Vaiiin. Mémoirt^ cité
TOf).
ii\ FIN 1)K KA DlSSIDKNrK (IKLTIOI K.
hnir iinlioiialiU' vaiiicnc, mais non encore extirpée'. Teniaiivps Or, peiidanl que Wilfrid consnmail savieàlnl-
de
saint Aidheini 1er, clans le nord (le l'Angleterre, contre des inimi-
pour
ramener ti('s (iiie toincntait et asfsri'avait prohablemeni Ton-
les Bretons . / ^ , . . '
à iiinii.-. position des Celtes à ses innovations, nn célèbre religienx nommé Aldhelm, presqne dn même Age (|ue Wilfrid et qni mourut en la même année, se signalait par ses efforts pour lamener à l'unité romaine les Bretons sujets ou limitrophes du royaume de Wessex en même temps que pour répandi'e et consolider la foi chrétienne chez les Saxons de rOuesl. Il a laissé une l'cnommée ti'op populaire au moyen Age, el il a été, de nos joui's surloul, .Irop souveni cité parmi les précurseiu^s lillé-
1. C'est ce que Bede, on iiu langage trop semblable* à celui qu'emploient les scril)es moscovites de nos jours à l'endroit des Polonais, appelle une haine domestique et immorale :Bri\onoii maxima ex parte domestico sibi odio gentem Anglorum et totius Ecclesiap catliolice statum Pascba, minus rectc moribusque iinprobis pugnant. Il n'y a aucune raison valable pom- imputer aux Bretons chrétiens des mœurs en quoi que ce soit inférieures à celles des Saxons convertis ; mais notre vénérable historien, aveuglé par ses passions et ses préjugés de race, ne s'arrête pas là et cède, comme l'ont l'ait tant d'autres depuis 1 i, àla détestable tentation d'identifier avec l'oeuvre de Dieu une toncpiête himiaine... Tamen et divina sibi et humana prorsus resistente virtute, in neutro cupitum possunt obtinere propositum : quippc qui quamvis ex parte sui suni juris. nonnulia tamen ex parte Anglorum snnt servitio mancipati. V, 25. — W dit ailleurs V, 18'! que saint Aldhelm a écrit « librum egregium adversus errorem Britonum, quo vel Pascha non suo tempore célébrant. \e\ aVia. perpUwa ecclesiasticv castitati et paci contraria gerunl. » Dans tout ce qui nous a été conservé d'Aldhelm on ne trouve pas la moindre allusion aux nid'iirs ii-réi^ulières du clergé celle.
ni-rornaine
et nii-celtique
FIN DE K\ DISSlbENCK CELTIOLK. 27
mires, poui' ne juis nous arrelei' quelques inslanls'.
Aldhelni élall issu de celle puissante laee deCerdie Sa
I I ' ' 1 • /»r» • Il • ^^ \\T 1 naissance
dont la généalogie onieielle remontait au dieuWodeu .oyaie
et
OU Odin^ et qui régnait sur les Saxons de l'Ouest, son éducation en attendant le moment où elle allait réunir sous sa domination tous les royaumes derHeptarchie. Youé, jeune encore, aux études religieuses et littéraires, il fut promptement attiré par une école qui venait de se créer dans sa province natale et qui allait lui devoir sa principale illustration. Un religieux scotique, nommé Maïdulphe, mu par le même esprit qui entraînait tant d 'Anglo-Saxons vers les cloîtres ou les ermitages de l'Irlande, était venu chercher en Angleterre une solitude où il put étudier et prier en paix, ïl s'établit dans une immense forêt, sur les confins du Wessex et de la Mercie; il y vécut en ermite, à l'abri d'une hutte qu'on lui permit de construire sous les murs d'un vieux château devenu l'apanage des rois saxons après avoir été la demeure des chefs
I. Excepté quelques lignes de Betle 'V, 18), et ce que l'on trouve (le détails bio^rraphiques dans les œuvres dAldhelm lui-même, nous n'avons point de témoignages contemporains sur sa vie. Mais au douzième siècle, Guillaume de Malrnsbury et, avant lui, un autre religieux, Faricius, du grand monastère dont Aldhelm avait été abbé, rédigèrent deux biographies séparées du saint, d'après les traditions de leurconmiunauté. Celle de Guillaume est un monument fort curieux, dont Mabillon et les Bollandistes n'ont connu et publié qu'un abrégé, et dont le texte complet ne se trouve que dans V Anglia sacra de ^Vharton, t. II. Le rôle littéraire dAldhelm a été supérieiiremenl (•ludié i)ar Lingard ( Anglo-Saxon Church. t. H) et Ozaham Ktudr's germaniques, t. II, p. 489).
