‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 149 sur 174 · Henri Martin, II · texte numérisé non relu

Henri Martin, II

SAINT COLOMB \i\. 405

celle poly<^ainie qui semble avoir élé le liisle privilège des princes germaniques et surloul des Mérovingiens \ De peur d'avoir une rivale de crédit el de puissance auprès du jeune roi Thierry, elle s'opposa de tout son pouvoir à ce qu'il remplaçât ses concubines par une reine légitime, et lorsqu'enfin il se détermina à épouser une princesse visigothe, Brunehaut, quoique iille elle-même d'un roi visigoth, vint à bout d'en dégoûter son petit-fils et de la faire répudier au bout d un an. L'évêque de Vienne, 60i-ms. saint Didier, qui avait conseillé au roi de se marier, fut assommé par des sicaires que la reine mère avait apostés.

Cependant le jeune Thierry avait des instincts religieux. Il se réjouissait de posséder dans son royaume un saint homme tel que Colomban. 11 allait souvent le visiter. Le zélé Irlandais en profita pour lui reprocher ses désordres et pour l'exhorter à chercher la douceur d'une épouse légitime, de telle sorle que la race royale pût sortir d'une reine honorable et non d'un lieu de prostitution. Le jeune roi promit de s'amender ; mais Brunehaut le détourna facilement de ces bonnes inspirations. Colomban étant venu la voir au manoir de Bourcheresse, elle lui présenta les quatre fils qu'avait déjà Thierry de ses concubines. « Que me veulent ces enfants? » dit le moine. — « Ce sont les fils du roi, »

1. Ob uobilitalem pliiriinis nuptiis ambiuntur. Tacit,, De mor. Germ., c. 18.

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dit la reine; « Ibrlilie-les par la bénédicliori. » — c( Non, » répondit Coloniban, « ils ne régne- (c ronL pas, car ils sortent d'un mauvais lieu. » A partir de ce moment, Brunehaut lui jura une guerre à mort. Elle fit d'abord défendre aux religieux des monastères gouvernés par Colomban d'en sortir, et à qui que ce fût de les recevoir ou de leur fournir le moindre secours. Colomban voulut essayer d'éclairer et de ramener Thierry. 11 alla le trouver à sa villa royale d'Epoisses. En apprenant que l'abbé était arrivé, mais ne voulait pas entrer dans le palais, le roi lui fit porter un repas somptueusement apprêté. Colomban refusa de rien accepter de la main de celui qui interdisait aux serviteurs de Dieu l'accès et la demeure des autres hommes, et sous le coup de sa malédiction tous les vases qui contenaient les divers mets furent miraculeusement brisés. Le roi, effrayé par ce prodige, et son aïeule, vinrent lui demander pardon et promirent de se corriger. Colomban apaisé retourna à son monastère, où il apprit bientôt que Thierry était retombé dans ses débauches habituelles. Alors il écrivit au roi une lettre pleine de reproches véhéments, et qui le menaçait d'une excommunication prochaine \

1. Gratulabalur quia in teriiiino regni sui \i. Columbaiium haberet... Ut non potius leyitiinse conjugis solaniine trueretur, ut regalis proies ex lionorabili regina proderet, et non ex lupanaribus videretur eniergi... Apud Spissiam villani publicani... Litteras verberibub plefias... JoNAs, c. 51, 32.

bAINT COLOMB AN. 407

Ainsi (Jonc lui , ccl étranger, ce missionnaire irlandais, l'iiôle et l'obligé du roi Contran, oserait en venir au point d'excommunier le roi de Bourgogne, l'héritier de son bienfaiteur! Bruneliaut n'eut pas de peine à soulever contre cette audace inaccoutumée les principaux leudes de la cour de Thierry ; elle entreprit même de persuader aux évoques d'intervenir alîn de blâmer la règle du nouvel institut. Excité par tout ce qu'il entendait dire autour de lui, Thierry résolut de prendre l'offensive, se présenta lui-même à Luxeuil et demanda compte à l'abbé de ce qu'il s'écartait des usages du pays et de ce que l'intérieur du couvent n'était pas ouvert à tous les chrétiens et même aux femmes, car c'était encore un des griefs deBrunehaut contre Colomban , qu'il lui avait interdit à elle , quoique reine, de franchir le seuil de son monastère. Le jeune roi pénétra de sa personne jusqu'au réfectoire en disant qu'il fallait laisser entrer tout le monde partout ou bien renoncer à tout don royal. Colomban, avec son audace accoutumée, dit au roi : « Si vous voulez violer la rigueur de nos règles, « nous n'avons que faire de vos dons ; et si vous « venez ici pour détruire notre monastère, sachez (c que votre royaume sera détruit avec toute votre c( race. »

Le roi eut peur et sortit ; mais il reprit bientôt : (( Tu espères peut-être que je te procurerai la couce ronne du martyre ; mais je ne suis pas assez fou

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c( pour cela : seulement, puisqu'il te plaît de vivre c( en dehors de toute relation avec les séculiers, c< tu n'as qu'à t'en aller par où tu es venu, el ((jusque dans ton pays. » Tous les seigneurs du cortège royal s'écrièrent qu'ils ne voulaient pas non plus tolérer dans leur pays des gens qui s'isolaient ainsi de tout le monde. Colomban dit qu'il ne sortirait de son monastère que s'il en était arraché par Colomban h forcc. Alors OU le prit et on le conduisit à Be-

expulsé

de uixeuii sançon pour y attendre les ordres ultérieurs du roi \

une

première fois. Après quoi, l'ou établit une sorte de blocus autour

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