‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 18 sur 110 · CHAPITRE lY · texte numérisé non relu

CHAPITRE lY

Le vénérable Bede.

Toute cette époque se résume dans le vénérable Bedo. — Ses travaux. — Caractère encyclopédique de son génie. — Ses écrits théologiques et scientifiques ; son amour pour les classiques païens. — Son Histoire des Anglais. — Ses précautions scrupuleuses pour démontrer sa véracité. — Son âme. — I/amour de la vertu et de la vérité ressort de tous ses récits. — Il est le type des belles vies qu'il raconte. — Sa vie s'écoule tout entière dans le cloître de Yarrow. — Épargné tout jeune par la peste qui enlève toute la communauté, excepté lui et son abbé.

— Ses maîtres divers ; son assiduité au travail. — Ses v;istes relations. — Son amitié avec lévèque Acca. — Ses travaux sur l'Écriture sainte. — Sa lettre célèbre à Tévêque Egbert d'York sur les abus du gouvernement ecclésiastique et de la vie monastique.— Sa rude franchise ne diminue en rien son autorité.

— Il est accusé d'hérésie dans les chansons à boire. — Son intimité avec les moines de Lindisfarne. — Récit de sa mort par un témoin oculaire. — Son culte et ses reliques. — Contraste du pays qu'il habitait avec l'état actuel de la ^'orthumbrie.

0 vcncrablo P.ede !

The saint, Ihe scholar, IVom a circle freod or loil stupendons, in a liallowed seat Of learning, Avliere thon lieaidst the billows beat On a wild coast, rougli monitors to feed l'erpetual industry. Sublime Recluse!

Tlie recréant sou!, that dares to sliun tlie debt Imposed on hiunan Idnd, must first f'or-el Thy diligence, thy unrelaxing use OC a long lil'e; and in the Iiolu^ of deatli The last 'tear service of thy passing brealh.

Wonn^wor.TFi.

La période que nous venons de rnconler se couronne par une de ces grandes figures qui surnagent dans l'océan des Tiges et qui triomphent de l'oubli comme du mépris systématique des générations

Irivoles. Le nom de Bcde, après avoir été I'uti des plus grands el des plus populaires de la chrélienlé, demeure invesli d'une ineffaçable notoriété. Jl esl le type de la vie studieuse et savante qui, aux yeux de pluvsieurs, résume toute la mission des moines. Il a élé l'homme le plus instruit, le plus grand personnage intellectuel de son pays et de son siècle ; mais il est bien plus encore, aux yeux de ceux qui l'ont eu pour guide et pour maître, dans une tache laborieuse el confuse. Quand on a passé plusieurs années presque entièrement en sa compagnie, on le vénère comme un saint, on l'aime comme un ami, et, sans absoudre ses préjugés et ses partialités patriotiques, on s'incline devant son caractère encore phis que devant sa gloire.

Parlons donc de ses travaux, de son ame, de sa vie. s^s De ses travaux d'abord, qui ont fait de lui la

merveille et l'honneur de son époque, en même temps qu'un père et un docteur de l'Eglise. Cet Anglo-Saxon, né à l'extrémité du monde chrétien, et d'une race qui, un demi-siècle avant sa naissance, était encore plongée dans les ténèbres de Pidolatrie, se montre tout à coup investi de la plénitude des lumières de son temps. Grâce à l'infatigable activité de son esprit et à runiverselle extension de ses recherches, sa renommée devient européenne et se prolonge à travers tout le moyen âge. De son vivant, et pendant de longs siècles après sn mort, ce n'était pns seulement !e grand historien qu'on

travaux

son ifenio.

LK VÉ.NÉRABLE BKUE. Cl

admirail , coiiinic nous radniiroiis iions-nièmes ; c'était cMU'orc el surlout le matlre qui embrasse dans sa vaste érudition tout ce qu'on étudiait et tout ce qu'on savait alors dans le monde. Le caractère caiacièrc

, . -Il oncvclopédique

encyclapedique de son génie est ce ({ui a Je plus de

émerveillé ses contemporains , et ne laisse pas d'exciter encore la surprise des nôtres.