'1. Uiron. Saxon., ad ann, o;Vi,
Il thni.Mil
;il.l)é
(le
Malinsbury-
'2f^ KI.N DE LA I) I 8S1 1) K .N C K CK 1, T I0|: K.
hn^lons, cl seul délM'is d'une ville ])reloniJe que les coiiquéranls germaniques avaient (létrnile\ Le solilaiie celtique, pour avoir de quoi vivre, ouvrit une école. Quelqu'un qui, de nos jours, dans n'ini- |)orte quel pays du monde, excepté dans le hor- Wesl des États-Unis d'Aniéri(|ue, ouvrirait une école dans un bois, courrait grand risque d'y mourir (le faim. Mais alors une telle soif de rinstruction s'élait allumée chez les Anglo-Saxons, et les sources où ils pouvaient l'étanchei' élaienl si rares, que la spéculation de Maïdulphe réussit parfaitement. Les écoliers lui vinrent en assez grand nombre pour iormer bientôt une communaulé, et parmi eux Aldhelm, qm* y fui d'abord élève, puis religieux -. Il y jiassa quinze ans ; à la mort de )Laïdulplie, il l'ut élu abbé, et, grâce à lui, la fondation de l'anachorète celtique devint un des principaux monastères de l'Angleterre, sans cesser de porter le nom du vieux el saint élranger que les Celtes s'honorèrenl loujours d'avoir donnépour maîlre aii célèlireAldhelm*.
\. Liber antiquitatiim MHfhineusiH caniolfli, :ip. Di:gdalk, Monasliion. \.o souvenir do cotlo catastrophe semlile survivre dans le mmi moderne d: Jirol.en-boroudh. non loin de Malmsl)ni'y.
'J. I)eficienlil)iis necessariis scholares in ilisiùpuiatuni aicopil ut eoruni liberalitate victus lenuitateni corrigeret . lUi procedenti tenipore magistri sequaces ex scliolariJius nionaclii effecti. in conventuin non exiguum coaluere. Guu.i,. Mm;mk«bur.. Vlta Aldhelmi. ap. ^VImrl(Ul. page 5.
3. Maildulf's Inirgh, (\'où Malnisbury. Ahbas nionasterii quod Maildufi url)em ninicupavit. Bkde. V. 18. — A quodam sancto viro de nostro genei-e nutriluses. Epi.st. Scott anonjfni.. ap. (iiles, p.08.
•tiuif
<;antorl)(;
FIN liK LA 1)1 SSI liKNCK CELTiniK. '20
Mais ;nniil d'oive ;i[)])elé n gouverner ses condisciples, Aldliehn voulut coiuiaitre d'autres enseignements que ceux de son maître celtique. [I alla j)lus d'une l'ois à Cantorbéry^, dont les grandes écoles monastiques reprenaient une nouvelle vie sous cel abbé Adrien que nous avons déjà tant de fois cité, et qui était venu d'Afrique avec le nouvel arclievè- - r,(;n. (pie, TAsiatiqueThéodore, pour présider à l'éducatiou cailiolique des Anglo-Saxons. Cet homme éminenl, (ju'un historien monastique signalait encore quatre siècles ajvrès sa mort comme hnnaitre des maîtres, |;i source et le foyer des letlres el des aris, gagna le cœur d'Aldhelm en développant la plénitude de son intelligence. Le jeune Wesl-Saxon ne sortit des mains de ce préce[)teur africain qu'après avoir (Ué pourvu de tout ce qui constituait alors l'enseignement littéi'aireet religieux \ Il lui en conserva pendant toute sa vie une ineffaçable reconnaissance, et se plaisait ;i faire dater de son séjour à Cantorbéry la vérital)le naissance de son esprit. « C'esl vous, mon bienaimé, » lui éci'ivail-il plus tard, « ([ui avez été le vénérable précepteur de ma l'ude enfance, c'est vous (pie j'embrasse loujoui's avec l'effusion d'une ten-
1. On ne s'explique pas coinineiiL Guillaume de Maliiisbury a pu «illribuer la première éducation d'Aldhelm à l'abbé Adrien. Aldlielm. mort septuagénaire en 709, devait par conséquent avoir au uioins vingt a us en 069, époque où Adrien débarqua en Angleterre. On constate du reste deux séjours différents d'Aldhelm à Cantorbéry.
