‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 55 sur 110 · Liy G \hh, Antiquities. t. II, p · texte numérisé non relu

Liy G \hh, Antiquities. t. II, p

DES iMOl.NRS.

Quant aux empiétements du spirituel sur le temporel, dans la sphère de la vie nationale dont ces assemblées étaient le foyer, personne n'était alors tenté de s'en plaindre ou même de s'en apercevoir. Et cependant l'on était bien moins à même alors qu'aujourd'hui d'apprécier les salutaires et prodigieux résultats de l'influence des prélats et des missionnaires monastiques sur les institutions comme sur le caractère du peuple anglo-saxon. Aujourd'hui les juges les plus prévenus sont réduits à admettre que l'action du clergé monastique dans la vie publique et sociale des Anglais fut aussi bienfaisante qu'efficace. C'est à eux, depuis les premières lois rendues par le parlement d'Ethelbert, sous l'inspiration des missionnaires romains *, qu'il faut attribuer les progrès graduels de l'humanité et de l'équité dans une législation jusque-là trop impuissante à lutter contre les instincts féroces et cupides des conquérants barbares.

A eux l'honneur de cette transformation des mœurs et des âmes qui, malgré mille rechutes et mille tristes retours vers l'ancienne barbarie, se manifestait par la générosité et la piété des laïques, par la régularité et la ferveur d'un clergé sortant de jour en jour plus nombreux du fond de la population indigène.

A eux l'honneur d'avoir introduit dans les lois et

Influence salutaire

puissante

des

moines

sur

les assemblées

et,

par là,

sur

les lois

et les mœurs.

Ils contribuent

créer l'unité

nationale

de r Angleterre.

1. Juxfa exomphiin Romanoriim. Bede, H, 5. Voir t. IIF, p. 413.

les coutumes un respect de la propriété et surtout de la vie humaine, dont il n'existe guère de trace avant eux chez les sauvages envahisseurs de la Bretagne. A eux l'honneur d'avoir contribué plus que personne par l'uniformité de leurs sages conseils et de leurs bons exemples, par l'unité de leur doctrine et de U^ur discipline, à introduire chez le peuple anglosaxon l'unité de législation et de gouvernement qui (levait en peu de temps aboutir à l'unité nationale. Ils fortifiaient la royauté par l'enseignement et la pratique des vertus chrétiennes; ils sanctionnaient et régularisaient les vieux principes germaniques de la responsabilité des rois, de leur subordination aux lois, h la foi jurée, au contrat social ; ils plaçaient ces principes sous la sauvegarde de la religion par la solennité du sacre ; ils imprimaient ainsi à la royauté un caractère auguste et sacré, en même temps que limité et conditionnel. De plus, en la prémunissant contre les excès et les usurpations des princes et des seigneurs, ils travaillaient énergiquement à lui donner la force et l'autorité nécessaires pour triompher du morcellement de l'Heptarchie et créer cette unité, non pas absolue et absorbante comme celle qui a dévasté ou énervé d'autres nations illustres, mais suffisante, conforme au génie et aux besoins de la race anglaise, et qui, une fois établie au neuvième siècle, n'a jamais subi d'atteinte ni d'altération ^

1. PALenAVE, p. Chh^, 6r>r); Lappenbeug, I. 205. — On sait que depuis

A oux siirloiit rhonneur d'avoir fait pénétrer Kem zèie

pour

dans les mœurs et les lois cette sollicitude pour les les pauvres

l'assistance

rangs inférieurs du peuple trop souvent absente du publique

née

cœur des puissants de ce monde. Les découvertes de Je rexpiation. l'érudition moderneont mis hors de doute ce résultat inattendu, que la condition matérielle de la population inférieure et non libre n'était ni toujours ni partout très-dure. Leurs travaux n'étaient pas plus rudes ni leur rémunération moindre que de nos jours ^

Toutefois on ne saurait douter des violences el des iniquités dont les flubles étaient trop souvent victimes dans l'ancienne société anglaise, comme dans toutes les autres. Que d'innocents opprimés, que de droits violés, que de crimes inconnus et impunis au sein du silence et de l'isolement dans ces vastes régions encore si peu habitées! Mais à mesure que la religion y pénétrait par la main des moines, la lumière s'y faisait, et la justice apparaissait. Peu à peu, et de plus en plus souvent, des voix impossibles à étouffer s'élevaient, des mains vengeresses se dressaient pour protéger, pour venger les victimes. Il fallait s'arrêter en frémissant ; il fallait s'incliner, puis se repentir, réparer, expier; et Tex-

la réunion de l'ileptarchie sous Egbert de ^Vessex en 800, l' Angleterre n'a jamais été morcelée, comme le fut si souvent la France sous les Carlovingiens et les Capétiens.

1. Chaque serf devait recevoir pour lui el sa famille 720 miches de pain pnr an, sans compter les repas de midi et du soir. Kf.mbi.e, I. I. p. 217..

I8fî INFLUENCE SOCIALE ET POLITIOUE

piation prenait presque loiijours la forme d'un acte de charité fraternelle, d'un service rendu à la communauté. Plus l'influence religieuse ou monastique grandissait au sein de la nation, plus l'adoucissement des souffrances et la réparation des injustices devenaient des lois ou des habitudes générales. Dans chaque famille puissante, des actes fréquents de dépouillement volontaire se substituaient aux brigandages, aux spoliations, aux violences qui avaient été jusque-là leur pain quotidien.

Chaque crime expié, chaque pénitence accomplie, par les soins des moines, contribuait ainsi à l'utilité et à la félicité publique \ Ces coupables si longtemps impunis, à qui la foi nouvelle venait arracher un aveu tardif, un acte de contrition et une réparation, obtenaient souvent la rémission des pénitences corporelles, mais jamais sans être astreints à payer la rançon de cette exemption par des actes de charité destinés non-seulement à soulager une misère actuelle, mais à pourvoir aux nécessités de l'avenir.

Ce n'étaient pas seulement des œuvres pies ou des fondations ecclésiastiques que les moines imposaient aux grands pécheurs pénitents, c'était encore et le plus souvent la délivrance des captifs, la réparation d'un chemin, le rétablissement d'un pont, la reconstruction des chaumières, la nourriture ou l'entretien des paysans réduits à la misère par les guerres

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