‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 22 sur 110 · Bede le qualifie de vir per omnia doctissmus · texte numérisé non relu

Bede le qualifie de vir per omnia doctissmus

'1. Per.>crnlato sanctro Ecclesia^ l«omana^ scrinio.. Pro!o(/.

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(linic'iillé des communications el aux guerres inteslines qui ravageaienl l'Angieterre.

En dehors de sa grande œuvre historique, sa correspondance nous fournit la preuve des nombreuses visites qu'il faisait et qu'il recevait à l'occasion de ses études et de ses écrits. Rien ne démontre, comme on Ta cru longtemps^, qu'il ait été à îlome, où commençaient à affluer de son temps tant de religieux et de princes anglo-saxons. On sait seulement qu'il fut en relations habituelles avec le roi des Northumbriens, à qui il dédia son histoire d'Angleterre, et avec le roi de Kent, à qui il adressa une lettre sur la célébration de la Pâque. Parmi les évéques de son temps, son plus intime ami fut Acca, le compagnon et le successeur de Wilfrid à He\ham\ Ce prélat, savant et magnifique, prenait un intérêt passionné aux lettres et aux arts. Aux grands travaux dont il avait orné l'église abbatiale construite par son maître à llexham, il ajouta une bibliothèque, très-vaste el Irèsnoble, au jugement de Bede, et dont celui-ci sut certainement tirer bon parti. Ils étaient en communication intime et constante. Bede dédia plusieurs de ses ouvrages en prose et en vers au successeur de Wilfrid. Acca, qui aimait, comme Bede, à citer les

i. D'après une lettre du pape Serge, donnée par Guillaume de Malmsbury, mais qui ne s'appliquait pas à notre Bede, selon Mabillon (AcT. SS. 0. S. B., t. Iir. p. 509i, et Lingard [Aiitiquities. t. II, p. 410, 415).

•2. Voir au tome IV, p. 540 et 5G0.

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classiques païens el qui ne reculait pas plus que saini Tirégoire le Grand devant les jeux de mois, insistait pour que son laborieux ami, dont il avait déjà obtenu un commentaire sur l'évangile de saint Marc, y ajoutât un commentaire sur saint Luc ^ La correspondance de ces deux moines anglo-saxons, sans faire tort à leur esprit, fait surtout honneur à leur cœur, et montre à quel point la ju'ière et l'étude développaient, dans les cloîtres northumbriens, les sentiments affectueux et les tendresses de l'intimité. Bede y prodii^ue les assurances de son amitié à celui qu'il appelle le plus aimé et le plus désiré de tous les évéques du monde ^ Il s'y montre dominé et inspiré, comme il le dit lui-même, par cette confiante et mutuel h^ (endresse, qui croit tout et espère tout du cœur qu'on aime^ Mais on y découvre encore les purs et nobles motifs qui le guidaient dans ses études et ses commentaires sur l'Ecriture sainte, qui ont tenu la plus grande place dans sa vie et qui ont tant contribué à grand ii" son influence sur la chrétienté. Là et ailleurs on voit quelle pieuse et patriotique sollicitude l'animait à

1. Beatum Liuam luculento sermone exponr..., t. 1, p. cliii, éd. Giles. Voir d'autres textes, ap. Pai\E. The Priori/ of Hexham, p. \xxii. â5, 54.

2. Dilectissime ^c desideralissiine omnium qui in terris mornniur (inthtitmn. — Et ailleurs: Bene vale semper, amantissime autistes, iiostrimemor in Domino... Domino beatissimo et omnium desidera-

. tissimo.Acca} episcopo Beda humilis presbyter...

5. N'on ha^e certe alia quam iudulntala mutui fiducia facit amoris, qiipede amico pectore onmia duntaxat qua^ (ieri possunt. crédit, omnia sperat. P. 17!>. vi\ Giles.

