines cbristiani in servitutein rodac'i suuf, praisertim indignissimorum, pcssiinorumque atque apostataruni l'ictoruni.

2, Sed et ill» maxime laborant, quœ servitio detinentur, usque ad eiTores et minas assidue perferunt. Boll., p. 556.

La traite des hommes et des femmes se pratiquait alors chez toutes les nations celtiques comme au siècle dernier sur la côte d'Afrique ; et, il faut hien le dire, comme au plus beau temps de l'antiquité grecque et romaine. Chez elles l'esclavage et le commerce des esclaves furent bien autrement difficiles à déraciner que le paganisme. Et cependant la foi chrétienne était éclose en Irlande sous l'égide de deux esclaves ! Au nom de Patrice s'associe par un lien éternel celui de Brio^itte, fille, ,s?^"^^

* . Brigitte.

selon la légende, d'un barde et d'une belle captive que son maître avait chassée, comme Agar, à la suggestion de sa femme \ Née dans la douleur et la honte, elle fut recueillie et baptisée, ainsi que sa mère, par les disciples de saint Patrice. Deux fois vendue comme esclave, maltraitée, fustigée, assujettie à tous les travaux si divers et si pénibles que comportait son état de servitude, cuisinière, bou-

1. J'ai suivi le texte des plus anciennes vies de la sainte, recueillies par Colgan. 11 y est dit de sa mère que son maître Dubtacli, ex ancilla fecit eam conctibincim, valde amans eam. La jalousie de sa femme l'obligea à la mettre en vente, déjà enceinte de Brigitte, au marché des esclaves, mais en se réservant son fruit. Ce sont, comme on voit, les mœurs des Antilles au temps de l'esclavage des nègres ! Brigitte, ramenée chez son père, y fut livrée aux sévices de la mère de famille : « Tam verbis quam verberibusin innocentcm sœvicbat.» Elle y faisait tous les métiers, pisforis, coqui, subuiri, opilionk, messoris, textricis. Enfin, elle fut revendue au roi de Lagenie. Le père dit au roi : Ego foris habeo unam virginem vénal em,({Md.m?>\ Régi emere placet, credo quod non uUimum inter anclUas Régis sibi locum parabit... Le roi dit : Si hœc filia tua est, quare ipsani vendere disponis... Vif a S.Brigidie, ap. Triad. Thaunmlurg., p. 527, 5i7, 557, 570, 572. — Des critiques irlandais m'ont reproché d'avoir suivi ces traditions popu-

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langère, bergère, tisserande, elle apprit la miséricorde à l'école de la souffrance et de l'oppression. En vain son père la veut-il reprendre et la marier, lorsque sa beauté et sa sagesse l'eurent fait remarquer et affranchir. Elle se dévoue à Dieu et aux pauvres, et va vivre dans un bois de chênes naguère consacré aux faux dieux. Ses guérisons miraculeuses attirent la foule, et bientôt elle y fonde le premier monastère de femmes que l'Irlande ait connu, sous le nom de Kildare, la Cellule du Chêne,

Toutefois sa vie ne fut pas celle d'une recluse. Elle parcourut sans cesse l'Irlande d'un bout à l'autre ; elle eut des relations fréquentes et singulières avec les rois et les peuples, avec les grands et les petits, mais toujours et surtout dans l'intérêt des âmes et pour soulager les malheureux. Au milieu du déluge de légendes plus ou moins fabuleuses qui ont si longtemps enchâssé son nom dans la mémoire des Irlandais, il f;mt signaler celles qui témoignent de sa constante et féconde sympathie pour les prisonniers et les esclaves, dont elle avait connu par expérience les misères. Ici on la voit disputer une pauvre fille fugitive à sa maîtresse qui veut la

laires plutôt que l'opinion des érudits modernes, tels que Ware et Lanigan, qui ont revendique pour Brigitte une naissance illustre et niènie princière. On nie pardonnera, j'espère, d'avoir maintenu ma version primitive, ne fût-ce que pour reposer le lecteur de tant d'autres légendes, trop unanimes à attribuer à toutes les saintes du calendrier la plus haute noblesse en même temps que la plus éclatante beauté.