Il fut pour l'Angleterre ce qu'avait élé Cassiodore pourl'ltalie ou saint Isidore pour l'Espagne. Mais il eut de plus que ces deux précurseurs une action et un retentissement en dehors de son pays que personne n'a peut-être surpassés : son influence sur toute la chrétienté fut aussi prompte qu'étendue, et ses ouvrages, qui remplirent bientôt toutes les bihliolhèqucs monastiques de l'Occident, la tirent durer jusqu'à la Renaissance. 11 écrivait à volonté en prose et en vers, en anglo-saxon et en latin ; et [)lusieurs de ses écrits prouvent qu'il savait le grec ^ La plupart de ses (ravaux avaient pour objet la théo- scs logie et les études qui en dépendent. Dans la liste, rédigée par lui-même trois ans avant sa mort, des (juarante-cinq ouvrages qu'il avait composés jusquelà, il énumère en première ligne ses commentaires et ses homélies sur l'Ecriture sainte, tirés

1 La Liaduclion qu'il avait faite du yT'.c eu latiu. de l'évangile de saint Jeau, est malheureusement perdue. Giles, JÀfe of Bede, p. Ij Dans ses Eludes germaniques, t. U , Ozanam cilc un mémoire de M. lU'uan, couronné, mais inédit; ({v\\ prouve que l'étude du grec se perpétua chez les moines anglo-saxons loiigteuips après son introduction par l'archevêque grec Théodore.

écriJs thcoloj^iqiies

62 LE VÉNÉUAULE BEDE.

surtout des anciens Pères, de façon à résumer pour l'usage de ses compatriotes et de tous les chrétiens toute la doctrine traditionnelle de l'Eglise. Ces études bibliques l'occupèrent pendant tonte sa vie; il professait une prédilection marquée pour cette source de la connaissance humaine qui rem])ortait à ses yeux sur toutes les autres, autant par son antiquité que par son origine divine et son utihté morale \ Il s'y plongea avec une ardeur si persévérante et si intelligente, qu'elle lui valut d'être regardé par le plus illustre de ses compatriotes, saint Boniface, comme le plus sagace des investigateurs de l'Ecriture sainte \ Dans son Martyrologe, ses sommaires historiques et ses biographies de saints, il ajoutait la démonstration du gouvernement de Dieu par les faits et les hommes à l'exposition théorique des enseignements de la foi.

cl Mais, loin de se borner à la théologie, il écrivit avec

soicnliliques. , , . i ^ ' i • i i

succès sur 1 astronomie et la météorologie, la physique et la musique, la philosophie et la géographie, l'arithmétique et la rhétorique, la grammaire et la versification, sans omettre la médecine et sans dédaigner de descendre jusqu'à l'orthographe et h la numération. Tous ces traités ont presque toujours

1. Saiicta Scriptura cœteris omnibus scriptuiis, non solum auctoiitate, quia divina ; vcl utilitate, quia ad vitani ducit rcternam; sed et antiquitate et ipsa prœeminet. De schemalibus Scriptiirœ, ap. Acr. SS. 0. S. B.,t. III, p. 506.

2. Sagacissimi invcstigatoris Scripturarum monachi B 'dic. S. Bom- FAcii Epist. ad Hnetbertnm abbatem.

L1-: VEAKUAbLE BEDK. <')5

la loiiiic d'abrégés ou de calécliismes adaptés à l'éducalioii de ses disciples monastiques. H pénétrait ainsi, d'un pas hardi et infatigable, dans toutes les voies ouvertes alors à l'esprit humain, avec une pei'spicacité et une étendue de vues vraiment surprenantes pour l'époque et les circonstances où il vivait. Jl mérite par là le beau nom de père de la science anglaise que lui a décerné le plus grand des Anglais niodernes ^ Ses traités scientifiques de Rerimi natiira et de Temporum ratione donnent un premiei' essai de chronologie universelle, puis résument avec méthode et précision les connaissances physiques et astronomiques qui avaient survécu chez nos aïeux à la misérable décadence de l'empire l'omain. De bons juges ont même reconnu qu'il y avait recueilli plus de vérités naturelles et moins d'erreurs qu'il ne s'en trouve dans aucun des livres romains sur des sujets analogues \ Là comme ailleurs notre docte Anglo-Saxon invoque avec une respectueuse confiance l'autorité d'Aristote , d'Hippocrate et de l*line. Comme tous les savants et tous les écrivains des Ages chrétiens, il montre une certaine complaisance à étaler sa familiarité avec les auteurs classiques. Il nous a laissé, ou du moins on lui

