Si me diligitis, plangite... Epist., i
4. Quorum synthicae spathse sunt, et gratia pœna. Ecce ubi palrocinia vestra me perduxerunt Epist., i, 31.
106 SAINT GRÉr.OIRE LE GRAND,
qu'il s'était toujours complu à emprunter à la vie maritime, il dit à son intime ami Léandre, évêque de Séville, qu'il avait rencontré à Gonstantinople : « Je suis ici tellement battu des flots de ce monde, que je désespère de pouvoir conduire au port ce vieux navire pourri dont Dieu m'a chargé... Il me faut tenir le gouvernail au milieu de mille adversités... J'entends déjà sonner la cloche du naufrage... Je pleure en me rappelant le paisible rivage que j'ai quitté, et je soupire en apercevant de loin celui où je ne puis abordera »
Longtemps après, un jour que, pins accablé que jamais par le poids des affaires séculières, il s'était retiré dans un lieu secret pour s'y livrer dans un long silence à sa tristesse, il y fut rejoint par le diacre Pierre, son élève, son ami d'enfance et le compagnon de ses chères études. c< Vous est-il donc a arrivé quelque chagrin nouveau, » lui dit le jeune homme, a pour que vous soyez ainsi plus triste qu'à c( l'ordinaire ?» — c< Mon chagrin, » lui répondit le pontife, « est celui de tous mes jours, toujours c( vieux par l'usage , et toujours nouveau par sa « croissance quotidienne\ Ma pauvre âme se rap-
1. Vetustam ac putresceiitem navim... Fiens rcmiiiiscor quod perdidi mete placidum littus quietis... EpisL, i, 45.
2. Quadam dio. . secretum locum petii amicum mœroris... Dilectissimus fdius meus Pctrus... milii a primœvo juvciitutis llore amicitiib familiariter obstrictus. . Nuiii quidquam novi... Mœror, Petrc,
a pelle ce qu'elle élail autrefois dans notre monasc( tère, quand elle planait sur tout ce qui passe, sur « tout ce qui change; quand elle ne songeait qu'au c< ciel ; quand elle franchissait par la contemplation « le cloître de ce corps qui l'enserre ; quand elle c( ainmait d'avance la mort comme l'entrée de la vie. ce Et maintenant il lui faut, à cause de ma charge c( pastorale, supporter les mille affaires des hommes c( du siècle et se souiller dans cette poussière. Et « quand, après s'être ainsi répandue au dehors, ce elle veut retrouver sa retraite intérieure, elle n'y « revient qu'amoindrie. Je médite sur tout ce que « je souffre et sur tout ce que j'ai perdu. Me voici c( battu par l'océan et tout brisé par la tempête, (c Quand je pense à ma vie d'autrefois , il me c( semble regarder en arrière vers le rivage. Et ce « qu'il y a de plus triste, c'est qu'ainsi ballotté par c( l'orage, je puis à peine entrevoir le port que j'ai c( quitté \ »
quem quolidie patior, et semper mihi per usum vêtus est, et semper per auginenlum novus. Prxfat. ad Dialog.
1. Infélix animus meus occupationis suse pulsatus vulnere meininit qualis aliquando in monasterio fuit, quomodo ei labentia cuncta subter erant. . Quod etiam retentus corpore ipsa jam carnis claustra contemplationem transibat, quod mortem quoque, quae pêne cunctis pœna est, videlicet ut ingressum vit» et laboris prœmium amabat, At nunc... et post tam pulchrani quietis suse speciem terreni actus pulvere fœdatur, .. Ecce etenim nunc magni maris fluctibus quatior, atque in navi multis tempestatis validai procellis inlidor ; et cum prioris vitœ recolo, quasi post tergiim reductis oculis viso litière susi)iro... vix jam portum valoo videre quem reliqui... Wid.
Ces cris d'une si profonde douleur nous disent tout ce qu'on a besoin de savoir sur l'influence de cette vie du cloître qui dominait à un tel point l'âme sainte du plus grand homme de ce siècle.