Offa, arrière-petit-fils du même frère de Penda
On sait que chez les Anglo-Saxons, comme chez les Mérovingiens, c'était souvent le plus âgé ou le plus populaire des princes de la dy^ liastie souveraine qui succédait à la couronne, au détriment de l'héritier direct lequel pouvait retrouver plus tard son droit, s'il vivait assez longtemps pour que la succession fût ouverte de nouveau.
prépondérante 670-685
roi
rie Jlercie,
se fait moine
Raideney.
70i-7iG.
Etheireti, ct soii sccoiid succcsseui', le prédécesseur de Coenred sur le trône de Mercie, Etlielred, après un règne aussi long que belliqueux, louché de la grâce divine, était entré comme simple moine au monastère de Bardeney qu'il avait fondé, et l'avait gouverné dix ans comme abbé, avant de mourir de la mort des saints \
C'est ce même Ethelred que nous avons vu , d'abord l'adversaire, puis l'ami dévoué de Wilfrid-, dont il avait soutenu la cause avec toute l'autorité que pouvait lui conférer sa double qualité de souverain et de religieux.
Mais ces deux rois, dévoués à l'institut bénédictin jusqu'au point de s'y enrôler eux-mêmes pour y terminer leur vaillante existence, eurent pour successeur sur le trône de Mercie un prince d'une tout autre trempe. Ceolred, comme le jeune roi northumbrien dont on parlait tout à l'heure, ne se contenta point de méconnaître les droits et les libertés garantis aux monastères par les chartes de ses prédécesseurs ; il en arrachait les jeunes et belles vierges consacrées au Seigneur pour les prostituer à ses passions. Il mourut dans une orgie, au milieu de ses comtes, non-seulement sans se repentit', mais en invoquant le démon et en maudissant les prêtres chrétiens avec leur Evangile''. Ce fut peut-
1 . Onmipotentis benignitate visitatus fit monachus. Hexric. Hu.\ti\gd. , Hist., 1. IV, p. 557.
"2. Voir au tome précédciil. liv. XIV, cli. v, p. 545.
5. In stupratione et adultcrio iionnainim cominorans... nam Ceolredum prajdecessorem tuum stuprntorcm sanctinionialium et cccle-
Excés du roi Ceolred.
e(rc la dernièro explosion du vieux paganisme vaincu ; non pas certes que les convoitises et les mœurs païennes fussent à jamais extirpées du sein de ces races farouches, mais depuis lors on ne voit plus qu'elles aient dominé un prince anglo-saxon au point de lui faire renier publiquement l'Evangile. Après ce digne petit-fils du sauvage Penda, la royauté mercienne échut à un rejeton collatéral de la même race, à Ethelbald, connu sous le titre de Clito ou de Cliilde^ qui servait alors chez les Anglo-Saxons , comme plus tard celui d^ Infant en Espagne, à désigner les princes de la dynastie régnante. Ethelbald, poursuivi avec acharnement par Ceolred , eut une jeunesse aussi orageuse que pénible. Il ne fut pas moine, mais son histoire se rattache à celle d'un des moines les plus saints et les plus populaires du huitième siècle ^ Pendant qu'il se dérobait, avec quelques compagnons dé-
Le
Clilo Ethelbald, poursuivi
par Ceolred,
se
r/fiigie
aui)rês
du solitaire
Guthlac,
siasticorura privilegiorum fractorem splendide cum suis comitibus epulantem spiritnsmalignus invasit... sine pœuitentia et confessione, fnribundus et cuin diabolo sermocinans, et sacerdotes Dei abomiiians. . . ad tormenta inferni migravit. S. Bonifaui Epist. ad Ethelbaldum regem Mercionmn, n. 62, éd. Giles; 17, éd. Serrar.
1. Le dernier éditeur des Épîtres de saint Boniface, le très-savant et exact Philippe Jaffé, croit que le roi Ethelbald avait été dans sa jeunesse l'élève de saint Aldhelm ; il lui attribue la lettre adressée à ce saint abbé et publiée avec celles de Boniface (éd. Jaffé, ïi° b) et celles d'Aldhelm (éd. Giles, p. 100) . Mais le texte de cette lettre semble prouver qu'elle est l'œuvre d'un jeune cccU'siastique et nullement d'un prince étranger, comme l'avait été Ethelbald, à la vie claustrale. C'est trèsprobablement le même étudiant auquel Aldhelm adressait la réponse dont nous avons cité un fragment plus haut, page Ti^^ do ce volume.