Son

amour

des

classiques

païens

1. Falher of English learning. C'est la qualitication que lui douiie Durke, Essay on English history, p. 229.

2. Shaiion Touxek, Uistory of llte Anglo-Saxons, t. TU, p. 405. Sclou cet auteur, cette seule œuvre de Bede suffit pour démontrer que l'invasion des nations teutoniques dans l'empire romain n'a nullement substitué la barbarie à la science.

attribue des collections de sentences lirées de Platon, de Sénèque et surtout de Cicéron, dont il était l'admirateur enthousiaste. 11 cite souvent Ovide et Lucain, Staceet même Lucrèce, plus souvent encore Virgile, dont il insère des centons jusque dans les récits des miracles de ses saints northumbriens ^ 11 a même cherché à l'imiter dans une fort gracieuse églogue sur le retour du printempsMl offre ainsi, dès le huitième siècle, le type de ce rôle de scholaï\ c'eslà-dire d'homme ferré à glace sur l'antiquité classique, que les Anglais d'aujourd'hui prisent encore si baut et que recherchent cliez eux les princes de l'éloquence politique^, non moins que les chefs de l'épiscopat. On ne voit nulle })art que sa familiarité avec ces illustres })aïens nit affaibli chez lui le sens chrétien, pas plus que l'esprit monastique; et rien dans sa \ie ne dément la touchante prière par laquelle il termine l'énumération de ses travaux

1. C'est ainsi que, en racontant la ^;iiérison d'un déirioniaque auprès de la tombe du saint roi Oswald à Bardency, il ( mploie le vers

si connu :

Coiiticucrc omnes, intentiquc oi a tenebant.

L'illustre Newman a très-bien établi (ju'il était absurde de supposer, comme Milman, le savant doyen anj^lican de Saint-Paul, que Bede et les autres docteurs monastiques ne connaissaient [antiquité classique que par des extraits ou des fragments isolés et venus de seconde main. Cette supposition est démentie par tous les moniunents du temps ainsi que par la nature même de Tesprit et des études monastiques. Atlantis, 1859, n. 3, p. 51 .

2. Ciiciilus, sive Vcris et Hiemis confliclus, t. I, p. 55, éd. Giles. Cf.

p. CLX.IX.

5. M. Gladstone, commentateur dllomère ; lord Derby, traducteur d'Horace.

LK YEN EH ai; LE BEDE. i\h

lillriaircs. (( 0 bon Jésus, (jui avez Haigiié nrabrcuvei" des ondes suaves de la science, accoidez-inoi surloul d'atteindre nn jour jusqu'à vous, (|ui êtes la source de tonte sagesse, et de ne jamais })erdie de vue votre divine présence \ »

Cette pensée de Dieu, de l'àine, du saint éternel, qui présidait à tous les travaux de cette vie laborieuse et de cette virile intelligence, se retrouve en lète de la grande œuvre qui lui vaut encore aujourd'iuii l'attention et la reconnaissance des amis de la vérité. « Je conjure, » dit- il dans le préambule, « tous ceux de notre nation qui liront ou entendront lire cette histoire de recommander souvent a la clémence divine les intirmités de mon àme et de mon corps. Que chacun dans sa province, en voyant le soin que j'ai mis à noter tout ce qu'il y a de mémorable et d'agréable aux habitants de chaque contrée, me paye de retour en priant pour moi.» — c( Cher bon père, » écrit-il en envoyant le premier exc^niplaire de son histoire à l'ami qui lui en avait inspiré la pensée, « ami si aimé dans le Christ, souvenezvous, je vous en supplie, de ma fragilité, vous et tous les serviteurs du Christ qui vivent avec vous ; souvenez-vous d'intercéder toujours pour moi auprès du juge miséricordieux et faites prier de même ])ar ceux à qui vous ferez lire mon humble travail^ »

I . Te(iue doprocor, buiic Josii, ut cui [jrupitius duiiasti veilja Uuv :>cioiili:r dulciter haiirire, doiie^; etiaui beiiiyims, aliquaiidu ad te foii- Iciii omiiis sapienliœ perveiiire et api)arei c seii>[)oi' anlo faciciu tuaiir.