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coinbalde l'i^^iioiancc cl la licdciir des iioiivcaiix ca- {lioli(iiies d'Anglelerr(3, en leur facililaiiL surloiil la lecdire et rinlelligcnce de la Hible*. Mettre à la portée de tous les explications les plus ap})i*ouvées des endroits obscurs ; recherchei* avec un soin scrupuleux le sens mystique et l'utilité spirituelle des récits bibliques; approfondir et simplifier à la fois cette étude des textes sacrés, si chère et si nécessaire à la vraie pié(é ; y puiser les leçons et surtout les consolations qu'indique l'apôtre saint Paul, et dont on a tant besoin dans les cuisantes angoisses de cette sombre vie et pendant les délais trop prolongés delà justice divine^; répondre ainsi à la préoccupation constante des grands religieux qui furent les apôtres de l'Anglelerre et des autres nations anciennes : telle fut la lîklie de notre Bede. 11 s'y livra avec une ardeur qui ne se démentit jamais ; avec une persévérance qui consumait ses nuits et ses jours; avec une modestie louchante et sincère ; avec des précautions délicates contre le danger de passer pour plagiaire^ ; avec un

1. NosU'io, id est Aiiyloruiii gentis, iiiertiie coiisuleiiduiii jadis. Epist.ad Eusebium, p. 195, éd. Giles.

2. Voir surtout Epistola ad Accamde Temp'o Salonionis, p. 171. rd. Giles.

5. Sollicitus per oinnia ne ninjorum dicta furari, et luec quasi mea propi-ia compoiiere.. Qui in legis divina) jneditatione etsi non (ut ipse scripsisti) dies noctescjUB pervigilcs ducere sufliciu... operis iiiiniensilate perterrilus et obstrepentiuni causaruiii (quas tu ineliii^ iiosti; necessitate itr;vpeditus...OpuscuIuHi velocissiine quanluni tempus dederat. uo tua sacrosancta volun(as inipediretur, enieiniuluiu ineinhraiiulis indideram. .. Episl.ud Accam., p. IbO, 18i

courage qui succombait quelquefois sous rimmensilé de la tache et la multitude des obstacles, mais pour se relever plus invincible que jamais ; enfin avec une solidité et une sûreté de doctrine qui lui ont gardé jusqu'à nos jours nne place parmi les inlei'prèles les plus autorisés de la loi catholique \ Sa Un aulre évèque avec lequel notre Bede eut des

lettre

célèbre rehuions fréquentes futEgbert, évoque d'York, h'ère 1 évèque du roi des Northumbriens, et disciple de Bede luid'Vork même, lantot le prmce eveque venait voir son ancien maître à Yarrow ; tantôt Bede allait passer quelques jours dans le monastère épiscopal d'York, où il s'occupait de régler l'école qu'Egbert y avait établie, et où il retrouvait les souvenirs de Paulin, de VVilfrid et de toute cette histoire religieuse de la Northumbrie, qui sans lui serait demeurée à jamais inconnue. Tous deux passaient le temps de ces visites T5i. à étudier en commun. Un an avant sa mort, n'ayant pu se rendre à l'invitation de son ami, Bede lui adressa une très-longue lettre qui a été conservée, et qui est comme une sorte de traité sur le gouvernement spirituel et temporel de la Northumbrie'. Elle

1. (lliacun peut se faire une idée de son esprit et de son style en lisant au Bréviaire romain l'ofiice de la Toussaint et des deux jours suivants, dont plusieurs leçons sont empruntées à ses homélies </e Sancds.

-2. Memini te liesterno dixisse anno, cum tecuni aliqiiot diebus leycndi gratia in monasterio tuo demorarer, quod hoc etiam anno velies, cum in eundem devenires locum, me quoque, oh commune legendi studium, ad tuum accire colloquium.— Cette lettre est de 75i ou 755. Eirbert était monté sur le siège de ^Vilt'rid en 752,

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démontre tout d'abord la virile indépendance du jugement et du langage de Bede ; puis la grande autorité dont ce simple religieux était investi aux yeux des pontifes et des princes de son pays. Elle jette en même temps une vive et franclie lumière sur les abus fjui s'étaient déjà glissés dans l'Eglise anglo-saxonne et dans la propriété monastique.