118 LKS ROIS MOINES.
voilés, à la persécution de son implacable ennemi, en errant de province en province et de réduit en réduit, il apprit qu'un chef jeune et belliqueux nommé Guthlac, issu comme lui du sang des rois merciens, s'était retiré du monde pour se consacrer à l'étude et à la prière, dans un îlot entouré des marécages qui couvraient alors toute une vaste région sur les confins de la Mercie et de l'Est-Anglie. Il s'y fit conduire par un abbé du voisinage, qui connaissait les détours qu'il fallait suivre pour se reconnaître à travers les eaux noires et stagnantes, et les terres fangeuses de ces marais inaccessibles; tous deux, dans une nacelle de pêcheur, vinrent aborder à Croyland. C'était ainsi qu'on appelait la retraite aquatique où séjournait le bon et ])ieux Guthlac et où le fugitif trouva un accueil hospitalier avecun asile assuré. Il n'y resta pas toujours; quand le repos lui avait rendu quelque confiance, il sortait du refuge où Ceolred ne pouvait ou n'osaitpoint l'atteindre, pour reprendre sa vie aventureuse. Mais de nouveaiix périls le ramenaient sans cesse à Croyland, où Guthlac le recevait toujours avec la même affection et lui prodiguait, dans de longs et fréquents entretiens, les consolations spirituelles et les enseignements divers dont il devait avoir tant besoin. Il avait une celhile voisine de celle de Gulhlac, son unique ami e( son unique consolateur'. Un jour, au retour
1. In qiindani casula... Gutlilaci qui soins rofiipiiim ot con?;olalio laborum ipsiiiserat. Vifa S. G?ithl.,c. 39.
LES ROTS MOÎNES. 110
d'uno de ses courses périlleuses, où il s'éfnit trouvé séparé de tous les siens, serré de près par ses ennemis, à bout de forces et de ressources, il arriva tout exténué et désespéré pour se jeter dans les bras de son protecteur et de son ami : a Cher enfant, » lui dit alors Guthlac, « je connais toutes vos misères c< et toutes vos calamités ; j'ai suivi votre labo • c( rieuse carrière depuis que vous existez ; c'est (( pourquoi j'ai beaucoup prié Dieu pour vous, et il c< m'a exaucé. Je vous annonce en son nom que vous qui
lui prédit
c< finirez par régner sur votre pays. Vous verrez la dé- qu''i c( route de vos ennemis ; vous les vaincrez l'épée à de Merde. ce la main, vous les foulerez aux pieds et vous dece viendrez le maître de leurs biens. Sachez seulement ce attendre : la royauté vous viendra, non par la rapine ce et la violence, mais de la main de Dieu, quand cette ce main aura démoli le méchant qui règne aujourd'hui ce et qui passera comme une ombrée » A partir de ce
i. Est in mediterraneorum Anglorum partibus immensse magnitudinis sacerrima palus, nunc stagnis, nunc fiactris, interdum nigris vaporibus et laticibus, necnon crebris insularum nemoribus intervenientibus, et flexuosis rivigarum anfractibus... protenditur... Arrepta piscatoria scaphula... Cum hue illucque... in diversis nationibusjactaretur... usque ad prjefatam insulampervenit... Alio die, déficiente virium ipsius valitudine, suorumque inter dubia pericula. postquam inanitœ vires defecere, tandem ad colloquium sancti viri Gutblaci, ut assolebat, pervenit... 0 mi puer, laborum tuorum non sum oxpors, miseriarum tuarum ab exordio vitre non sum inscius... niiserfus calamitatis tnse rogavi Dominum ut subveniret tibi... Tribuet tibi dominationem gentis ture... Terga eornni videbis et gladiiis tnus vincet adversarios tuos... Vita S. Guthlaci, ouctore Ff.ucf. inonacfw ejus Pequali. ap. Acta SS. 0. S. B., sfec. III, pars 1\ ad nnn. 714.
et de solitaire.
moment, Elhelbald n'espéra plus qu'en Dieu ; il atlendit avec patience et confiance. Deux ans après, la prédiction s'accomplit : Ceolred périt dans son orgie ^ et le Clito fut aussitôt reconnu roi par tous les Merciens.
Ce qu'était L^, solitairc qui prédisait l'avenir avec tant de
Guthlac; i 1^
sa vie confiance au futur roi de Mercie était lui-même
d aventurier
issu de la dynastie qui régnait sur le plus vaste royaume de l'Heptarchie ^ Il avait passé sa jeunesse a combattre et à piller, comme tous les princes et les seigneurs de son temps. Enflammé par le souvenir des exploits de ses ancêtres, il ne rêvait que batailles et dévastations ; et, à la tête d'une bande nombreuse d'amis et de clients , il avait vaincu tous ses ennemis, saccagé mainte ville et maint château, et ramassé un immense butin. Mais ses compagnons remarquaient déjà avec surprise qu'il était assez bon pour rendre à ceux qu'il spoliait le tiers de leur dépouille. De quinze à vingtquatre ans il mena cette vie de bandit, que ses compatriotes prenaient pour une vie de héros. Mais une nuit, pendant qu'il campait avec tout son monde dans une forêt, sa pensée évoqua tout à coup devant lui les crimes, les excès et la misérable fin des rois de sa race, puis sa propre mort inévitaljle et pro-