‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 101 sur 110 · Eiieid., II · texte numérisé non relu

Eiieid., II

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plus que de deux ou trois solécismes terribles qui lui sont échappés dans ce qui précède \ Après quoi elle continue :

« J'aurais voulu mourir si Dieu l'avait permis. Mais ce n'est pas la cruelle mort, c'est une séparation plus cruelle encore qui nous a éloignées l'une de l'autre ; elle pour son bonheur , à ce que je pense, et moi pour mon malheur, puisqu'elle m'a laissée comme une sorte de gage au service du siècle, elle que j'ai tant aimée et qui est maintenant renfermée, à ce que j'entends dire, dans je ne sais quelle prison de Rome^ Mais l'amour du Christ qui fleurit dans son cœur est plus fort que toutes les entraves. Elle gravit la voie étroite et ardue; et

1. Ego autem licet scientia tardiora et meritis viliora illo sim , tamen erga tuœ caritatis obseqiiium dispar non sum. — On me reprochera peut-être de m'arrêter à ces minuties. Je le veux bien; mais tout ce qui touche à l'histoire des âmes, surtout au berceau de la foi, me séduit invinciblement. Quoi de plus touchant que cette inexpérience de style, dans une langue classique, sous la plume de cette femme barbare, qui veut à lout prix épancher dans un cœur ami les émotions dont son âme est inondée !

2. Me vero infelicem, quasi quoddam depositum, huic sa^culo servire permisit, sciens enim quantum illam dilexi, quantum amavi, quam nunc, ut audio, Romana carcer includit. Epist. 15. — L'auteur anonyme des Notes sur sainte Hilda et saint Bega a conclu de ce passage qu'Egburga avait remplacé comme abbesse sa sœur Wetliburga, et que celle-ci était la même dont il est question dans une lettre déjà citée de Boniface (voir plus haut, p. 341) comme étant déjà fixée à Rome. Cette dernière conjecture paraît assez plausible. Ces deux sœurs, ainsi que leur aînée, toutes trois filles d'un roi d'Est-Anglie, auraient été successivementabbessesdeUac! ness. Voir le tableau généalogique D.

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moi je suis encore gisante dans les bas-fonds, enchaînée par la loi de la chair, ku jour du jugement, elle chantera joyeuse avec le Seigneur : fai été en prison et vous m'avez visité. Vous aussi, dans ce grand jour, vous siégerez là où siégeront les douze apôtres, et vous serez lier, comme un chef glorieux, d'avoir conduit devant le tribunal du Roi éternel tant d'âmes conquises par vos labeurs. Mais moi, dans cette vallée de larmes, je pleure mes péchés qui m'ont rendue indigne d'une telle compagnie. « C'est pourquoi ni le nautonier, battu par la tempête, ne désire rentrer au port, ni les champs altérés n'ont soif de la pluie, ni la mère qui erre le long des sinuosités du rivage dans l'anxiété de l'attente n'attend son fils avec autant d'ardeur que j'en éprouve en désirant jouir encore une fois de votre présence. Mes péchés empêchent qu'il en soit ainsi, et j'en suis désespérée. Mais toute pécheresse que je suis, prosternée à vos pieds, je vous implore du fond de mon cœur, je vous crie des extrémilés de la terre, ô bienheureux seigneur, pour que vous m'emportiez au sommet du rocher de vos prières, car vous êtes mon espoir et ma citadelle contre l'ennemi visible et invisible. Pour consoler mon immense douleur, pour apaiser les flots de ma tristesse, pour donner quelque appui à ma fragilité, il faut m'envoyer du secours, soit sous forme de saintes reliques, soit au moins par des paroles de votre main, quelque courtes qu'elles soient, mais

que je pourrai toujours contempler comme si c'était vous-même \ »

On voit à quel point les affections naturelles enflammaient encore ces cœurs impétueux , et cela sans préjudice des amitiés et des confraternités nouvelles que développait en eux la vie religieuse avec ses relations si actives et si étendues dans l'ordre spirituel. L'inappréciable collection des épîtres de saint Boniface en renferme plusieurs écrites par des religieuses anglo-saxonnes à leurs frères, toujours en latin, et dans un latin fort peu classique, mais toutes marquées au coin d'une passion aussi tendre que sincère. « A mon frère unique et bien-aimé, » écrit l'une d'elles qui se qualifie de la dernière des servantes du Christ. «Comment, très-cher frère, peuxtu me faire attendre si longtemps ta venue? Comment ne songes-tu pas que je suis seule au monde? que nul autre frère, nul autre proche ne viendra me visiter? Tu en agis peut-être ainsi, parce que je n'ai

