‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 26 sur 110 · S. r.vuLiNus, in VU. S. Aiiiùrosit · texte numérisé non relu

S. r.vuLiNus, in VU. S. Aiiiùrosit

9ii LE VÉNÉRABLE BEDE.

c( combien de temps je resterai avec vous, ni si mon « créateur ne m'appellera pas bientôt. » La veille de la fête, aux premières lueurs du malin, il ordonna qu'on se liàtàt d'achever ce qu'on avait commencé, et nous travaillâmes jusqu'à l'heure de tierce. Alors nous allâmes à la procession avec les reliques des saints, comme la solennité l'exigeait. Mais un «rentre nous resta auprès de lui et lui dit : « Jl a manque encore un chapitre, maître bien-aimé; c( serait-ce une fatigue que de vous faire [)arler u davantage? » Bede répondit : « Je le puis encore ; c( prends ta plume, taille-la et écris promptement. » Et l'autre obéit. A l'heure de none, il envoya chercher les prêties du monastère et leur distribua de l'encens, des épices, des linges fins, qu'il gardait comme des objets de prix dans sa cassette ; puis leur lit ses adieux, suppliant chacun d'eux de dire des messes pour lui. Jl passa ainsi son dernier jour jusqu'au soir. Et le disciple dont j'ai parlé lui dit encore : « Cher maître aimé, il reste un verset qui « n'est point écrit. — Ecris-le donc promptement, » répondit-il. Et lejeune homme, ayant fini en quelques minutes, s'écria : «Maintenant c'est fini. » Et lui : « Tu c( dis vrai, c'esl fini. Prends ma tête dans tes mains et c( tourne-moi ; car j'ai beaucoup de consolation à c( me tourner vers le lieu saint où j'ai tant prié! » El, ainsi couché sur le pavé de sa cellule, il se mit à chanter une dernière fois : a Gloire au c( Père, au Eils et au Saint-Esprit, » et l'endil Tàme

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après avoir prononcé le dernier des noms divins ^ » Le sanctuaire monastique vers lequel se tournait le regard mourant de Bede subsiste encore en partie, s'il l'aut en croire des archéologues foit autorisés. Son souvenir y a survécu aux vicissitudes du temps. On y montre encore un vieux siège en bois de chêne qu'on prétend lui avoir servi. C'est la seule relique qui subsiste de ce grand saint. Car il fut saint au môme titre et au même rang que les plus illustres du calendrier anglo-saxon. Le titre de Vénérable, qui ne lui fut attribué qu'au neuvième siècle, par une sorte de consentement universel, n'impliquait nullement alors, comme aujourd'hui, un degré inférieur à celui de saint ou de bienheureux , dans la hiérarchie céleste. Comme tous les autres saints de cette époque, sans exception, il fut canonisé par la vénération populaire, tacitement approuvée par l'Eglise. Divers miracles établirent ou confirmèrent la renommée de sa sainteté; des autels furent consacrés à sa mémoire; de nombreux pèlerins vinrent à Yarrow visiter sa tombe; ses reliques, dérobées au onzième siècle,

1. Nolo ut discipuli mei incndacium legïuit. .. Totum illum cliein liilariter dictabat... Diserte cum festinatione... Adhiic magister dilectissime, capitulum uiiiun deest; videtur netibi difficile plus te interrogari? Facile est, accipe tuum calamum et tempera, et fcstinauter scribe... Curre velociler et presbytères adduc ad me.,. Quœdam pretiosa in mea capsella liabes, id est piperem, oraria et incen^ra... Accipe caput meum in manus tuas, quia umltum me delectat sedere ex adverse loco sancto meo, in (juo orare solebam... In pavimento casuhc suai decantans.

MOINES, DUCC. V. 7

1)8 LE VEINEKABLK BEDE.

coiiiiiic il arriva lanl de lois, par un prèlic qu'ciillainmaii une dévotion trop ardente, furent transportées à Durhani, pour être réunies à eelles de saint Cutlibert. Elles furent l'objet du eulte des lidèles jusqu'à la profanation générale, sous Henri VIII, lequel fit démolir sa eliàsse et jeter ses ossements sur le fumier , avee ceux de tous les autres saints apolres et martyrs de la Nortlmmbrie \

Il faut toutefois convenir que sa place dans le culte des lidèles n'est pas demeurée à la hauteur de la gloire qui s'est attachée à son nom et de la grande renommée qui, de son pays natal, se répandit promptement sur toute la chrétienté ^ Cette renommée rejaillit sur tout l'institut monastique.

1. S'il faut en croire un juge compétent, M. Jewitt [Gentleman' s Magazine, décembre 1804), le chœur de la petite église actuelle de Yarrow remonte à l'église même construite par Benoît Biscop et habitée, on peut le dire, par le Vénérable Bede. C'est la portion qui fut retrouvée, mais sans toit, par les trois moines qui vinrent en visiter les débris en 1075, selon le récit de Siméon de Durliam. Le savant archéologue croit reconnaître, dans l'appareil et dans les baies primitives de ce chœur, les caractères de l'architecture saxonne. Nous avouons qu'il nous est difficile d'admettre que cette construction, fort basse et fort chétive, représente une portion quelconque de l'édifice construit et orné avec tant de magnificence par le fondateur de Yarl'ow, et décrit avec tant d'enthousiasme par le plus illustre de ses hôtes. Quant à la tour, qui est d'une assez belle architecture normande ou romaine, elle peut fort bien dater de la restauration partielle de 1075. Une inscription, évidemment plus moderne que sa date, remémore la dédicace de l'église, le 2i avril 081, en la quinzième année du roi Egfrid et Ceolfridi abbatk ejusdem ecclesiœ. Deo auctore conditoris, anno IV.

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