ressaisir el l'arracher aux l)ras de BrigiUe, mais

dont la main se dessèche dans cette lutte inhumaine, qui ne finil que par raffranchissemenL de la fugitive \ Ailleurs nous la trouvons chez un roi provincial à qui elle va demander la libération d'un captif : en l'absence du maître elle gagne son père nourricier et ses frères de lait ; elle leur apprend à jouer de la harpe; elle est déjà maîtresse au logis quand le roi revient et, au bruit de ces doux concerts, lui demande sa bénédiction, mais ne l'obtient qu'après avoir brisé les fers de son prisonnier sans rançon \ Aussi lorsque, dans la suite des temps, on cherchait à justifier le culte passionné dont elle devint l'objet : « C'est parce que, » dit un poëte irlandais, a elle a (( aboli parmi nous les tributs de chair humaine'. »

1. Tune Domina illa tenait manura ancillse supe et traxit violenter a latere Brigidae eam... Manus dextera ariiit, cum qua tenuit manum ancillœ. Tertia Vita S. Brigidx, c. 75, ap. Golgan. Trias Thaumaturga, p. 550.

2. Et vidit citliarasin domo etdixit : Citharizate nobis citharis vesiris... Responderimt : Non sunt citharist?e in domo hacrsed exierunt inviam... Dixit joculoso verbo : Yosmetipsi citharizate nobis et bencdicat S. Brigida manus vestras ut possitis complere. Quodillaprœcipit vobis et obedite ejus voci... Faciamus et benedicat nos S. Brigida. Tune arripueruntcitliaras etmodulantur rudes eitharistcC... Dixit rex : Quis facit hoc carmen?... Nutritius tuus et nutrix tua cum lîliis, jubente illis Brigida... Kutritor vero régis et filii fuerunt probi citharistee usque ad diem mortis suœ, et nepotes eorum regibus venerabiles citharistaj. Ibid., c. 76. — Cf. Vita quarto, c. 50.

5. Ambra de sainte Brigitte, cité par La Yilleuarqué, Poésie des cloîtres celtiques, ap. Correspondant du 25 novembre 1863. — Ce poëte se trompait, car cet affreux tribut survécut longtemps à la sainte : Le commerce des esclaves était encore en pleine activité au

Mais l'amour de Dieu n'inondait pas moins son cœur quel'amourdu procliain. Un jour elle rencontra un étudiant courant à perte d'haleine et à travers champs : a Jeune homme, » lui crie-t-elle, c< où c( cours-tu si vite ? — A la vie éternelle, » répond le coureur. « Que ne puis-je y courir avec toi ! mais c( au moins prie pour que j'y arrive. — Eh bien, c< priez pour que je ne sois pas arrêté en route et « en revanche moi je prierai pour que vous et mille « de vos compagnes vous y arriviez comme moi\)) Tout en préparant à Jésus des banquets dans son cœur, comme dit un de ses anciens panégyristes, elle ravissait les rois et les grands aux banquets du palais de Tara, où elle venait chanter, toujours en s' accompagnant de la harpe, des hymnes dont voici un fragment, tel que la tradition poétique le lui attribue :

c( Je voudrais un lac d'hydromel pour le Roi des ce rois, je voudrais que tout le peuple du ciel y bût c( pendant l'éternité.

c( Je voudrais des viandes de foi et de piété sainte, c( je voudrais des instruments de pénitence dans ma « demeure.

dixième siècle entre l'Angleterre et l'Irlande, et le port de Bristol en était l'entrepôt principal.