1 . Abbate [sic] sanctoveroque amico. ..Wynfrido Egburg ultima discipulorum seu discipularum tuarum... Caritatis tuse copulam fateor; ast dum per interiorem hominem guslavi, quasi quiddam mcllitae suavitatis meis visceribus hic sapor insidet. Et licet intérim... ab aspectu corporali visualiter defraudala sim, sororis tamen semper amplexibiis collum tiium constrinxero... Crede mibi, Deo teste, quia summo tecomplector amore... Scd... ut scriptum est : Amor hominis deducit doîoreni , amor autem Chrisli illuminât cor... Non sic tempestatejactatus nauta portum desiderat, non sic sitientia imbres arva desiderant, non sic curvo litore anxia filium mnter expectat, qnam ut ego visibus veslris fruere cupio... Vel paucula saltim perscrij.ta bealitudinis tuaî verba, ut in illis tuam prœseniiam semper babeam. Epist. 13.

pas encore pu faire pour ton service ce que j'aurais voulu ; mais comment oublier à ce point les droits de la charité et de la parenté? Ah ! mon frère, mon cher frère, pourquoi remplir ainsi de tristesse mes jours et mes nuits par ton absence ? Ne sais-tu donc pas qu'aucune ame vivante ne m'est plus chère que toi? Mais voici qu'il m'est impossible de dire par écrit ce que je voudrais. Je sens d'ailleurs que tu ne te soucies plus de ta pauvre petite sœur^ » Lamentations Ou uc Sait plus même Ic uom de celle qui écri-

d'une

religieuse vait aiusi ; on sait le nom, mais rien de plus, d'une l'absence autrc rcligieusc, dont le frère unique comptait

de

son frère, parmi Ics compaguous de Boniface. Elle ne pouvait se consoler de son absence, et elle épanche cette tristesse en écrivant à ce frère avec un accent poétique et poignant, qui rappelle les plaintes exhalées par sainte Radegonde, deux siècles plus tôt, dans son couvent de Poitiers, en songeant aux calamités de sa jeunesse^ Notre Anglo-Saxonne a voulu aussi

1. Fratri unico atque amantissimo... N. IL, iiltima ancillarum Dei... Quare non vis cogitare (luod ego sola in hac terra ?.. 0 frater, o frater mi, cur potes mentem parvitatis mece assidue mœrore, fletu atque tristitia die noctuque caritatis tuœ absentia affligere?... Jamcertum teneo, quod tibi cura non est de mea parvitale. Epist. 144, édit. Jaffé.

2 Voir tome II, p. 548. — M. Zell a cru que cette Bertgytha était la même que la religieuse de ce nom qui accompagna Liobaen Allemagne, et que c'est de là qu'elle écrivait à son frère; mais cette supposition est inconciliable avec le texte des lettres, où il est dit que la sœur fut abandonnée toute jeune par ses parents, tandis que le seul historien qui parle des compagnes de Lioba dit que Berchtgyd passa en Germanie avec sa mère, et que toutes deux devinrent abbcsses en Thuringe. Otiilo,

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Iraduire en vers latins les gémissements de son cœur. Mais ses vers sont bien loin de valoir ceux que Fortunat mettait au service de Tabbesse-reine de Sainte-Croix de Poitiers.

Sa prose est à la fois plus correcte et plus touchante. « A Balthard, mon frère unique, si aimé dans le Seigneur, et plus aimé que personne dans le monde... J'ai reçu avec une tendre reconnaissance le message et les dons que tu m'as envoyés par ton fidèle messager Aldred. Je ferai, avec l'aide de Dieu, tout ce que tu me recommandes, mais à la condition que tu daigneras revenir me voir. Je ne puis plus tarir la source de mes larmes, quand je vois ou entends que les autres vont rejoindre leurs amis. Alors je me rappelle que j'ai été abandonnée, toute jeune, par mes parents et que je suis restée seule ici. Cependant je n'ai pas été abandonnée de Dieu, et je bénis sa miséricorde puisqu'il t'a conservé la vie en même temps qu'à moi. Et maintenant, frère chéri, je t'en conjure et je t'en supplie, délivre mon âme de cette tristesse, car elle m'est très-nuisible. Je te le déclare, quand même tu ne resterais qu'un seul jour auprès de moi pour te remettre en route dès le lendemain, la dou-

Vita S. Bonifacii, édit. Jaffé, p. 490. Le messager qui servait d'intermédiaire entre le frère et la sœur est ce même Aldred ou Aldraed, qui portait d'Allemagne en Angleterre les messages du diacre Lulle, le principal coadjuteur de Boniface [Epist. 78), d'où l'on a conclu que le frère de Berchtgyd devait être employé dans la même mission.