Il commence par recommander à l'évêque l'étude et la méditation de l'Ecriture sainte, surtout desépîtres de saint Paul à Tite et à Timothée, et du Pastoral de saint Grégoire; ensuite il l'exhorte à éviter les conversations oiseuses ou médisantes et la mauvaise compagnie: « car, wajoute-t-il, « il y a certains évéques qui, au lieu de s'entourer de gens religieux et continents, ne se font accompagner que de bouffons et d'ivrognes, plus occupés à remplir leur ventre qu'à nourrir et à sanctifier leur àme^ »

Puis il continue : « Votre diocèse est trop grand pour que vous puissiez en visiter tous les hameaux et tous les recoins, chaque année. Il vous faut donc établir, pour coadjuteur dans chaque village, des prêtres pour y prêcher la parole de Dieu, y célébrer les saints mystères, et poiu^ y baptiser. Avant tout, il faut que ces prêtres fassent apprendre par cœur à

1. Quod non ita loqiior, quasi te aliter lacère sciam, sed quia de quil.usdam episcopis fauia vulgatum est, quod...nullos secum alicujus rcligionis aut contiiientiœ viros Iiabeant, sed potius illos (pii risui , jocis, fabulis, comessationibus et ebrietatibus... subigantur, et maf^'^is quolidie ventrem dapibus quam mentem sacriliciis cœiestibus pascant.

contre

k's abus

du

j^ouveineiiiejil

ecclésiasliquc;

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tous vos diocésains le Symbole des apôlres et l'Oraison dominicale: ceux qui ne savent pas le latin doivent pouvoir réciter et chanter le Pater et le Credo dans leur langue ; et je dis cela non-seulement pour les laïques, mais encore pour les clercs et les moines qui n'entendent pas le latin. C'est précisément à l'usage de ces prêtres ignorants que j'ai traduit en anglais le Symbole et \e Pater. En excitant par cette prière fréquente et en commun le peuple de Dieu à coni- })rendre, aimer, espérer et rechercher les dons célestes, votre sollicitude paternelle obtiendia i]u Pasteur des pasteurs une récompense d'autant plus belle qu'elle est rarement méritée par les évêques de notre nation ^ » Bede conjure son ami de ne rien négliger pour donnei- à la population laïque des pasteurs capables de leur enseigner la doctrine du salut, la haine des péchés odieux au Seigneur et la pratique des bonnes œuvres; puis d'insister sur la comnmnion fréquente et même quotidienne, conformément à l'usage de TEglise en Italie, en Gaule, en Afrique, en Grèce et dans tout l'Orient, a Chez nous, » dit Bede, a grâce à l'incurie des pasteurs,

I. lit quia latiora siiiit spatia...quaiu ut solus per oinnia discurreic ctiu singulis viculis atqiie agellis verbum Dei priedicare... suMicias;... uecessarium est lU plures tibi sacri ordinis adjutores adsciscas... Idiolas, id est, eos cpii proprite taiituni linguio notitiani liabeiit, hicc il>sa sua lingua discere ac sed du docanlare facito... l'ropter quotl cl ipso multis saipe sacerdotibus idiolis bœc utraque... in iinguaiii Anglorum translatant obtuli. Quanlo onini raiiora hujus sacratiisiini oporis in episcopis nostrie gentis exenipla roperis, laiilo a!liora... pranuia rccipies...