'i. Quem in arcem scientiaî stetisse qui Anglorum gesta periegfi intelliget... Ions liberarum vivus artium. (juii.i,. Mal.m d , p. o.
ÔO Fl.N \)i: l\ DISSIIIK.NCK CiaTlOL'E.
dresse pLii'c, et c'est auprès île vous que je brûle du désir de relouruer*. »
sn C'est donc l\ Caiilorbéry qu'Aldhelm puisa cette
réputation scicuce a|)profondie de l'Eciitiire sainte, cet amour
liltéraivo. , i i • i m m \ i
<lu <^rec, du latin et de I liehreu, ces goiits elccs habitudes littéraires qui lui ont valu la première place . dans Tadmiration universelle de ses compati'ioles. Mais ce ne sont pas seulement des contemporains tels que Bede% c'est encore d'une postérité très-reculée (pi'jl a recueilH les hommages qui ont attiré sur lui l'attention inaccoutumée de plusieurs écrivains modernes. Je sais bien qu'il est le premier des Saxons dont les écrits nous soient restés, le premier liomme de race germanique qui ait cultivé la muse latine, comme il s'en est vanté ^ en s'appliquant à lui-même, tout jeune encore, les vers de Virgile:
Pi-iiuus ego in patriaiii mocum, modo vita sui>ersit.
Aoiiio rediens deducaiii verticc Musas,
ri'imns Iduiiipeas relerain tibi. Mantua, palma^.
Mais je ne puis m'empèclier de ti'ouvei' qu'on a smgulièrement surfait sa valeui' littéraire. De tous les
1. lîevercndissiino patri m(';c([ue rudis iiilaiitiic voiierando prieceploi'i... Mi charissime, queni yratia pune dilectioiiis ainplcclor... Aldheuii Opéra, p. 350. éd.Giles.
2. Vir undecLiiiiquc doctissinms : iiaiii et scnnoiie iiilidus. ot scriplurarum lam liberaliuiu qaani ecclcsiasticarimi erat eniditioiie luirandus. Bkde, Y, 18.
3. Constat neniineni nosliic stirpis {)ro.sapi;i geintuni, cl Gcrnianicœ gentiscunabulis confolum, in luijiisceinodi negocioante nostrani niediocntatem tantopere desudasso. Episf. ad Acirciiim, ôd. Giles, p. 527.
FIN \)K LA DISSlDK.NCi: CELTlOljK. 5t
JVm'cs tl(' rE<>lise cl peul-ètre dv luus les écrivaiiis ('(Tlésiasti(pies, je n'en connais ])oinl dont la leclui'c s(>i( plus fastidieuse que celle d'Aldbelin. Il n'a l'ien, ni de la fougne originale de Ceadmon, ni de l'élo- (|iieiile et élégante simplicité de Bede. Il es( ceilaiiienienttbrt instruit pour son temps, et ne manque pas d'une certaine chaleur, quand le pédanlisme de la l'orme ne vient pas glacer son esprit, il tire quelquefois assez heureusement parti des textes de la Bible, et dans ses fameux Irai lés en prose et (Ml vers sur les Vierges et la Virginité il se montre Ibi'l versé dans l'histoire sainte et ecclésiastique. Ses vers rimes el non rimes valent un peu mieux (jue sa pnse, sans offrir ni charme ni véritable éclat, malgré la pompe affectée de ses images et de ses métaphores. Mais, en vers comme en prose, cel homme de race germanique, en ({ui l'on aimerait à trouver quelque chose de sauvage et de j)rimitif, se complaîl aux tours de force littéraires, aux acrosliclies, aux énigmes, à Talliléralion , aux jeux de mots, aux périphrases, aux redondances puériles et grotesques, enfin à tous les raffinements ineptes de la décadence hellénique et latine \
Nous le jugerions sans doute avec plus d'indulgence si nous connaissions ses productions anglosaxonnes qui durent assurément contribuer à sa re-
1. Je renvoie ceux qui me trouve raient trop sévère et qui n'auraient pas sous la main le commode volume publié par le doclcur (tiIcs. aux extraits (lue Liugard el Ozaiiam ont cités de saint Aldlicim.