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leur fuirait de mon cœur. Mais s'il te déplaît trop de m'accorder ma demande, je prends Dieu à témoin que jamais du moins notre tendresse ne sera trahie par moi. Peut-être aimerais-tu mieux me faire venir où tu es que de t'attendre ici. Pour moi, j'irais aussi volontiers là où reposent les corps de nos parents, afin d'y achever ma vie temporelle et de parvenir de là dans la région de ces vivants où la paix et la joie sont éternelles... Adieu, cher disciple de la croix, aimé de ta sœur, garde à jamais ta bonne renommée. »

Un autre jour, elle lui écrit encore : a Mon âme est lasse de la vie, à cause de mon amour pour toi. Je suis ici seule, abandonnée, dépourvue de toute parenté. Mon père et ma mère m'ont délaissée, mais le Seigneur m'a adoptée. Entre toi et moi il y a l'abîme des grandes eaux dont parle l'Écriture, mais nous sommes réunis par l'amour, car le véritable amour n'est jamais vaincu, ni par Pespace ni par le temps. Toutefois je t'avoue que la tristesse ne me quitte jamais. Monàmeen est troublée jusque dans le sommeil, car l'amour est fort comme la mort. Or, je te supplie, mon frère bien-aimé, de venir à moi ou de me faire venir, afin que je te revoie avant de mourir ; car ton amour ne sort jamais de mon cœur. Mon frère, ta sœur unique te salue dans le Christ. Je prie pour toi comme pour moimême, jour et nuit, à chaque heure et à chaque minute... Je prie en pleurant et prosternée sur la

terre, afin que tu vives heureux ici-bas et que tu deviennes tout simplement un saint \.. »

Je plaindrais ceux qui par dédain sceptique pour toute tradition religieuse, ou par rigorisme moderne, pourraient écouter avec indifférence ou malveillance ces cris de douleur et d'amour qui jaillissaient, il y a plus de mille ans, du fond des cloîtres anglo-saxons, et qui attestent, avant et après tant d'autres témoignages , l'immortelle vitalité des ardeurs et des exigences du cœur humain, sous tous les climats et dans toutes les sociétés. Quoi de plus touchant que ces explosions de l'humaine tendresse, chez cette rude engeance des Anglo-Saxons, et sous la rugueuse écorce de leur sauvage nature? Quoi de plus intéressant que l'effort de ces âmes pour traduire, en une langue qu'elles repu talent plus civilisée que la leur, les émotions qui les agitaient.

i. Dilectissimo fratri in Domino et in carne carissimo Balthardo Berfhgyth... Et nunc, frater mi, adjurote atque deprecor, ut auferas tristitiam ab anima mea : quia valde nocet mihi... Sin autem displicet tibi implere petitionem meam, tune Deum testem invoco, quod in me nunquam fit derelicta dilectio nostra...

Ilave, crucicola carc. salutate a sorore ; Fine tenus féliciter famam serva simpliciter.

...T?edet animam meam vitai meœ propter amorem fraternitatis nostrœ... Multse sunt aquarum congregntiones inter me et te.. . Tamen caritate jungamur : quia vera caritas nunquam locorum limite frangitur... Neque per somnium mente quiesco.

Vale vivens féliciter ut sis sanctus simpliciter... Precibus peto profusis Iletibus; solo tenus ssepissima... Epist. 148, 149, édit. Jaffé.

et surtout pour se retremper dans les vérités et les préceptes de la foi chrétienne, si récemment substituée au culte de leurs aïeux ! Pour moi, je prête l'oreille, le long des siècles, à ces cris du cœur, à ces voix de l'âme, avec plus d'intérêt mille fois qu'aux victoires et aux conquêtes qui ont absorbé l'attention des historiens; et je remercie mille fois les biographes des saints et les compilateurs de leurs œuvres d'avoir admis et enclos dans leurs in-folios, comme des fleurs dans un herbier, ces vestiges rudimentaires du cœur de l'homme et de ses orages.

