‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 162 sur 174 · Voir plus haut, p · texte numérisé non relu

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nisée par son frère. Son exemple y attira autant de recrues, parmi les femmes et les lilles de la noblesse franque, que ses cousins en avaient gagné, dans leur propre sexe, pour leurs monastères de Jouarre et de Rebais. Ce coin de la Brie devint ainsi une sorte de province monastique relevant de Luxeuil. Burgundofara y vécut quarante ans en y observant fidèlement la règle de Golomban, et elle sut la maintenir virilement contre les perfides suggestions du faux frère Agrestin, qui vint la trouver pour essayer de l'engager dans sa révolte contre Eustaise et les traditions de leur commun maître. « Je ne «veux pas, » lui dit-elle, «de les nouveautés: et « quant à ceux dont tu es le détracteur, je connais « leurs vertus, j'ai reçu d'eux la doctrine du salut, « et je sais que leurs enseignements ont ouvert à « plusieurs la porte du ciel. Dépêche-loi de sortir « d'ici et de renoncer à ta folle idée. »

Le frère aîné de Burgundofara, Gagnoald, était, comme on l'a dit plus haut, déjà moine à Luxeuil, et fut le com])agnon fidèle de Colomban, pendant sa mission chez les Alamans ; il devint ensuite évêque de Laon. Son aulre frère, qui, comme sa sœur, n'a gardé pour la postérité que le nom de Kaion. son rang, celui de Faron ou Baron, fut aussi évêque à Meaux, au centre des domaines de la famille. Mais avant d'embrasser l'état ecclésiastique, il s'illustra à la guerre et prit une très-grande pari h la campagne victorieuse de Clolaire il contre les

Caqnoald

Saxons. On sait comment, selon la tradition ordinairement reçue, Glotaire déshonora sa victoire en faisant massacrer tous les prisonniers saxons dont la taille dépassait la hauteur de son épée. Faron ii

avait pu au moins dérober a la cruauté de son roi les"

I ' 1 ♦ u ' ]j • • envoyés

les envoyés du roi saxon, charges a une mission saxons. insolente pour le roi des Francs et que celui-ci avait ordonné de mettre à mort. Faron les fît baptiser, et dit ensuite au roi : « Ce ne sont plus des Saxons, « ce sont des chrétiens, » sur quoi Clotaire leur lit grâce. S'il faut en croire un de ses successeurs sur le siège de Meaux, qui a écrit sa biographie deux siècles plus tard, la gloire de Faron éclipsait celle de Clo(aire lui-même, comme il était arrivé à David du temps de Saûl, dans les chants populaires que les j)aysans et les femmes même répétaient à l'envi \

I. Ex qua Victoria carmeii piibliciimjuxlarusticitatem per omnium l)ene voliiabat ora ita canentiiim, femina3que choros Inde plaiideudo componebant :

l)e Clothario est canere Hegc Fiancoruiu,

•Jui ivit pugnare in gentem Saxonuni,

Quam graviter pi'ovenissel inissis Saxonum,

Si non fuisset inclytus Faro de gente Burgundioniuii.

Lt in fine liujus carminis :

Ouando veniunt missi Saxonum in terram Francorum

Faro ubi erat prineeps,

Instinctu Dei transeunt per urbeni Meldorum,

Ne interficiantur a Rege Francorura .

HiLUEGMui Meld. Episcop., lïta S. Faronis, c. 11-1 S. Ci. Reitueug, l. II, p. 394.— M. Léon Gautier, dans son vaste et savant travail sur les Épopées françaises (Paris, 1865, 1. 1, p. 31), a parfaitement démontré la valeur de ce chant populaire, comme preuve de la persistance des cantilènc'? germaniques pendant toute la période mérovin-

Le généreux Faron eut encore, selon le même auteur, à lutter contre Clolaire, dans une occasion qui dut laisser de longs souvenirs dans le cœur reconnaissant du petit peuple. Un jour que le «chevalier de Dieu » accompagnait le roi à la chasse, une pauvre femme sortit du bois et se mit à poursuivre le roi de ses plaintes en lui exposant sa grande détresse. Clotaire, importuné, s'éloigna au II intercède galop. Farou, tout en l'escortant, lui tint un lanine pa°uvresse gage où l'ou voit commcnt la noble liberté des dccroufiii mœurs germaines s'employait au service de la chaqu'^"s sont Ht^é ct dc la vérité : « Ce n'est pas pour elle que

à la chasse. • i i.