1. Juvenis, qiio tu curris tam cito? — Ad regnum Dei. — Ulinam mererer tecum currere... — Et ego vicissim rogabopro te ut (u et mille comités tecum vadant ad regnum Dei. Tertia vita, c. 78.

SATNT COLOMBAN. 471

« Je voudrais des hommes du ciel plein ma maice son ; je voudrais que des cuves d'union y fussent c( à leur service.

c< Je voudrais de grandes coupes de charité pour (( les distribuer ; je voudrais des caves pleines de a grâces pour mes compagnons.

« Je voudrais que la joie fût la reine de leur ban- « quel ; je voudrais que Jésus, que Jésus lui-même « régnât sur eux.

« Je voudrais que les trois Marie d'illustre mé- « moire, que tous les esprits célestes accourussent « ici de toute part.

c( Je voudrais être la rentière du Seigneur, et, « au prix de mille souffrances, recevoir sa bénéa diction.

« Je voudrais un lac d'hydromel pour le Roi des « rois; je voudrais que tout le peuple du ciel y bût (( pendant l'éternité ^ »

Brigitte mourut septuagénaire, après toute une vie de travail et d'amour. Sur sa tombe s'alluma aussitôt celte flamme inextinguible qu'on appela le Feu de sainte Brigitte^ ^ que ses religieuses entre-

1, La Villemarqué, /. c

2. Âpud Kildariam occurret ignis sanctx Brigidx, quem inexting'uibilem vocanl; non quod extingui non posset, sed quod tam sollicite moniales et sanctœ mulieres ignem, suppetente materia,fovent et nutriunt, ut a tempore virginis per tôt annoruni curricula semper mansit inextinctus. Girai.d. Camh., de Mirabil. Hibern., disq. 2. c. 54.

tinrent toujours, que surveillèrent pendant mille ans l'amour el la foi d'un peuple malheureux, comme le fanal de la patrie, jnsqu'au triomphe d'une réforme sacrilège, et que de nos jours encore a rallumé la muse nationale \ D'innomhrables couvents de femmes font remonter leur origine à l'abbesse de Kildare; partout où les moines irlandais ont pénétré, à Cologne comme à Séville, des églises se sont élevées en son honneur ; et partout où de nos jours encore se répand l'émigration britannique, le nom de Brigitte signale la femme de race irlandaise \ Privés par la persécution et la misère des moyens de construire des monuments de pierre, les Irlandais témoignent de leur inébranlable dévotion à cette chère mémoire en donnant son nom à leurs filles. Noble et touchant hommage d'une race, toujours infortunée et toujours fidèle, à la sainte qui fut comme elle esclave et comme elle catholique. Il y a des gloires plus retentissantes et plus splendides ; mais en trouverait-on beaucoup qui fassent plus honneur à la nature humaine^ ?

1, Like tlie bright lamp that slione in Kildare's holy fane.

And burn'd through long âges of darkness and storm, Is tlie lieart that afflictions hâve corne o'er in vain,

W'hose spirit outlives them, unfading- and warm ! Erin ! oh Erin ! thus bright through tlie tears

Of a long night of bondage thy spirit appears.

MoGRE, Irish Mélodies, ir 3.

2. Budget ou Bride. Il y a encore dix-huit paroisses en Irlande qui portent le nom de Kilbride, ou église de Brigitte.

5. Lors de l'invasion des Danois, qui brûlèrent Kildare en 855, la

SAINT C()1.()MBA:V. 47f)