« Il serait singulier, » a dit l'austère et tendre Lacordaire, a que le christianisme, fondé sur l'amour de Dieu et des hommes, n'aboutît qu'à la sécheresse de l'âme à l'égard de tout ce qui n'est pas Dieu... Le détachement de soi-même, loin de diminuer l'amour, l'entretient et l'augmente. Ce qui ruine l'amour, c'est l'égoïsme, ce n'est pas l'amour de Dieu ; et il n'y eut jamais sur la terre d'ardeurs plus durables, plus pures, plus tendres que celles auxquelles les saints livraient leur cœur, à la fois dépouillé d'eux-mêmes et rempli de Dieu ^))

1 . Lacordaike , Lettres à des jeunes gens. Toulouse. 9 novembre 1852.

Mais les orages du cœur comme les orages de la vie ont un terme qui est la mort, cette mort qui délivre de tout, qui couronne tout et quelquefois explique tout. Comment mouraient nos religieuses anglo-saxonnes? Autant que nous pouvons le savoir, elles mouraient heureuses et même joyeuses, sans démentir ou abdiquer les tendres affections qui La .m.ri

^ ^ ne

avaient adté leur cœur ou animé leur vie. On semeiipasuuiermc

<-' aux

tromperait fort en croyant qu'elles fussent les seu- amitiés

aux

nitié

du cloître.

les ou les premières, parmi les religieuses d'autrefois, à entretenir jusqu'à leur dernier jour ces belles et saintes amitiés. Saint Grégoire le Grand nous a conservé le souvenir de cette noble Romaine, Galla, fdle du patrice Symmaque, qui, devenue reli- ^^^^^^^ gieuse dans un monastère près de la basilique de Saint-Pierre, et atteinte d'une maladie mortelle, eut une vision trois jours avant sa mort. Le prince des apôtres lui apparut en songe et lui annonça que ses péchés étaient pardonnes. Elle ne se contenta pas de cette grâce suprême : elle osa de plus demander à son saint protecteur qu'une religieuse, sœur Benedicta, celle qu'elle aimait le plus

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dans toute la communauté, pût mourir avec elle ! L'apôtre lui répondit que cette amie ne mourrait pas en même temps qu'elle, mais la suivrait au bout de trente jours. Dès le matin, Galla annonça à sa supérieure ce qu'elle avait vu et entendu , et tout se passa comme elle l'avait prédit. Les deux amies, au bout d'un mois, furent réunies par la mort \ Hiida La grande abbesse Hilda, dont nous avons tant

et

son amie, parlé, qui fut pendant trente ans la lumière et l'oracle de la Northumbrie, avait aussi dans sa communauté une religieuse préférée, ou du moins qui l'aimait, dit le vénérable Bede, d'un immense amour. Cette religieuse n'eut pas le bonheur de mourir en même temps que son amie. Mais lorsque la sainte abbesse, dévorée depuis sept ans par une fièvre cruelle qui n'interrompit pas un seul jour l'exercice de sa maternité spirituelle, fut arrivée au terme de son épreuve; lorsqu'elle eut rendu le dernier soupir au milieu de ses filles réunies pour entendre sa dernière exhortation à garder la paix de l'Evangile entre elles et avec tous les hommes, l'amie qui était en ce moment retenue au noviciat, situé dans un coin fort éloigné du domaine monastique.

1. Gothorum temporibus, hujus urbis nobilissima puella... Ex amore sumens audaciara. . . quia quamdam sanctimonialem feminain in eodem monasterio prœ ceeteris diligebat... subjunxit : Rogo ut soror Benedicta mecum veniat. Gui ille respondit : Non, sed illa talis veniat tecum : hœc vero, quam petis, die erit trigesimo secutura. S. Gregor., Dial., l. IV, ap. Brev. Roman, off. propr. Cler, Hom. die 5 Oct.

eut la consolation de voir en songe l'âme de Hilda conduite au ciel par un cortège resplendissant d'anges ^

Ldeta morlem vidit : elle vit la mort avec bonheur ! Ces paroles de Bede sur sainte Hilda semblent pouvoir s'appliquer à toutes les saintes et même à toutes les religieuses dont il nous a gardé le souvenir. Il y en eut une à Barking, qui, après fiheiburga avoir été longtemps l'humble et zélée coadjutrice de son amie. la première abbesse, Ethelburga, fut avertie de la mort de cette abbesse, qui était en même temps son amie., par une vision nocturne où elle vit sa chère Ethelburga enveloppée d'un linceul plus éclatant que le soleil, et enlevée au ciel par des chaînes d'or qui représentaient ses bonnes œuvres. Privée de sa mère spirituelle, elle vécut encore pendant neuf ans en proie aux plus cruelles infirmités, afin, dit Bede, que la fournaise de cette tribulation quotidienne pût consumer tout ce qu'il pouvait rester de souillure parmi tant de vertus. Elle avait fini par être paralysée de tous les membres et même de la