c< VOUS implore cette pauvresse, mais pour vous- « même. Sa misère pèse lourdement sur elle ; mais « la responsabilité de la royauté qui vous est conc( fiée pèse encore plus sur vous. Elle vous confie « ses intérêts, comme vous confiez les vôtres à « Dieu. Elle vous demande bien peu de chose « auprès de tout ce que vous demandez chaque c( jour à Dieu. Comment pensez-vous qu'il vous « écoutera, alors que vous détournez l'oreille de (( sa pauvre petite créature qu'il a commise à votre; « garde?» Le roi répliqua : «. Tous les jours et ce dans tous les recoins, je suis pourchassé par des (( cris pareils : mes oreilles en sont étourdies; j'en u suis tout dégoûté et exténué. » Là-dessus, il se lança sous bois, et se mit à sonner du cor de toutes ses forces pour exciter ses chiens. Mais au bout de quelques instants son cheval s'abattit, et le roi se

blessa gravemciil au pied. Il reconnut alors qu'il avait eu tort. Le leude qui lui parlait avec une si chrétien ne franchi se était bien fait pour être évêque. Aussi renonça-t-il bientôt à sa femme^ et au inonde, et, devenu évêque de Meaux, il consacra son patrimoine à fonder des monastères pour y recueillir les Anglo-Saxons qui, récemment convertis à la foi chrétienne, commençaient à affluer chez les Francs, et dont les filles venaient en grand nombr,e prendre le voile à Faremoutier. Il fit de même pour les Scots ou Irlandais, qu'il avait en dévotion particulière, et en qui il honorait sans doute, par une tradition domestique, la mémoire de leur compatriote Golomban^

A qui voudrait étudier plus avant la double auucs

colonies

action des émigrés irlandais et des colonies de fie Luxeuil dans cette partie de la Gaule franque qui s'eât depuis appelée l'Ile de France et la Champagne, il faudrait montrer, parmi les Hibernois recueillis

1 . Voir plus haut, page 557, dans la note sur la tonsure, la curieuse anecdote sur cette femme et ses cheveux.

2. Miles Christi cum eo equitans... Non liaec paupercula tristi dolore clamât pro se, sed pro le. Quamvis illa angustetur lacrymabili corde, tibi angustandum est potius pro commisso regimine. nia in te spem ponit humili prece pro se, et lu de propriis rébus in Deo pro le... Quomodo enim î\laximus .. quando suœ tibi commisspe pauperculse nec eliam curas attendere... Ad liœc rex : Omnium dierum accessus et subrecessus tali meas sollicitant aures nausea fréquenter diverberatas, et ad hsec curandum continue animus sopitur lassatus. Tune cornu curvo plenis buccis anheliter latralus canum acuit. Hildegarius, c. 81-82, ap. Act. SS. 0. S. B., t. II, p. 591.

MOINES d'ocC. II. 59

Luxeuii

en

Cliaiii|agiie.

610 SAJNT (JOLOMBAN.

L'Irlandais par saliiL Faroi], saint Fiacre, que nous avons déjà

saint Fiacre. ^ ^ ^ \ ^ ^ '^

- VU occupé à transformer en jardins les clairières

OiO-G70. . ^ . . ''

du bois que lui avait donné l'évêquc do Meaux, et à y cultiver pour les pauvres ces légumes qui lui ont valu d'ctreproclamé jusqu'à nos jours le patron des jardiniers ^ Non loin de lui on trouverait un

Saint Fuisy. autrc Irlandais, saint Fursy, venant se reposer,

Gcio. comme premier abbé de Lagny-sur -Marne, des

fatigues d'une vie aussi usée par la prédication que

troublée par cette fameuse vision de l'enfer et du

ciel, qui figure à juste titre parmi les nombreuses

légendes du moyen âge, avant-courières de la

Divine Comédie^" ^ et dont il était sorti avec la

mission spéciale de dénoncer, comme les causes

principales de la perte des âmes, la négligence des

pasteurs et les exemples des mauvais princes\ 11

faudrait encore visiter, aux portes de Troyes,

saini Fioicit Moutier-la-Gclle, construit dans une île maréca-

3ioutier-ia-cciie gcusc plus proprc à portcr des reptiles que des

PKsjoits. j^Qj^j^gg^ p^j. \W,\^Q Frobert , si simple et si

enfantin, qu'il excitait les moqueries de ses confrères à Luxeuil, mais assez intelligent et assez généreux pour consacrer tout son riche patrimoine à fonder le sanctuaire construit près de sa ville

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