‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 85 sur 174 · S. IIiLDEPHONH De virib. iUiistr., c · texte numérisé non relu

S. IIiLDEPHONH De virib. iUiistr., c

moine d'Agali,

évèque

(\o. Toirdo,

il créa la grande école que ses successeurs développèrent à l'envi.

Saint iidefonse, Ildefonsc , né à Tolède d'une famille alliée au sang royal, reçut d'abord à Sévi lie, pendant douze ans, les leçons d'Isidore, puis, revenu près de son berceau, et malgré les violentes résistances de sa famille, se lit moine à Agali. Il fallut une autre violence, celle de la voix unanime du clergé et du peuple de Tolède, pour l'en arracher et le placer sur le siège métropolitain. Lui aussi cultiva avec succès l'histoire et la poésie ; ses écrils ascéliques marquent honorablement dans la littérature religieuse de son temps. Mais ce qui lui a valu surtout la première place dans l'amour et la mémoire du peuple espagnol, ce fut son ardente dévotion à la sainte Vierge, dont il défendit la virginité perpé-

le plus populaire ^^^^'^ contrc l'hérésic des Helvidiens. Les visions en^Esp^agne. miraculcuses qui témoignent de la reconnaissance de Marie pour les efforts de son zélé défenseur*, et les reliques qu'il en laissa à l'église de Tolède, après avoir longtemps enflammé la dévotion des Espagnols pour leur grand saint Alonzo, ont reçu,

1. Pendant la nuit de la fête de VExpeclntio partus B. M. F., sainte Léocadie, dont il avait découvert les reli([ues, lui apparut et lui dit : 0 Ildefonse! per te vivit domina mea, qux cœli culmina tenet. Pour avoir un gage palpable de cette vision, il saisit l'épée du roi Receswinthe, qui l'accompagnait, et coupa une portion du voile de la sainte, laquelle devint ensuite une relique très-vénérée. Hreviar. Roman, in Append. die 25 Januar. — lue autre nuit, il vit. dans labside de sa métropole illuminée par cette présence, la sainte Vierge elle-même assise sur le trône épiscopal.oïi il n'osa plus jamais siéger.

mille ans après sa mort, une consécration nouvelle, grâce au génie de Calderon ^

Léandre, Isidore, Ildefonse, furent les illustres représentants de la vie intellectuelle dans un temps où elle semblait presque partout éteinte. Ces pontifes laborieux, instruits, éloquents, pleins de zèle pour la science et l'étude en même temps que pour la religion, assurèrent en Espagne l'avenir des lettres chrétiennes et la durée de la tradition littéraire, partout ailleurs interrompue ou menacée par les orages de l'invasion et de l'établissement des Barbares. Ils firent de leur patrie la lumière intellectuelle du monde chrétien au vu'' siècle.

Après eux, il faut encore admirer tous ces évêques et ces moines, issus du sang ou de la famille spirituelle de ces trois grands hommes, et qui furent, comme ils l'avaient été eux-mêmes, l'âme des fameux conciles de Tolède. On sait assez que ces Les conciles conciles constituèrent la force et la gloire de l'Espagne gothique, et que de leur sein sortit, épurée par l'esprit sacerdotal, cette législation desVisigoths que la science moderne a noblement vengée ^, et qu'elle a placée au premier rang des lois de l'antique chrétienté, pour la hardiesse, la profondeur et l'équité de ses conceptions.

1. Voir le drame de Calderon, intitulé ; La Virgen del Sacrorio.

2. GuizoT, Hist. de la civilisation, t. I; Ilist. des origines du gouvernement représentatif, leg. 25, et Reuue Française de novembre ■1828.

de Tolède

et

leurs canoiiS.

254 L'ESPAGNE MONASTIOIE

Léandre et Isidore, ces deux illustres frères, donnèrent à ces assemblées le caractère politique et législatif qu'elles conservèrent pendant un siècle et qui a fixé sur elles l'attention spéciale des historiens \ Sans doute, dans les dix-huit assemblées

1. Voici Tindication chronologique des conciles qui furent tenus à Tolède depuis la conversion des Visigotlis jusqu'à la conquête de l'Espagne par les Maures. (Ceux qui portent le chiffre i et n sont antérieurs, et datent le premier de 400 et le second de 551.)

Le in«, en 589, composé de 65 évoques, présidé par Léandre, pul)lia 25 décrets ou canons.

Deux conciles tenus en 597 et 610, et dont les décrets ont été d'ahord publiés par Garcia Loasià au xvi« siècle, n'ont pas été compris dans la numération ordinaire, pour ne pas déranger l'ordre traditionnel.

Le iv^, en 655 : 62 évoques ; 75 canons. Saint Isidore signe le premier.

Le v«, en 656 : 20 évoques ; 9 canons.