32 FIN llK I. \ liISSIOENCK CELTlnLi:.
Nvs ciiai.is noiniuéo populaire. Mais il ne nous en reste (|ue Je destin. s ' va<4ue souvenir qui se rattache au Irait le plus cut.nii lin. l'ieux et le plus (oucliant de sa jeunesse. Que ne SCI nions. donnerait-on pas pour avoir le texte de ces cantiques et de ces ballades qu'il chantait sur les ponts et sur les carrefours, où il attendait au passage les paysans saxons lorsqu'ils sortaient en toute hâte des églises, aussitôt la messe finie, et sans vouloir écouter les sermons? En se présentant à eux connue un musicien, comme im de leui's bardes habituels, il cherchait sans doute à leur insinuei' sous cette forme attrayante et po))idaire les vérités de la religion dont la prédication en chaire les ennuyait ^ Ces chants, en langue vulgaire, restèrent j)0|)ulaii'es pendant plusieui's siècles et ont valu à Aldhelm Thonneur d'être ])i'oclamé le prince dc^ la |)oésie anglo-saxonne par le grand roi Alfred.
Ce qui frappe surtout dans l'histoire d' Mdhelni iiiu'iaiic (.^ dm^j^ gçj^ écrits, c'est la vic^ littéraire et intel-
clcs
loitres sa\oll^
du
MI- si(-clc.
lectuelle qui se développe tout à cou]) dans les cloîti'es saxons, à peine construits, et (pii y fait
1. liitleris ad pleimiii iiisti'iictus. iiativto iiuoqiic lijiyiue iiuii m-yligebat carmina. adeo lU, teste libru .'Elt'redi... nulla unquaiii {elat(> par fueril quisquain, poesiiii anylicaiii posse iacere vel canere. . Caniicu U^iviale quod adliuc vulgo cantitatur l'ecisse... J'opulum eo leini)ore semi-barbarum. paiiiiii diviiiis serm()nil)iis iiileiduin slatini laiitatis iiiissis donios cuisitaie solilmn; ideo saiictuiii viiuiii super ponteni qui rnra et urbeui continuât, abeuntibus se opposuisse oliiteni, (juasi artciii canendi ])rotessuni... Hoc commento seiisini inUr ludicra verbis scripUiraruni insertis, cives ad sanitateni reduxissc. tltiLi,. Mai.mesuuu.. p. 4.
FIN DE LA IllSSIDENCK CELTIOLK. 55
cclorc un souffle à la fois catholique et classi([ue venu d'Italie et d'Orient. Le même phénomène se manifestait depuis deux siècles dans les monastères d'Irlande, sous une inspiration plus originale, mais moins facile à étudier. Cette vie littéraire a ses petitesses et ses nuages, son côté prétentieux et affecté. Ce n'en est pas moins un grand et singulier spectacle que cet épanouissement de la pensée humaine, de l'étude et de la science, de la poésie et de la parole, au sein d'une race barbare et belliqueuse, encore tout absorbée en apparence par la guerre, les invasions, les révolutions dynastiques et domestiques, tous les orages et tous les faux pas qui caractérisent l'enfance des sociétés.
Nul ne personnifie mieux les bons et les mauvais Eicndue côtés de cette phase httéraire que saint Aldhelm, et principalement par l'étendue et la diversité de ses connaissances. Il était excellent musicien, et s'exerçait avec ardeur sur tous les instruments connus de son temps ^ Chose bien plus rare alors, il avait étudié le droit romain, heureusement ignoré de tous les autres lettrés ou religieux anglo-saxons, y compris même le vénérable Bede, dont l'érudition semblait universelle \ Il possédait, comme on
1 . Omiiia instrumenta (jiiaî ficUbiis vcl fistulis aut aliis vai-iclatibus nidodiœ fieri possunt.. . in quotidiano usu liabuit... rAuicii;;, Vifa Aldhelm., ap. Bolland., t. VI Mail, p. 85.
2. C'est lui-mômo qui le dit dans une lettre à son prédécesseur lledda, éd. Giles, p. 90. Cf. Laitexcerg, 1, 190. Je ne sais où Palgravc a
MOINES d'occ. V. 7)
(livcibilé
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c(iiii);iis!?anLes
(J'.Millietm.