'1. Omiies... iioslrte natioiiislegentes ^ive audientes;, suppliciter prc- MoiiNiis note. V. 5

Hisloiie

des Anglais.

Cet liuinbJc travail, cet opuscule^ comme dit le grand et modeste écrivain, n'est autre chose que la fameuse « Histoire ecclésiastique de la nation des Anglais, » qui a fait de Bede non-seulement le père de Thistoire anglaise, mais le véritable fondateur de l'histoire du moyen âge. Les juges les plus compétents ont reconnu en lui un chroniqueur aussi méthodique que bien renseigné, un critique habile et pénétrant, investi, par la précision rigoureuse de son langage comme par la scrupuleuse exactitude de son récit, du droit de faire compter et peser son témoignage, même sur des faits dont il n'a pas été le contemporaine Tout ce qu'il raconte d'ailleurs, sans l'avoir vu ou entendu de lui-même, n'est rapporté que d'après l'autorité des contemporains, toujours consciencieusement cités et soigneusement désignés ou qualifiés par lui . « J'ai consulté, » dit-il, c( particulièrement pour ce qui touche la Northumbrie, des témoignages innombrables, en dehors de ce que j'ai pu connaître par moi-même. . . Mais je prie humblement mon lecteur, s'il trouve quoi que ce

cor lU pro meis infinnilatibus et mentis et cori)oris... sîcpius interveiiire iiieminerint : et in suis quique provinciis hanc mihi remuneiationis vicem rependant, ut qui de singulis provinciis... qu;e niemoraiu di^na atque incolis grafa crcdiderani diiigentcr adnotarecuravi... Ilisl. eccles.,prœfatlo gloriosissimo regiCeoluulfo. — Semper amantissime in Ciirislopa'er optime,... te supplex obsecro ul pro mca fragilitate cuni iiis qui tccuni sunt, apud pium judiceni scdulus inlcrcedeie niemineris ; sed et eos ad quos cadem nostra opuscula pervenire feceris, hoc idem faccrc monueris. Epist. ad Albinum abbat., Op. minora, p. 229.

i. Lappfni;i:i!G, Oza.wm. Vaiun.

LK VK.M'UAlîLl': BEDK. 07

soil dans ce que j'ai écrit qui s'éloigne de la vérité, de ne pas m'en faire un crime, car, selon la véritable loi de l'histoire, j'ai sincèrement travaillé à mettre par écrit, pour l'instruction de la postérité, ce que j'ai pu recueillir de la renommée commune \ » On remarque surtout la rare prudence dont il use en racontant les miracles qui occupent une place si démesurée dans les annales , ou pour mieux dire dans les habitudes et les exigences de son temps. Il n'en cite pas un seul d'après son témoignage personnel, mais toujours en nommant les personnes dont il tient ses récits et en constatant s'ils lui viennent de seconde ou de troisième main-. Aussi le lecteur le plus sceptique ne saurait-il feuilleter les pages de Bede sans demeurer convaincu de sa sincérité en même temps que de son discernement historique; tandis que le chrétien, avide de connaître et d'admirei' les œuvres de Dieu dans l'histoire des âmes, encore plus que dans l'histoire des peuples, n'aura jamais assez de reconnaissance pour l'infatigable ouvrier qui nous a dotés de

1 . Si qua in his qme scripsimus aliter quani se veritas liabet po^ita lepcrorit, non liocnobis imputet qui, quod vcra lex historitc est, simplicitcr ca quœ fama vulgante collegimus ad instructionem posleritatis litteris mandare studuimus. Prxfatio.