Le vi«, en 658 : 52 évêques; 19 canons.

Le vn«, en 646 : 28 évêques ; 6 canons.

Le viu% en ()55 : 52 évèciues, 10 abl)és, parmi lesquels Ildefonse, abbé d'Agali ; 12 canons.

Le ix^, en 655 : 16 évêques, 10 abbés, parmi lesquels Ildefonse; 17 canons.

Le x^, en 656 : 20 évêques, parmi lesquels le moine saint Fructueux, métropolitain de Braga, dont on parlera plus loin ; 7 canons.

Le XI'', en 675 : 19 évêques, 6 abbés ; 16 canons.

Le xu«, en 681 : 55 évêques, 4 abbés ; 15 canons.

Le xui^, en 685 : 48 évoques, 5 abbés ; 15 canons.

Le xiv«, en 68i : 17 évêques, 6 abbés; 12 canons.

Le xv«, en 688 : 61 évêques, 8 abbés.

Le xYi«, ert 695 : 59 évêques, 5 abbés ; 15 canons.

Le xvn^, en 604 : 8 canons ; pas de signatures.

Le xvni« et dernier, en 701.

Beaucoup de ces évêques sortaient de l'Ordre monastique ou y finirent leurs jours (Yepes, centuria ii). On voit en outre dans la collection des Conciles la signature des fondés de pouvoirs des évêques absents et celle d'une foule de comtes et de proceres laïques.

AU SIXIKME SIÈCLK. 255

tenues à Tolède depuis la conversion des Visigollis jusqu'à la conquête de l'Espagne par les Maures, les matières religieuses occupèrent toujours la première place. Les questions touchant le dogme, la hiérarchie et la discipline ecclésiastique, l'indépendance et la régularité des monastères^ l'ensemble et le détail des intérêts spirituels, forment le sujet (le la plupart des décrets rendus par ces conciles. Sans doute aussi les évêques y jouaient un rôle jjrépondérant par le nombre comme par l'autorité. Mais les seigneurs et les dignitaires laïques y figuraient aussi : entrés une première fois avec le roi, qui prenait presque toujours l'initiative des questions à traiter, ces laïques sortaient avec lui ; mais, après avoir laissé trois jours aux évêques pour discuter seuls les affaires spirituelles, ils revenaient prendre part aux délibérations définitives. Ils y Rôie

prépondérant

assistaient en vertu d'un droit reconnu ; ils si- des gnaient les décrets comme les évêques. En outre, le

^ 7 efficace

consentement de ce qu'on appelait alors le peuple, des laïques. c'est-à-dire de toute la noblesse militaire de la nation gothique, semble avoir été souvent requis et

i. Leiv«, tenu en 635, sous la présidence d'Isidore, se montra surtout zélé pour la liberté des moines, garantissant aux clercs la liberté d'embrasser la vie religieuse, interdisant aux évêques toute vexation ou usurpation au détriment des monasières, et probibant le retour au siècle de tout moine profès.

Le ix^, tenu on 655, se vit obligé de mettre un frein à la munificence des évêques envers les monastères, en leur interdisant de disposer en faveur de ces fondations de plus du cinquantième du patrimoine épiscopal,

eveques, mais intervention

exprimé pour valider les décisions rendues par lo roi, les évêques elles proceres^.

Décrets Ainsi constituées, ces mémorables assemblées

et doctrines

s"r exercent la plénitude du pouvoir spirituel et tem-

la royauté. ^ ^ *

porel , politique et civil, législatif et judiciaire. Toutes les grandes affaires du royaume y sont débattues: et ce royaume ne comprenait pas seulement toute l'Espagne , que les Visîgoths avaient réussi à purger des derniers vestiges de la domination gréco-romaine, mais encore la Gaule Narbonnaise, dont les évêques venaient siéger à Tolède avec ceux de la péninsule. Elles font les lois et les rois. Elles règlent les conditions de la royauté élective, trop souvent méconnues dans la pratique par la violence sanguinaire des prétendants ou des successeurs désignés au trône. Et quoique les faits accomplis qu'elles trouvaient bon de sanctionner aient trop souvent substitué la violence au droit, elles proscrivent toujours en principe tout candidat dont les droits ne se fonderaient pas sur l'élection faite par la noblesse et le clergé , sur la pureté de son origine gothique et ssir la probité de ses

1. Voir les conciles viii, xiv, xvt, mais surtout le canon du iv«, en 653, qui valida la disposition de Swinthila, après avoir pris l'avis de la nation.

2. Defuncto in pace principe, primates totius gentis cuni sacerdoti- Inis successorem regni commun! concilio constituant. Conc. iv, can. 74. — Quem nec electio omnium provehit, nec gothicœ gcntis nobilitas ad hune bon )ris apicem trahit, sit. . anatbemati condcmnatus...