J.a fécondité du geimc monastique planté par Les

^ . r» • • p T • T\ monastères

Palricc et par BrMgitte lut prodigieuse. De son .ihiande. vivant encore, Tapôtre de l'Irlande s'étonne de ne pouvoir plus dénombrer les fils et les filles des chefs de clan qui, à sa voix, embrassaient la vie du cloître \ Pendant les trois siècles qui suivirent sa conversion , l'Irlande semble n'avoir été qu'un vaste monastère. 11 n'y eut pas de vallon assez écarté, pas de forêt assez touffue, pas d'îlot assez isolé au milieu des lacs ou sur le flanc des immenses falaises de la côte occidentale toujours battues par les flots de l'Atlantique, pour ne pas servir de retraite à des anachorètes ou à des cénobites dont l'empreinte est restée dans les rares et rudes débris de leurs étroites cellules, bien dignes de ces âpres et vigoureux soldats du travail et de la pénitence. La rustique architecture de ces monastères primitifs a laissé une trace visible dans ces célèbres Tours rondes répandues sur le sol de l'Irlande, qui ont si longtemps exercé la perspicacité des archéologues.

châsse de sainte Brigitte fut transportée au monastère de Down- Patrick, où reposait le corps saint de Patrice. En 850, le même danger fit ti^ansporfer de Pîle d'Iona au même aSile les reliques de saint Columb-Kill. Ainsi les trois grands saints de la race celti(|ue se trouvèrent réunis dans la même tombe. Leur translation solennel'e tut célébrée, en 1186, par un légat du pape Urbain HT.

1. Filii Scotorum et filiee regulorum monachi et virgines Christ i esse videntur... Et de génère nostro quœ ibi Christo natte sunt, ncscimus numerum earum. Confessio, loc. cit. — Mabillon croit que Patrice donna la règle de Marmoutier à ses communautés naissantes. Prœf. in l ssec. Bened.. cap.i, n°25.Cf. H^i;ften, Disquisitiones menas-

jusqu'à ce que la science contemporaine eût démon- Irë que ces monuments n'étaient autre chose que les beffrois des cathédrales et des abbayes érigées entre la conversion de l'île et sa conquête par les Anglaise Parmi tant de saints, successeurs et émules de Patrice, nous n'en nommerons qu'un seul, Luan, parce que six siècles plus tard saint Bernard a consacré sa mémoire en affirmant qu'il avait fondé à lui seul cent monastères^. Ce Luan était un petit berger, qui avait été élevé par les moines de l'immense abbaye de Bangor. Car bientôt ce furent des villes tout entières qui s'élevèrent à Bangor ^, à Clonfert et ailleurs , dont chacune renfermait plus de trois mille cénobites. La Thébaïde reparaissait en Irlande, et l'Occident n'avait plus rien à envier à l'Orient.

Culture II y avait de plus un développement intellectuel

intellectuelle , , ,,1^ , .

dans que Ics lauves d Lgypte n avaient pas connu. Les communautés irlandaises recrutées par des reli-

Hcse, p. 57, Antwerpife, 1644, iii-folio. — Lanigan croit qu'il y avait des moines en Irlande même avant saint Patrice.

1. Bangor ou Benchor, fondé en 558 par saint Comgall {•\' C02), qui en lit la principale école d'Irlande Cette abbaye ni andaise, située au bord de la mer, à l'embouchure méridionale du golle de Delfast, ne doit pas être confondue avec un autre monastère celtique du même nom, placé sur la rive opposée de la mer d'Irlande, à l'extrémité nord-ouest du pays de Galles et qui est encore aujourd'hui le siège d'un évcché anglican. Il y a eu un troisième monastère de Bangor, également dans le pays de Galles.

2. Mémoire du D"" Pétrie, couronné par l'Académie royale d'Irlande en 1836.

7t. S. Bernard, ni Vita S. Malachiœ, c. 6.

ces monastères.

