Voir plus haut, p
c( contraire à la règle. » Et comme Tautre protestait, Amat prit entre ses deux doigts le bord de la coule du délinquant, précisément à l'endroit où il avait cousu une pièce de monnaie qu'il comptait réserver pour son usage particulier, a Qu'avez-vous là, c( cher frère? » L'autre, tombant à genoux, s'écria : « Malheur à moi ! j'avoue que j'ai volé le tiers d'un « denier d'or. » Selon l'esprit monastique, c'était un vol fait à la communauté ; mais Amat fit grâce au coupable en lui disant : c( Que celui qui a volé « ne vole plus. » Il se condamna lui-même à faire une confession publique avant de mourir, sans doute en mémoire de sa faiblesse pour le schismatique Agrestin et de ses luttes contre son abbé à LuxeuiP. Du reste, Amat lui-même s'était retiré réniience dans uuc grottc fermée par la saillie d'un rocher,
morid'Amat. si bassc, si étroitc, qu'elle pouvait à peine contenir son corps. Comme pour saint Benoît à Subiaco, un religieux descendait par une corde, du haut du rocher, le morceau de pain et le vase d'eau qui lui servaient de nourriture. Cette sévère pénitence ne lui suffit pas. Au moment de mourir, couché sur la
i:; septembre' ccndrc, il se fit lire la lettre du pape saint Léon à saint Flavien, qui contient une claire et complète exposition de la doctrine catholique sur la Trinité
i. Frater nii... vereor, dulcissime meus... Qram cucullse teneiis, utroque digito bine inde complcxus consutum infra trientem reperit... Hoc ergo quod liabes, frater mi? .. lieu mihi! Iremissem fui\itus sum... Quoniam de quibusdam lactis meis me oportet pœnitere et libet. Vita S. Amati. c. 21-23.
SAINT COLOMRAN. 6r,r>
et rinrarnalioli, comme une dernière et solennelle protestation contre tout levain schismatique.
Quant à Roniaric, qui lui survécut longtemps, ainsi qu'à la pieuse Macteflède, qui avait la première gouverné les sœurs, il prit toutes les précautions nécessaires pour que l'abbesse de son cher monastère fût désormais exclusivement élue par sa communauté, et pour que l'ensemble de sa fondation ne relevât au temporel que du roi et au spirituel que du pape. A la fin de sa vie, le vieux leude retrouva son courage et son rôle politique d'autrefois. Il avait connu, dans le palais des rois d'Austrasie, le grand et pieux Pépin de Landen, dont le fils Grimoald s'était emparé du pouvoir comme maire du palais sous le roi Sigebert, et menaçait r.omaiic d'avance les droits et l'existence même du jeune le maire héritier de ce prince. Averti prophétiquement des projets du fils de son ancien ami, Romaric, malgré son âge et le pressentiment de sa mort, descend de sa montagne et marche vers le palais qu'il n'avait pas revu depuis trente ans, pour dénoncer au roi et aux seigneurs les périls de la patrie, il y arrive au milieu de la nuit : Grimoald, informé de son approche, va au-devant de lui avec des torches allumées. A la vue de l'ami de son père, de ce vieil homme de Dieu à la taille élevée et imposante, à l'aspect solennel, il crut voir, dit l'historien, une apparition surnaturelle, et trembla. Toutefois, il l'embrassa avec un grand respect. On ne dit pas ce
du palais Grimoald.
s décembre
qui so passa entre eux. On sait seulement que Grimoald combla le vieil abbc de présents et lui promit de faire tout ce qui lui était demandé. Trois jours après, Romaric, revenu au monasière en visitant une dernière fois les terres cultivées qui en dépendaient, était mort et enterré auprès d'Amat, le maître et l'ami qui l'avait conduit à Dieu par le nnle sentier \
Pour compléter cette esquisse de la propagation du grand institut de Colomban dans la Gaule franque au vu" siècle, il resterait à la montrer, après avoir inondé les deux Bourgognes et l'Austrasie, gagnant l'Armorique, où le Breton Malo, premier évêque du diocèse qui porte son nom, l'importa directement de Luxeuil% et où les Celtes bretons devaient naturellement adopter avec empressement l'œuvre du Celte irlandais^; puis
1. Ad principis palatium... ut régi seu proceribus suis de periculo eorum vel casu venturo cavenda nuntiaret... Vir magnilicus Grimoaldus subregulus... Surgens cum facibus accensis... adspiciensque homineni Dei mirse magnitudinis... nescio quid tanquam angelicum seu cœleste signum se super eumvidisse contremuit... Indeque remeans rura monabterii circuivit... YitaS. Bowarici, cil.
2. Devotionis causa ad monasterium quod vocatur Luxoviumquod.., Columbanus construxerat, devotus S. Maclovius pervenit. Ubi per aliquorum spatia dierum... se invicem ipse et Columbanus divino gustu, saccrdotali more refecerunt. Vila S. Maclov. ex Legendario maj. Monast. Ap. D. Morice, Preuves, I, 192. — A son retour de I.uxeuil,Malo lbnda,près de son église épiscopale, un grand monastère de soixante et dix moines. La Borderie, Rev. de Bretagne, t. IX, p. 71.
o. La Borderie, Discours sur les Saints de Bretagne, p. 23. On voit d'ailleurs peu de mentions directes de cette agrégation des rao-
de Luxcuil.
SAINT COLOMbAN. 057
s'clendaiit de la Neuslric, au delà de la Loire, jusqu'en Aquitaine'; et pour cela, il faudrait surtout raconter la fondation de Solignac faite en Li- t^ah.t Éioy
l'onde Solignac
mousin par saint Elov. Elle eut lieu peu de tem])s sur
^ , *' . * .le modèle
après le concile de Màcon. Son illustre auteur, qui avait visité les principaux monastères de la Gaule et avait reconnu que la régularité monastique n'était nulle part observée comme à LuxeuiP, déclara qu'il la voulait absolument conforme au plan et à la règle de l'abbaye modèle qu'il avait rencontrée dans les Vosges, et à laquelle il la subordonna directement. Mais ce grand homme appartient plus encore à l'histoire de France qu'à celle de la règle dcLuxeuil. Avec lui, nous touchons à une phase nouvelle de la royauté mérovingienne, comme avec les apôtres de la Morinie à la conversion de la Belgique, et avec le fondateur de Remiremont à l'avènement et à la prépondérance des Pépins. De nouvelles perspectives s'ouvrent devant nous. Pour y entrer, il faut quitter Luxeuil et Colomban, dont nous retrouverons, d'ailleurs, plus d'une fois la trace féconde et lumineuse.
nastères armoricains. Elle est cependant prouvée par le fameux diplôme de Louis le Débonnaire qui ordonne aux moines bretons, et spécialement à ceux de Landevenec, d'abandonner la règle irlandaise suivie par eux jusqu'alors, pour observer désormais celle de Benoit. Op. D. MoRicE, Preuves, I, 228.
1. Voir pour les cinq monastères construits, ex régula IJ. Columbani, en Berry et en Nivernais, aussitôt après le concile de Màcon, la Vie deS. Eustaise, par Jonas, c. 17.
2. Voir le passage cité plus haut, pag-e 551. S. AudoeM; Vita S.Elegii, lib. i, c. 21.