‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 7 sur 110 · FIN DE L.\ DISSIDENCE CELTIQUE · texte numérisé non relu

FIN DE L.\ DISSIDENCE CELTIQUE

l'a VU, les trois langues sacrées, et savait assez d'hébreu pour lire la Bible dans le texte original. Il ne lisait pas seulement le grec, il le parlait et le prononçait comme un ancien, au dire de deux professeurs que le roi Ina, cousin d'Aldhelm, avait fait venir de Grèce pour l'aider dans ses études. Quant au latin, il n'en était que trop occupé : il disserte à foison sur les minuties de la grammaire, de la prosodie et de la métrique. Il cite à outrance Yirgile et Lucain , Perse et Térence , Horace et Juvénal ; il cite même Juvencus et même les Priapées !

Sa Toutefois ces préoccupations littéraires ou cias-

sollicitude . , . ^ . . . . , ,

constante siqucs uc lui laisaicut jamais perdre de vue les exigences ou les périls de l'ame. Dans une lettre souvent citée, il met en garde l'un de ses compatriotes, qui était allé étudier en Irlande, contre les dangers de la philosophie païenne et surtout de la mythologie. « Quel fruit, je vous prie, la vérité orthodoxe peut-elle retirer de ce qu'un homme s'évertue à scruter les incestes de l'impure Proserpine ou les aventures de la pétulante Hermione, ou les bacchanales des Luperques et des parasites de Priape? Tout cela a disparu : tout cela n'est plus rien devant la croix, victorieuse de la mort\ »

Vu (iLi'il existait quehiuc part un traité manuscril d'Aidheliu sur le droit romain, dont il espérait en 18ô2 la prochaine publication.

1. Quidnam, rogituni quieso, orlliodoxœ lidei sacraniento commodi alïcrt circa tcnicraliun spurcie Proscrpince inccbtuni... enuclcate le-

puur les âmes.

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C'est surtout dans sa correspondance que se révèle cette sollicitude pour le salut des âmes (pi'il se plaisait à donner pour motif de tous ses écrits. Voici quelques mots d'une lettre qui semble adressée d'hier à la jeunesse mi-partie cléricale et mi-partie nobiliaire des universités d'Oxlbrd et de Cambridge : tant cette nature anglo-saxonne reste invariable dans ses vices comme dans ses vertus! a Très-cher Ethelwald, toi qui es à la fois mon fds et mon disciple, tu es encore bien jeune; mais je t'en conjure, ne te laisse pas trop asservir par les vains plaisirs de ce monde. Evite avec soin les excès quotidiens de boisson, les repas superflus et interminables , même les parties de cheval troj) prolongées et toute autre misérable délectation sensuelle ^ Je t'en conjure aussi, ne te laisse pas asservir par l'amour de l'argent ou de la vainc gloire, et par cette jactance séculière odieuse à Dieu. Consacre plutôt ton temps, cher bien-aimé, à l'étude des Ecritures et à la prière ; et si tu veux t' occuper en sus des lettres séculières, fais-le surtout afin de mieux approfondir les textes sacrés, dont le sens dépend presque partout de l'intelligence des règles de la

gendo scrutendoquc sordesccre... qiue .. aima mortis morte stipitc patibuli affixa, solo ternis diriita evaiuierc. Epist. ad Wilfrid-, éd. Giles, p. 537.

l.Sivein quotidianis potalionibus et coiiviviis usa frequcutiorc ac prolixiore inhoiieste superfluis, sive in equitaiidi vagatioiiecidpabili... Scu in quibuslibet corporete delectationis voUiplatibus exccrandis... ^lulto magis, mi amaiitissime, vel Icclionibus divinib, vcl oiatioiiiljub sacrissemper iiivigila... P. 552. éd. Giles.

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grammaire. Mets cette lettre dans les autres livres, afin de la relire sans cesse. »

En dédiant son volumineux traité de versification latine, après vingt ans d'absence, au chef de quelque tribu norlhumbrienne ou scotique^ qui avait été son compagnon d'études et qui était devenu son fils spirituel, il insiste ardemment auprès de celui qu'il appelle son très-révéreiid fils pour que ce pauvre prince se fasse un devoir de lire d'un bout à l'autre cet ennuyeux volume. Il s'étend longuement sur la peine que lui a coûtée cette composition au milieu des sollicitudes pastorales et des orages du siècle, a II serait absurde, » dit-il, « que tu ne prisses pas la peine de manger ce qui j'ai eu tant de mal à moudre et à pétrir \ » Puis il invoque aussi Texemple du grand empereur Tliéodose, qui, tout en gouvernant le monde, avait trouvé le temps de copier les dixhuit livres du grammairien Priscien. Mais il ajoute aussitôt : « Que le son de la trompette du jugement dernier ne sorte pas de tes oreilles; qu'il te rappelle toujours le livre de la loi qu'il faut méditer nuit et jour. Si tu songes toujours

1. On ne sait quel est cet Acircius, qu'il qualifie pompeusement de Aquilonalis imperii sceplra gubernanti, mais à qui il rappelle qu'ils ont contracté, au temps de leur puberté, inextricabUe conglut hiali foccleris pignus.

2. Absurdum neini)e arbitror si... illud te i)igeal velut iusolescentem ac delicatum paulatim masticare ac ruminare, ({uod me non piguit, utpote pistoris pinsentis oflicio functum, commolcrc et tollere. \\ 528, éd. Giles.

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