Après avoir bien constate que le roi n'était que le mandataire et le délégué du peuple, elles semblent lui accorder une sorte de revanche en attribuant à son autorité une plénitude qui contraste avec les limitations que les libertés traditionnelles des races germaniques imposaient à leurs princes, chez qui on savait à la fois mieux reconnaître les droits du sang et mieux contenir l'exercice du pouvoir. Mais jamais, il faut le reconnaître, on n'a parlé au pouvoir souverain un langage plus noble que celui du quatrième concile de Tolède, par la bouche d'Isidore et de ses collègues, au roi Sisenand et à ses successeurs. « Vous qui êtes actuellement roi, et vous tous, princes de l'avenir, nous vous conjurons humblement d'être doux et modérés envers vos sujets, de gouverner avec jusiice et piété les peuples que Dieu vous confie, et de payer ainsi votre dette au Christ qui vous fait rois. Que nul d'entre vous ne prononce seul dans les causes qui intéressent la vie ou les biens, mais que le crime des accusés soit démontré dans une séance publique avec les chefs du peuple et par un jugement manifeste. Soyez doux dans votre sévérité même ; grâce à cette modération , les rois seront contents des peuples, les peuples des rois, et Dieu des uns et des autres. Quant aux rois futurs, voici la sentence

Conc. V, can, 5. — KuUus sub religionis liabilii delun^us... scrvilem origincin tralicns, vcl cxtranctc gcutis honio, iiisi yciicic et jnoril;us di;r us. Cvnc. xvi, can. 17.

que nous promulguons: Si quelqu'un d'entre eux, contre le respect des lois, par orgueil, ou par fasle royal, ou par cupidité, opprime et tourmente son peuple, qu'il soit anathématisé par le Seigneur Christ, et à jamais séparé de Dieu^ ! »

Mais les rois , qui écoutaient docilement ces leçons, ne les pratiquaient guère. Les conciles n'en furent pas moins obligés d'intervenir avec énergie pour réprimer la rapacité des rois et l'insolence sulbal terne de certains officiers tirés par eux des rangs serviles. « Lorsque, » disent les Pères du huitième concile en 655, que présidait le moine Eugène, comme évoque de Tolède, et où siégeait déjà Ildefonse comme abbé d'Agali, « lorsque, dans les temps passés, l'avidité effrénée des princes s'est jetée sur les dépouilles des peuples et s'est acharnée à grossir leur trésor des larmes de leurs sujets, il nous a été enfin inspiré par le souffle d'en haut, après avoir octroyé aux sujets les lois du respect, d'imposer aussi un frein aux excès des princes ^ » Et les pères du treizième concile en 685 décrètent ce qui suit : « Nous savons que beaucoup d'esclaves

1. Te quoque prœseiitem regeni fulurosque sequentiuni ccUilimi principes... Ne quisquam vestruiii solus iii canssis capitum aiit rcium scntciitiam ferai, sed consensu publico cum rectoribus... Si quis ex cis coulra rcverentiam legum supcrba dominatione et faslu regio... crudclissiinam potestatem in populo exercucrit... Conc. iv, can. 75.

2. Cum immoderatior aviditas principum sese proiia diffunderct in spoliis populorum... nobis est divinitus inspiralum ut, quia subjectis Icges reverentiii; dcdonunus, priuci[)uni (juoque cxccssus retiuaculuui lempcrantitc ponerenius. Concil. vui, ap» ColettI; t. YIII, p. 4'28.

et d'arfraiicliis, élevés par ordre du roi à des offices palatins, et affectant de s'arroger un pouvoir que la bassesse de leur origine leur interdisait, devenus les égaux de leurs seigneurs par leur nouvelle dignité, se sont fait les bourreaux de leurs anciens maîtres, de ceux-là mêmes à qui ils devaient leur liberté. C'est pourquoi nous défendons qu'aucun serf ou affranchi (excepté ceux du fisc) soit désormais admis à un office palatin*. »

Malheureusement les efforts de ces assemblées pour contenir les excès des princes et de leurs ministres, comme ceux des grands et du clergé, manquaient de garantie et de sanction durable. LesGoths d'Espagne, se laissant trop rapidement dominer par l'esprit et les mœurs des populations romaines, perdirent peu à peu la tradition des institutions et des libertés germaniques. Déshabitués de ces assemblées d'hommes libres et de cette pratique des vertus militaires que l'on voit toujours persévérer chez les Francs, ils ne surent pas créer les contre-poids nécessaires aux violences des rois , qui finirent par jeter la monarchie des Visigoths en proie à l'épée des Arabes.

En outre, dans leurs prescriptions sans cesse renouvelées et toujours également impuissantes contre les Juifs, que l'on forçait à se laisser baptiser, et que l'on s'acharnait à poursuivre jusque dans leurs

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