IvEMBir, Sa.com in Kin/laiid. t. il. p
avec
l'aristocratie
anglo-saxonne
172 INFLUENCE SOCIALE ET POLITIQUE Alliance Cette aristocratic , convertie par les moines ,
intime ^ ' ^ '
de leur avait promplement et cordialement ouvert ses
l'ordre ^ ^
monastique rangs. L'histoirc n'a point conservé le souvenir d'une race qui ait adopté non-seulement les croyances, mais les préceptes et les conseils de l'Evangile, avec plus d'enthousiasme que cette haute noblesse qui composait les dynasties et les familles prépondérantes de l'Heptarchie. Jamais et nulle part on n'avait vu tant d'hommes issus de race royale ou patricienne se vouer à la fois soit à la rude discipline de la vie claustrale, soit à la pénitence anachorétique, soit aux dangers inséparables des pèlerinages et des missions dans les pays encore païens. Cette aristocratie, amoureuse des combats, de la bonne chère, de tous les plaisirs sensuels, d'une pompe et d'une magnificence proverbiale*, chez eux comme chez leurs descendants, s'est trouvée tout h coup mûre pour les plus nobles exploits de la mortilication, de l'humilité et de la chasteté évangéhque. Après ses premiers maîtres venus de l'étranger, de nouveaux apôtres sortis de son propre sein continuèrent à lui montrer la voie de la vertu chrétienne, en y marchant résolument à sa tête.
De là cette alliance entre l'aristocratie et le clergé, entre la religion et la patrie, plus caractérisée, plus intime, plus cordiale, comme on l'a déjà dit, que partout ailleurs dans le nouveau
1 . Ex pompa Anp-ium intelUpos. Gi ni.. Maimpsc. . Vila AltliieJni.. p 7
monde ^ciniaiiique cl chrétien. Les princes et les grands anglo-saxons devinrent rapidement moines , abbés , évèques ; mais ces prélats, ces religieux, sortis de la race souveraine et prépondérante, conservèrent dans leur pays et parmi leurs proches une place égale ou supérieure à celle qu'ils eussent occupée comme laïques. Ils furent sur-le-chamj) reconnus ou portés au rang des personnages les plus importants de la société anglaise. En revanche, ce rang et les fonctions qu'il comportait furent promplement convoités par des hommes qu'enflammaient souvent des passions fort différentes du feu sacré dont brûlait le cœur des Wilfrid, des Benoît Bisco]», des Guthlac etautres saints issus des plus hauts rangs de r aristocratie anglo-saxonne.
En Angleterre, comme ailleurs, et peut-être plus qu'ailleurs, cette alliance intime entre les chefs des deux sociétés spirituelle et temporelle, cette action constante etréciproque de l'une sur l'autre, enfanla des résultats longtemps chers et salutaires à l'Église comme à l'Etat. Mais là aussi, presque toujours plus utile à l'État qu'à l'Église, elle devint quelquefois compromettante et dangereuse pour celleci. Les abus devaient, comme partout, suivre inévitablement les bienfaits. Nous ne le verrons que trop tôt. Toutefois, avant de constater ces ombres, impossibles à nier ou à supprimer dans un tableau sincèrement historique, contemplons à notre aise la lumière qui les précéda.
17'. f M" I A K .\ C E SOClALi: KT [MLTKJUE
Leu iiiterveiifi'M
Ce ne l'ut cerles par aucun enipiélenieul palcul
flans ou caché, par aucune voie souterraine ou violente,
que les chefs de l'Ordre monastique montèrent au
le j:uuvonieiiieiil
1 oigai.isaiion premier rang de la nation anglo-saxonne. Ils y fu-
sociale.