2. On ne trouve pas un seul miracle dans la biographie des cinq premiers abbés de son propre monastère, qu'il avait tous personnellement connus, tandis qu'il en fourmille dans son récit de la vie de saint Culbbert, qu'il ne tenait que des moines de Lindisfarne. C'est la remarque du sage et pieux Lingard. Anglo-Saxon Clmrch., II. 102, 105.

Sun à nie.

08 LK VElNERABLE BEDE.

ce livre îsiins rival parmi les œuvres liisloriques du ehrislianisme el qui a donné à l'Angleterre, à la race hislorique par excellence, le plus beau monument d'hisfoire nationale qu'aucun peuple moderne ait encore reçu de ses pères \

Cet historien des âmes nous lait connaître la sienne : car, qui ne reconnaît, à la façon dont un homme raconte les épreuves de la vertu et de la vérité ici-bas, ce qu'il saurait lui-même faire ou souffrir pour elles? Or cette âme, qui se trahit à travers ses récits, est assurément une âme sainte et une âme charmante. Ce n'est pas seulement dans les beaux récits de ces dévouements sans cesse re-

I. Tous ceux qui oui en à iimnier los historiens du moyen âge el tjui tiennent à ne pas perdre leur temps et leurs yeux savent que! est le prix inestimable d'une ^o««e édition, portative et commode. Ils nous sauront gré de leur indiquer, parmiles nombreuses éditions du Vénérable Bede, celle publiée à Oxford en 1846 par Robert Hussev, bachelier en théologie et professeur d'histoire. Elle contient en un seul volume toute r^/s/ma ecclesiastica gentis Angloniîii, avec la vie 'les abbés de Wearmouth et de Yarrow, et la lettre de Bede à l'archevêque Egbert. Elle contient toutes les variantes essentielles et les notes de la grande édition de Smith (1722) rectifiées et complétées avec une clarté et une sobriété exemplaires par l'éditeur. S'il avait joint à son volume la vie de saint Cuthbert par Bede, la lettre de l'autre abbé Cuthbert sur la moit du Vénérable, et une carte, cette excellente publication ne laisserait rien à désirer.

La justice nous fait un devoir de nommer ici, à côté de Bede, un écrivain de notre tenqjs, M. W. B. Maccabe,qui, dans son Histoire catholique d'Angleterre (London, 18i7-49, 2 vol. in-8» , s'est attaché à reproduire fidèlement les récits de Bede et des autres historieus anciens, et, en traçant un tableau fidèle et détaillé des trois premiers siècles de l'histoire d'Angleterre, a mérité la gratitude de ceux qui lieunentà comiaître la vérité, sans pouvoir aborder directement aux sources.

lE VÉNÉRA P.LK BEDE. 00

naissants e( de toutes ees merveilles dont l'homme l'égénéré par la foi devient capable ; c'est dans la personne de Bede lui-même qu'il faut étudier un type accompli de cette humilité, de cette sérénité, de cette généreuse ferveur qui lui ont lait décerner par la chrétienté entière le surnom de Vénérable.

Les vertus chrétiennes s'unissaient tout naturellement chez lui à cette soif de la science, à cet amour impérieux de l'étude, à cette ardeur vivifiante du travail, à ce noble souci des choses divines et humaines qui font de notre moine historien un personnage si intéressant dans l'histoire de l'esprit humain. Un écrivain estimé ^ lui reproche d'avoir été plus liomain qu'Anglais. Je tiens ce re])roche pour parfaitement mal fondé. On ne trouve chez lui aucune trace du moindre sacrifice imposé au patriotisme ])ar l'orthodoxie. 11 a certainement préféré l'esprit romain à l'esprit celtique; mais ce ne sont pas ses prédilections romaines, c'est son patriotisme anglo-saxon qui lui a dicté certains jugements inspirés par une partialité toute nationale contre les Bretons vaincus dans l'ordre spirituel comme dans l'ordre temporel. Il a eu, comme tous les hommes, ses préférences, ses faiblesses, ses aveuglements, mais jamais il n'a sciemment déguisé, mutilé ou trahi la vérité ; il l'a servie et aimée de son mieux, il a également servi et aimé la justice, et, comme l'a très-bien dit

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