gieux gaulois et romains que l'exemple de Patrice avait entraînés sur ses pas', rivalisaient avec les grandes écoles monastiques de la Gaule. La musique y était en grand honneur ; la calligraphie et l'art de la miniature y étaient pratiqués avec autant d'ardeur que de succès et y créaient des types que l'érudition moderne ne se lasse pas d'étudier ^ On y expliquait Ovide; on y copiait Virgile; on y cultivait surtout les lettres grecques ; on n'y reculait devant aucune recherche, devant aucune discussion ; on mettait sa gloire à porter sa hardiesse au niveau de sa foi. Le jeune Luan répondait à l'abbé de Bangor, qui le mettait en garde contre les dangers d'une étude trop passionnée des arts libéraux: a Si j'avais la science de Dieu, je n'offen- (c serais jamais Dieu ; car ceux-là lui désobéissent c< qui ne le connaissent pas. » Sur quoi l'abbé le quitta en disant : « Mon fils, tu es ferme dans la «foi, et la science véritable te mettra dans le droit a chemin du cieP. »

Un caractère plus distinctif encore des moines

1 . En 536, cinquante moines du continent débarquèrent à Cork.

2. Voir les manuscrits de la bibliothèque de Saint-Gall signalés par Waagen, et les fac-similé de l'Essai du D' Reeves, Early Irisli Calligraphy, 1860.

3. Voir OzANAM, op. cit., II, 97, 101, 472, et les vers curieux qu'il cite ;

Benchior bona régula Recta atque diviua...

iNavis nunquani turbata...

Simplexsimul atque clocta Undecumque invicta...

missionnaires irlandais.

47(; SAINT COLiniBAN.

Les irlandais comme de toute leur nation, ce fut le besoin impérieux de se répandre au dehors , d'aller chercher ou porter au loin la science et la foi, de pénétrer jusque dans les parages les plus reculés pour y combattre ou y contenir le paganisme. L'intensité du foyer de science et de zèle apostolique allumé par Patrice en Irlande ne pent guère être apprécié que par l'immense rayonnement de la propagande irlandaise pendant six siècles. Aussi bien ce peuple monastique devint-il le peuple missionnaire par excellence. Pendant qu'on accourait en Irlande pour y puiser l'enseignement religieux, eux s'élancent au dehors. Ils couvrent les terres et les mers de l'Occident. Navigateurs infatigables, ils abordent aux îles les plus désertes ; ils inondent les régions continentales de leurs immii^rations successives ^ Oubliés ou inconnus dans leur patrie, il faut aller chercher leurs noms dans les annales primitives de toutes les nations européennes, et retrouver leurs reliques sous les autels où les avait enchâssées la reconnaissance des peuples convertis par leur patience, leur courage, leur infatigable activité\ D'incessantes visions leur montraient le monde connu et inconnu à conquérir pour le Christ. Le poëme du Pèlerinage de saint Ermidariy celte

1, In exteras etiam nationes, quasi inundatione facla illa se sanctoriim examina effuderunt. S. BERNAr.Di, Vila S. Malach., c. 3.

'2. AuBREY DE Vere, hiisfail, or Irelancl in the olden Urne. ^otes. 1801. Moore's History of Ireland, t, l, p. 276. Reeves, Opuscules, 1851-1860.

SAINT COLOiMBAN. 477

odyssée monacale si célèbre au Moyen Age, ce préambule populaire de la Dioine Comédie^ nous montre les moines irlandais aux prises avec tous les rêves et toutes les merveilles de l'idéal celtique. Plus tard, nous les verrons aux prises avec la réalité ; nous parlerons de leur métropole sur le rocher d'Jona, aux Hébrides; nous dirons ce qu'ils tirent pour la conversion de la Grande-Bretagne et des pays germaniques. Jl nous laut auparavant les suivre en Gaule, dans cette terre d'où l'Évangile leur avait été apporté par Patrice. Plusieurs s'étaient déjà abattus sur l'Armorique, lors de cette invasion de réfugiés celtes qu'on a signalée au livre précédent. Mais ce ne fut que vers la fin du vi^ siècle que l'action de l'Irlande sur les pays directement soumis à la domination franque devint décisive. Elle s'acquitta alors généreusement de sa dette envers la Gaule. Elle en avait reçu Patrice; en retour elle lui donna Colomban.

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