rent appelés par le cours naturel des choses et par \'à voix unanime des hommes. Représentants des fonctions sociales les plus élevées, initiés à toutes les exigences du régime électif, de la vie commune, de la subordination volontaire, ils prirent place tout naturellement dans un gouvernement qui reposait d'abord sur une hiérarchie sociale consacrée par des services réciproques et par un dévouement héréditaire ou librement offert; puis sur l'iii- Icrvention souveraine et permanente des assemblées. Ces mandataires du christianisme apportaient uuc sanction essentiellement utile et désirée aux traditions, aux usages, aux institutions qui substituaient, chez ces nobles rejetons de la Germanie, la lière indépendance d'un dévouement souvent héroïque, mais souvent aussi exigeant et rétif, à Tabjecte soumission des serfs abâtardis de l'empire lomain. Uni Non-seulement les évêques, tous sortis des rangs
dans monastiques, mais les abbés et souvent aussi les abbesses, occupèrent la première place dans ces assemblées nationales ou provinciales, déjà si souvent signalées dans ce récit, qui, sous le nom do Witena-gemot ou Convention des Sages, furent le berceau du parlement anglais ; qui garantissaient au peuj>le angh>-sa\on le bienfait d'uu goiivei'nenienl
!< s assemlil national
l)i:s MOl.NK^. 175
coiilcmi cl L'oiilrolc j)iir rarislocralie Jaï(|uc cl ecclésiastique ; et dont aucun souverain n'eût impunément violé ou méprisé les décisions.
A l'époque où nous en sommes, chaque royaume de rHeptarchie, et même chacune des peuplades comprises ou absorbées dans les plus vastes de ces royaumes*, avait son assemblée spéciale, comme plus tard chaque ^hire ou province conserva la sienne, lorsque l'Angleterre fut réunie sous le sceptre d'un seul monarque. Mais il y avait dès lors des assemblées plus ou moins générales dont l'autorité était plus ou moins reconnue par l'ensemble des races conquérantes. C'étaient surtout celles que la |)résence de plusieurs moines évêques présidés par le métropolitain, moine comme eux, pouvait revêtir d'un caractère plus auguste, el que les historiens ecclésiastiques ont décorées du nom de conciles. Le concile de Hertford, présidé par le (irec Théodore% avait décrété qu'il se tiendrait {\ru\ fois par an un synode général à Cloveshove. Afais, outre que cette assemblée paraît avoir été exclusivement ecclésiastique, on ne voit pas que son décret ait été observé. Il se passa un siècle avant (|ue l'Angleterre eût une assemblée unique, permanente et régulière. Toutefois, dès l'introduction du christianisme, on voit des assemblées locales ou
I. Tels que les liwiccas, les Middle-Angles en Mercie, les Gyrwiif '•Il Est-Arigiie.
'i. Voir loiiic IV, luige'ilT.
17G li\FLUE>CE SOCIALE ET l'ULlTIQUE
nationales, constituer le grand conseil du pays et se réunir périodiquement à Noël ou à Pâques. Leur Les prélats monastiques \ siégeaient à la l'ois
coiiiposiliou. .
comme les docteurs , les guides spirituels de la nation et comme grands propriétaires terriens, dont l'importance s'augmentait journellement par l'étendue des nouvelles donations qu'on leur prodiguait et par le progrès agricole de leurs anciens domaines. Ils y siégeaient au premier rang avec les principaux seigneurs, les grands chefs de la noblesse, les gouverneurs des provinces, qualifiés de comtes ou ealdormen \ et au-dessus des autres propriétaires, qui, sous le nom de thèmes^ composaient le gros de l'assemblée. D'après les données les plus généralement admises par les érudits modernes % tout thane ou propriétaire pouvait monter au rang de comte, par le choix du roi ou la désignation de l'assemblée \ Tout ceoii ou homme libre, quelle
1. Ceux que Bede qualifie de duces ou de comités, en conslalant qu'ils avaient le même rang que les évêques. — Ealdor ou elder répond au latin senior, d'où est venu seigneur. Ce vieux titre, naguère le premier de la hiérarchie saxonne, et dont les titulaires héréditaires ou à vie étaient presque les égaux des rois, se retrouve encore aujourd'hui dans celui à' aider man, exclusivement dévolu, connue nous l'avons déjà remarqué, à des fonctionnaires municipaux électifs, à Londres et dans quelques autres cités.
