‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 4)Chapitre 87 sur 174 · Ci-clcssus, page · texte numérisé non relu

Ci-clcssus, page

o. De Judais hoc prsecipit sancta syiiodus : iicniini deinceps ad credcudum vim iiiIeiTe... Non cniin laies inviti salvandi sunt, scd volentes : sicut enim hon)0, etc.. Ergo non vi, sed libéra arhitrii facultate ut convcrlantur suadcndi sunt, non potius inipellendi. Concil.

On sait , d'ailleurs, que la plupart des décrets rendus par les conciles de Tolède dans l'ordre politique ont passé dans le code célèbre qui, sous le nom de Liber ou Forum judicum (en langue castillane Faero Juezqo), est le principal fondement de la u ruero juemo

"^ ' ^ ^ , d'abord icdi-c

lésfislation espagnole et l'un des plus curieux monu- par

^ ... , . saint Isidore.

ments de l'histoire législative des peuples chrétiens. Saint Isidore passe pour avoir été le premier compilateur de ce recueil où les rois et les évoques tirent successivement entrer, avec les décrets des conciles, les anciennes coutumes gothiques et quelques fragments du droit romaine II fut revu et coordonné par ordre du roi Egica au seizième concile de Tolède, en 695. Ce code survécut à l'Espagne gothique ; à travers les misères de la conquête arabe et l'héroïque lutte de la race espagnole contre l'islamisme, son esprit continuait à animer les princes et les assemblées, et sa trace lumineuse dans l'histoire a toujours aidé le patriotisme espagnol à se rattacher à ses orignes chrétiennes.

On y reconnait l'influence du clergé dans le style homilétique de sa rédaction, et bien mieux encore dans l'esprit général d'équité qui en a dicté les prin-

Toletan. i\, can. 57. — Mais aussitôt, il faut l'avouer tristement, ou ajoute que ceux qui ont été contraints à devenir chrétiens du temps du roi Sisebut doivent être forcés de rester tels, par celte très-contestable raison : Oportet ut fulem etiam, quam vi et necessitate susceperunt, tenere cogantur, ne nomen divinum blasphemetiir, et fides quam susceperunt vilis ac contemptibilis habcatur ! \. Arevalo, Isidoriana, c. 92.

MOINES d'occ n. 16

ti42 LKSl'AUiNE MOWASTJOUE

cipales dispositions, dans les garanties accordées aux esclaves, mais surtout dans les pénalités, qui, à la différence des autres codes barbares, s'efforcent de mesurer la répression à la moralité de l'acte, et non à la lésion matérielle ou au rang de l'accusé *. On y voit encore la fusion des deux races conquérantes et conquises consacrée par l'absence de loules ces distinctions de droits ou de peines qui, dans les autres législations germaniques, signalaient Torigine diverse des races qui habitaient le même pays. On peut à bon droit déplorer que ce code célèbre ait été rédigé à une époque où le génie primitif des Goths s'était amolli, et où la civilisalion romaine avait déjà trop effacé la forte empreinte des institutions germaniques et des coutumes nalionales'. Mais le vieux droit des Germains se retrouve dans la théorie du droit royal, qui ne reconnaît d'autre légitimité du pouvoir que celle qui résulte de la moralité et de la justice de ses dépositaires. Nous verrons cette théorie conserver toute sa force au sein des grandes luttes entre le sacerdoce et l'empire, et nous entendrons jusque soiis Grégoire VU la voix des évêques et des moines invoquer contre les empereurs l'axiome que le code visigothique avait si énergiquement formulé: Rex eris^ sirede facis ; si aniemnon facis, rex noneris.

\. AixKi'.T Du ]{oYs, Histoire du clroil criminel des peuples euro^ fiée ILS.

^2. K. II!; ilozii.iii:, Fanniiles visigofhi(jues, introd.

Eu 680, les évêqiies firent un singulier usage de ce droit de déposition à l'égard du vieux roi Wamba, qui, après un règne glorieux, malade et empoisonné par un Grec , avait reçu des mains de l'arclievêque l'habit monastique et la tonsure pen- lciui wamba

fait moine

dant qu'on le croyait à l'agonie, suivant une dévo- maigre lui. tion du temps habituelle à ceux qui voulaient faire pénitence publique avant de mourir. Étant revenu à lui, il se crut obligé de ratifier le vœu qu'il avait semblé faire*, et de désigner pour son successeur le comte Erwige, le fils de celui-là même qui l'avait empoisonné. Il entra dans un monastère, y vécut encore sept ans, saintement docile à ses nouveaux devoirs ; cependant les évêques réunis au douzièmes concile de Tolède déliaient ses sujets du serment de fidélité et prononçaient l'anathème contre les ennemis du nouveau roi. Ils décrétèrent ensuite un canon où il est question de ceux qui, ayant désiré la pénitence (c'est-à-dire la tonsure et l'habit monastique) pendant qu'ils se portaient bien et l'ayant reçue sans l'avoir demandée pendant leur maladie, voudraient retourner à la vie militaire, sous prétexte qu'ils ne peuvent être astreints à un vœu qu'ils n'ont pas fait : ce retour leur est formellement interdit, parce qu'on les regarde comme engagés, de même que les enfants qui ont reçu le baptême

1. Sivc, dit Mauiana [De Beb. llïsp-, vi, li , animi inagniludiiie lui'sus sperucntis qiue alii per ï^we^i ferruiiiqrie petuiit; sive desi>cr:(tiono regnum recuperaiidi. cuni Erwigiiis rerum potiretur.

sans connaissance. Mais le même canon défend aux évêques de donner la pénitence à ceux qui ne la demandent pas, sous peine d'une année d'excommunication ^ Tout est obscur et étrange dans cette histoire, qui toutefois tient de trop près aux annales monastiques pour être passée sous silence. Ce n'était pas du reste la première fois que l'on forçait en Espagne les rois à se faire religieux : un siècle plus tôt, l'avant-dernier roi des Suèves avait été fait moine malgré lui par un usurpateur ; et celui-ci avait été aussitôt après attaqué et vaincu par Léovigilde, qui le força de se faire moine à son tour, et réunit la royauté des Suèves à celle des Yisigoths. Mais Leovigilde était un persécuteur arien, et un concile orthodoxe pouvait chercher de meilleurs exemples \

Précisément dans ce pays des Suèves, pendant

Saint Fruciueux, Ics dcux prcmicrs ticrs du vii^ siècle , le véritable

monastique cspHt mouastiquc brillait de tout son éclat dans

des Suèves • rn rv / i •

et samt J^ructueux. a Dieu créa en ce temps, » dit un

de la Lusitanie, . . . , i i «i

moine contemporain, « deux grands soleils pour illuminer les plages occidentales des rayons de cette vérité fulgurante qui jaillit du siège apostolique : l'un Isidore de Séville, par son éloquence, ses

Page 1