Léo Ostiensis, Chron. Casinen., m
Je n'entreprendrai point ici de faire la description de l'état actuel du Mont-Cassin, ni de retracer son histoire. J'aime mieux renvoyer, pour celte description, à deux notices exactes et substantielles, l'une de M. Adolphe de Circourt, au tome IX de la Revue des Deux Bourgognes, 1839, et l'autre de M. Dantier, au tome X de la Revue contemporaine, 1853. Je me borne à indiquer ici les parties de l'immense etsplendide abbaye que la tradition fait remonter jusqu'à l'époque de saint Benoît. Ce sont : 1° la porte d'entrée, dont la voûte très-basse indique le joug d'humilité sous lequel la règle obligeait les religieux à se courber; on y lit cette inscription : Fornicem saxis asperum ac depressum tantx moli adituni angustum ne mireris, hospes. Angustum fecit patriarchx sanctitas : venerare potius et sospes ingredere ; 'i° la portion inférieure de la tour carrée qui recouvre cette porte, et que l'on croit avoir servi d'habitation à saint Benoît et à ses premiers compagnons, ainsi que l'indiquent ces inscriptions posées dans deux appartements distincts : Pars inferior turris, in qua S. P. iY. Dene-
à extirper de la contrée les restes du paganisme, puis à faire construire son monastère par les bras de ses disciples, à cultiver les flancs arides de sa
dictits dumviveret habitabat; et s. coté : Vetustissimum habitaculum in quo SSmi patriarchx discipuli guiescebant. — k l'étage supérieur de la même tour, une autre inscription affirme que ce fut de là que le saint eut la vision de la mort de sa sœur et de l'évêque saint Germain. — A l'extérieur du monastère, on montre l'emplacement, consacré par la tradition, où Benoît se mit en prière avant de poser la première pierre de sa nouvelle demeure, et celui où sainte Scholastique, sa sœur et son auxiliaire, se reposa en gravissant pour la première fois la cime du rocher.
Quant à l'histoire de l'archimonastère, outre qu'il en sera fait sans cesse mention dans ce qui va suivre, il faut renvoyer le lecteur curieux au livre spécial qu'a publié un savant et zélé religieux du Mont-Cassin, dom Luigi Tosti, en trois volumes, à Naples, en 1842. Bornons-nous aux dates suivantes : Détruit une première fois par les Lombards en 583, le monastère fat reconstruit par l'abbé Petronax, sous Grégoire II, en 731, et consacré parle Pape Zacharie en 748; puis détruit de nouveau par les Sarrasins, qui massacrèrent la plupart des moines en 857, il fut de nouveau reconstruit par l'abbé Aligern vers 950, et consacré par Alexandre II en 1071. Après beaucoup d'autres calamités, il fut réédifié de fond en comble en 1649, et consacré pour la troisième fois par Benoît XIII en 1727. — Au temps de sa splendeur, l'abbé était preniier baron du royaume de Naples et administrateur d'un diocèse spécial érigé en 1321 et composé de 37 paroisses. On comptait parmi ses dépendances 4 évêchés, 2 principautés, 20 comtés, 230 châteaux, 410 villes ou villages, 330 curtes ou manoirs, 23 ports maritimes, 33 îles, 200 moulins, 300 ter. itoires, 1662 églises. (II^ften., Comment, in vit. S. Bened. p. 105.) On évaluait ses revenus à la somme énorme de 500,000 ducats à la fin du xvi'' siècle. Mais toute cette splendeur disparut graduellement, d'abord par l'effet de la commende, dont l'abbaye du Mont-Cassin devint la proie au xv« siècle, puis des guerres et des révolutions de l'Italie. Dépouillée et rançonnée une dernière fois par les Français sous Championnet, transformée en simple bibliothèque par le roi Joseph Bonaparte en 1805, elle avait retrouvé depuis la restauration des Bourbons, et avant les récentes perturbations de l'Italie,
montagne^ et les campagnes dévastées d'alentour, mais smioutà répandre sur tout ce qui l'approchait les bienfaits de la loi de Dieu , pratiquée avec une ferveur et une charité que nul n'a surpassées. Quoiqu'il n'ait jamais été revêtu du caractère sacerdotal , sa vie au Mont-Cassin fut plutôt celle d'un missionnaire et d'un apôtre que d'un solitaire. Il n'en demeura pas moins le chef vigilant d'une communauté de plus en plus nombreuse et florissante. Habitué à se vaincre en tout et à lutter avec les esprits infernaux, dont les tentations et les apparitions ne lui manquèrent pas plus qu'aux anciens Pères du désert^, il avait acquis le don de lire dans les âmes et de discerner leurs plus secrètes pensées. Il n'en usait pas seulement pour diriger les jeunes religieux , dont l'affluence était toujours grande auprès de lui , dans leurs études et dans les travaux d'agriculture et de maçonnerie qu'il partageait avec eux : dans les courses lointaines qu'ils avaient parfois à accomplir il les suivait par un regard intérieur, découvrait leurs moindres manquements,
un reste de vie et de fortune qui tendait à se développer sous le souffle fécond de la renaissance monastique dont le xix« siècle peut se glorifier d'avoir donné le signal.