2. Voir TuRNER, History ofthe Anglo-Saxons, t. III, p. 48, \\b,i2ô, 130, 155 et 137 de l'édit. de Paris, 1840; Talgrave, Rise and pro~ gress of the English Commonivealth, t. II, p. 576, 585, et Kemble, The Saxons in England, t. I, c. v.
5. Cependant Kemble croit que, comme les rois, ils ne pouvaient être pris que dans certaines familles principales.
DES MOLNES. 177
(jiic t'ùl son oi'igine, pouvait compLer parmi les thanes, s'il possédait lui domaine d'une certaine clendue ; tout marchand qui avait fait trois voyages d'où Ire-mer passait également dans celte classe. Mais aucun noble de naissance ne pouvait siéger au Witena-gemot, à moins d'être propriétaire foncier \
Quelle que soit l'incertitude qui règne sur les qualifications distinctives des deux éléments principaux de ces assemblées, il est démontré que, loin de former des castes différentes, les eorh et les thanes -
l.Il fallait posséder cinq hydes ou manu, pendant trois générations, pour être tliane, et quarante pour être eorl ou ealdorman. Cette distinction se fonde principalement sur un texte de l'historien monastique d'Ely [Liber Eliensis, ap. Gale, Scriptores, t. II, c. 40), lequel, parlant du beau-frère de son abbé qui, faute de ces quarante hydes, ne put obtenir la main de la &\\e prsepotentis viri, ajoute : Licet noMlis esset, inter proceres tune nominari nonpotuit. — Constatons toutefois que Kemble conteste la nécessité d'une qualification territoriale pour être admis parmi les Witan. Rappelons enfin que l'abbé Bénédict Biscop reçut huit de ces mansi ou domaines pour un volume de cosmographie enluminée. — Reste à savoir quelle était la contenance du hyde (en allemand hof) : les opinions des savants varient cruellement à cet égard, entre un minimum de 50 arpents et un maximum de 120. L'arpent ou journal était, comme partout, ce qu'une paire de bœufs pouvait labourer en un jour. Cf. Elus, Introduction to Domesday book, et Kemble, op. cit.
2. La signilication du mot thane ou thegn a évidemment varié comme celui de fidelis, de lende chez les Francs ; mais il répond le MoixES u'occ. V. J2
n'étaient que les premiers parmi les hommes libres, les chefs et les représentants d'une aristocratie territoriale et accessible à tous, comme celle qui a fait la force, la grandeur et la liberté de l'Angleterre durant tant de siècles, et qui dès lors se portait fort pour toute la nation, dont elle représentait la force vitale, les intérêts, les volontés et les libertés immémoriales ^ On voit d'ailleurs, à mesure qu'on avance dans l'histoire , apparaître et grandir lentement l'élément populaire. Tous les habitants du voisinage avaient le droit d'as-
plus généralement aux milites et barones des temps postérieurs. I'al- URAVE, t. II, p. 55, 576. — Les membres des parlements anglo-saxons ■conventus, synodiis, concilium) reçoivent aussi dans les diplômes et les auteurs contemporains toute sorte de désignations différentes dont voici les principales : Proceres, sapientes, principes, senalores, primates, optimales, magnâtes, majores natu, procuratores patrix [il y a cinq exemples de ce dernier titre dans Kemble, II, 199,. Beaucoup de diplômes rendus dans ces assemblées et cités dans le Codex diplomaticus œvi Saxonid, sont revêtus de signatures qui aident à constater leur composition. Le nombre le plus considérable de signatures relevées dans une même assemblée (celle de Cloveshove en 825) est de 121 , dont 95 moines ou clercs.
Une charte de 954 constate la présence au gcmot du roi de : i princes gallois.
2 archevêques.
17 évêques.
i abbés.
12 ducs ou ealdormen.
52 t lianes.
01 . . . (jualiliés de tota popidi generalitatc. 1 . C'était le peuple, dit Kemble, qui était la vraie aristocratie ; les nobles n'en étaient que les chefs, comme les i»airs d'Angleterre sont iuijourd'hni les cliel's-nés de l'aristocratie des Irancs-tenancicrs et dos électeurs à 10 livres; tome I, p. 258.