1. In quo toto tempore nunquam... commissum sibi gregem et publiée et privatim docere prpctermittebat... Septimo infirmitatis anno... circa galli cantum, percepto viatico sacrosanctro commimionis, cum accersitis aricillis Ghristi... de servanda eas invicem, immo cum omnilms pace evangelica admoneret : inter verba exhortationis laita mortem vidit... Nunciavit matrem illarum omnium Hild abbatissam... se aspectante cum luce immensa ducibus angelis ad seternœ lumina lucis... ascendisse... Ferunt quod eadera nocto... cuidam virginum Deo devotarum quce illam iinmenso amore diligebat, obitus illius in visione apparuerit. Bede, lY, 23.

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langue. Trois jours avant sa mort elle retrouva la vue et la parole : on l'entendit échanger quelques mots avec un visiteur invisible : c'était sa très-chère Ethelburga qui venait lui annoncer sa délivrance. a Je puis à peine supporter cette joie, » disait la malade, et dès la nuit suivante, affranchie à la fois des liens de la chair et de la maladie, elle entra dans la joie éternelle \ Les On montre encore dans la belle église de Bever-

lilles du comte ^ i i • i i

à ley un monument sépulcral qui se nomme la tombe

Beveiley. , n i i n^^ 11

des vierges ; c est celle des deux ni les d un comte, bienfaiteur de la grande abbaye de Saint-Jean, où elles avaient pris le voile. En la nuit de Noël, selon la légende, elles sortirent les dernières de la messe de minuit et ne reparurent plus dans leurs stalles. Après l'office de la nuit suivante, l'abbesse, inquiète de leur absence, alla les chercher et les trouva endormies dans les bras l'une de l'autre. Réveillées, elles dirent qu'elles pensaient n'avoir dormi qu'une heure, en rêvant du paradis. Elles redescendirent au chœur et là, agenouillées devant l'abbesse, après

1. Christi famula Torchtgyd... adjutrix disciplinse regularis eidem matri, minores docendo vel castigando curabat... Vidit quasi corpus hominis, quod esset sole clarius, sindone involutum in sublime forri. .. quasi funibus auro clarioribus... Per annos novem pia Redemptoris nostri provisione fatigata, ut quicquid in ea vilii sordidantis intcr virtutesper ignorantiam vel incuriam resedisset, totum boc cominus diutine tribulationis excoqueret... Nequaquam hœc lœta ferre queo... Interrogata cum quo loqueretur : Cum carissima, inquit, viatre mea MdUberge...^(AvXd, carnis simul et infirmitatis vinculis, ad seternse gaudia salutis intravit. Bede, IV, 9.

avoir demandé et reçu sa bénédiction, elles moururent en s'embrassant ^

L'un des plus célèbres païens de notre siècle, Goethe, est mort en demandant de la lumière. Plus de lumière ! ce furent, dit-on, ses dernières paroles. On se les rappelle involontairement en lisant le récit des morts heureuses et joyeuses, douces et lumineuses de ces vierges, qui préparaient, au fond de leurs cloîtres aujourd'hui oubliés ou méprisés, la conversion de la patrie de Gœthe. C'est avant tout la lumière, mais une lumière céleste et surnaturelle, qui inonde leurs lits de mort et leurs tombes.

Le privilège de ces visions lumineuses et de ces douces morts semble avoir été accordé à nos Anglo- Saxonnes, et non-seulement à celles qui mouraient sur le sol natal, mais aussi à celles qui avaient passé leur vie dans les cloîtres étrangers.

A Faremoutier en France, la fille d'un roi de Kent, Earcongotha, dont nous avons déjà parlée avait édifié tous les habitants par les prodiges de sa vertu. Avertie de sa fin prochaine, elle alla dans l'infirmerie du monastère solliciter de cellule en cellule les prières des religieuses malades. Elle

1. Le comte Puch, père de ces deux sœurs, est celui dont il est question dans Bede (V, 4), où on raconte la g uérison miraculeuse de sa femme par saint Jean de Ceverley. Une de ses filles s'appelait Yolfrida : Thistoire constate qu'elle fut religieuse à Beverley et y mourut en 742. Puch dédit cum filia manerium de Walkinglon, Puch avait son manoir à South-Burton, à deux milles de Beverley Dugdale, Monasticon, I, 170; Mabillon, ^c/. SS. 0. S. li., t. Ill, p. 415.

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