lE VEAEKABLi: BEDK. SI

les laï(iiic^ les plus religieux n'osent c<»innuniier qu'à Noël, à rE[)i])lKniie el à Pâques; tandis (ju'il y a d'innombrables chrétiens, jeunes et vieux, d'une vie très-eliaste, qui jwurraient sans aucun scrupule s'approcher des saints mystères tous Jes dimanches et les jours de lèles d'apôtres et de martyrs, comme vous l'avez vous-même vu dans la sainte Eglise apostolique de l{ome\ »

Cela dit, il n'hésite pas à si<^naler au prélat un abus destiné à prendre dans toute l'Eglise des proportions lamentables : « Prenez bien garde aussi, cher évêque, au crime de ceux qui ne sont occupés qu'à retirer un lucre terrestre de leui* ministère. On dit qu'il y a beaucoup de villages de notre Nor- Ihumbrie, situés dans des montagnes ou des forêts inaccessibles, où l'on n'a jamais vu paraître un évêque pour baptiser, pour enseigner la foi et la distinction entre le bien et le mal, mais où personne n'est exempté de payer à l'évêque des redevances. Ainsi donc certains évêques, loin d'évangéliser leur troupeau gratuitement, connue le veut Notre-Seigneur, reçoivent, sans prêcher, l'argent qu'il leur a défendu de prendre même en prêchant -. »

i. Eoi'um quoque qui in populari adliuc vila cuiitiiieiitui'boiiicilaiii te iiecesse est curam gerere, ut sufficientes eis doctores vitie salutaris adliibere meuiineris... Cum sint innumeri innocentes et castissinite conversalionis pueri ac puellee, juvenes et virgines, sene:; et anus... Ipsi etiam conjugati, si quis sibi inensuram continentia: ostendat et virtutem castitatis insinuet, idem et licenter possint et libenler lacère velint.

'1. Attende (juid gravissinii sceleris... autistes dilectissinie... Audi-

MOlMiS u'occ. V. 0

H'I LK VEiNEUAilLE BEDE.

Bcdc pciisail qu'avec le eoncoiirs du bon et pieux roi Ceolwulf il serait très-l'acile à l'évêque d'York, sou |)areul el sou ami, de j^orter remède à ces uiisères, en revenant au plan de saint Grégoire le Grand, en rétablissant la métropole d'York, en subdivisant ce diocèse encore beaucoup trop étendu, malgi'é les distractions qui avaient été imposées à VVilfrid, et en lui donnant douze suff'ragants. Avec son esprit pratique et logique, notre historien indique sur-le-champ les moyens d'arriver à ce résullat, sans craindre de blesser les intérêts et de mettre à nu les infirmités de son ordre. «Je sais bien, >; dit-il, ce que, par l'incurie des anciens rois et leurs libéralités insensées, il n'est plus facile de trouver des domaines vacants pour doter de nouveaux évèchés. C'est pourquoi je pense qu'après en avoir délibéi'é dans le grand conseil et de l'avis conforme du pontife et du roi, il faudrait prendre quelque monastère déjà existant pour l'ériger en évêché. Et pour (|ue l'abbé et les moines ne soient pas tentés de s'y opposer, il faut leur permettre d'élire parmi euxmêmes le futur évèque, qui gouvernera en même

viiiius ell'aniu est, quia iiiLilt;e villi€ ac viculi iioslraî geiitis iii nioiilibiis sint iuacoessis ac sallibiis duinosispositi, ubi numquam iniillis Iranseuntibus aiiiiis sitvisus autistes. ..quorum laineniiecunusquideni a ti'ibutis antistiti reddendis esse possit inimunis... sicque lit ut episcoporuni quidam non soium gratis non evang-elizeut... — Lingard [Anglo-6aJ'on Church, t. I, p. 185) croit voir dans ce passage la première mention de la dime, dont il n'est question nulle part ailleui's dans les anivres de Bede et qui ne parait pas avoir été régulièrement établie eu Angleterre avant la tin du huitième siècle

LK VENERABLE HEDE. N5

temps le monastère et le iiouvc;iii diocèse, ou de le contre

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