Voir plus haut, p. 78 à
Séduits par les exemptions d'impôt et les avantages de toute nature qui étaient devenus le privilège de la propriété monastique, beaucoup de nobles avaient sollicité et obtenu des rois et des toitan de vastes concessions territoriales, sous prétexte d'y fonder des monastères. Tantôt ces fondations étaient exécutées en effet, mais n'avaient rien de monastique ni même de chrétien ; les donataires groupaient autour d'eux une poignée de leurs vassaux ou de religieux irréguliers et expulsés des vrais cloîtres; ils s'en disaient abbés, et tous ensemble vivaient, avec femmes et enfants, sur le territoire extorqué à la nation, sans autre souci que celui de leur ménage et de leur intérêt matériel. Tantôt, la concession obtenue, on en profitait sans songer au prétexte qui l'avait motivée : et aucun monastère n'était fondé, pas même dans les conditions dérisoires dont on vient de parler. C'est pourquoi le Vénérable Bede n'hésitait pas à demander aux rois et aux évoques de procéder, avec le concours des assemblées nationales, à l'abrogation })ure et simple de toutes ces concessions frauduleuses et scandaleuses^ .
Dix ans après la mort de Bede, le second concile deCloveshove- donna raison aux doléances du grand religieux, sans apporter toutefois un remède efficace
1 Le Codex cliplomaticus {n° 46) nous montre le roi Ina de Wessex reprenant les terres concédées par Cissa à l'abbé Ilean et à sa sœur l'abbesse Cille. « Terrani... reipublicic rcstiluit, nonduni conbtruclo inonasterio in eo, nec ullo adnioduni oratorio crccto. »
2, Voir plus haut, page IGO.
LNFLl'EA'CE SOCIALE ET POLITKJUE
Répressiun des abus par le concile de Cluve&hovc
à la situalion désastreuse qu'il avait signalée. Ce concile enjoignit aux évêques de visiter ces monastères, « si tant est qu'on puisse leur donner ce nom, que la tyrannie de l'avarice, au mépris de la religion chrétienne, retient entre les mains des séculiers qui eïi sont investis, non par une ordination divine, mais par une invention de la présomption humaine \)) Leurs visites pastorales devaient avoir pour ohjct d'avertir les hôtes de ces prétendues communautés du danger que couraient leurs âmes, et de pourvoir à ce qu'ils ne manquassent pas de prêtres en cas de maladie mortelle. Mais rien n'indique que des mesures vigoureuses aient été prises contre l'odieux abus qui avait produit ces pseudo-monastères. Les concessions abusives du domaine public, soit à de faux moines, soit, et bien plus souvent encore, à des laïques puissants, continuèrent impunément jusqu'à la fin de la période anglo-saxonne, et amenèrent dans le développement de la population et la condition des hommes libi'es de graves perturbations qui favorisèrent les invasions danoises et normandes \
Mais le concile de Gloveshoveeut à réprimer d'autres abus encore que l'usurpation séculière. L'il-
1. Moiiasteria, si tamen est fas ea ita nominare, qufe teiriporibii.^ istis propter vim tyrannicœ quœdam avaritifc ad relig-ionis cliristiaiuu sfatum nullalenus immutari posseiit, id esta sœcularilais non divin;o legis ordinatione, sod Immanfr ndinventionis prîBsumplione. ntcumque tenentur. Cap. 5.
2, A cette époque il ne restait peut-être pas un arpent de folc-land qui n'eût été transformé Qnboc-land sous divers prétextes.— Kemblk,
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lusU'o Boiiiface, qui louchait déjà au lerme de sa gloi'ieusc carrière, et dont les véhémentes remontrances au roi Etiielbald et au primat d'Angleterre avaient surtout provoqué la convocation de ce concile, ne s'était pas contenté de stigmatiser comme des sacrilèges et des homicides les laïques, fussent-ils rois ou comtes, qui s'érigeaient en abbés des monastères usurpés ^ Il n'avaitpas seulement dénoncé aux évèques leurs propres faiblesses, entre autres ce vice national de l'ivrognerie, dont la dignité épiscopaie ne préservait pas toujours les prélats anglo-saxons'. il avait signalé jusqu'au fond des cloîtres l'invasion d'un luxe coupable et d'ornements ridicules dans les vêtements des religieux ; il avait constaté que ces puérilités servaient d'introduction à des excès bien autrement graves, d'abord aux mauvaises compagnies, puis à l'abandon de la lecture et de la prière, enfin à la débauche et à la perte des âmes".
1. Ille aiitcm qui laicus lionio vcl imperator, vel rex, vel aliqiii.s lirielectorum vel comitums rculari potestatc fultus, sibi per violentiaiii rapiat monasterium de potestateepiscopi. vel abbatis, vel abbatissa.', et iiicipiat ipse vice a])])atis regere et liabere sub se monadios et pecLiniam possidere, quae fuit Ghristi sanguine comparata, talcm lioniinem nominant anti(ini patres raptorein et sacrilcguiu et lioniicidani pauperum et lui)inu diabolum intraiiteni in ovile Ghristi et maximo anathematis vinculo damnandum ante tribunal Ghristi. Epiaiola ad Cuthbertum, p. 351, éd. Hussey. N° 70, éd." Jaffé.
2. Fertur quoque in parochiis vestris ebriotatis maluni nimis adsuetum esse, ut non .solum episcopi quidam non prohibeant, sed etiamipsi nimis ])ibentes inebrientur, et alios porrectis poculis uiajoribus cogant ut inebrientur. Ib/d., p. 555.
5. Supervacuam et Deo odibilcm vestimentorum superstitioiiem prohibere; quia illa oriianienta vestium.. latissiniis clavis,-verniiuin
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Dociles aux instructions de leur illustre compatriote, les douze évêques assemblés àCloveshoveavec le roi de Mercie et ses nobles interdirent aux moines et surtout aux religieuses tout changement dans le vêtement, la chaussure ou la coiffure, propre à rapprocher leur costume de celui des laïques ^ . Le concile leur interdit également de fréquenter les demeures des séculiers et surtout d'y séjourner'^; il ordonne aux abbés et aux abbesses de ne rien négliger pour maintenir dans leurs communautés et dans les écoles qui s'y rattachaient l'amour de l'étude et de la lecture, comme le meilleur préservatif contre les vanités et les cupidités du monde % et pour faire de leurs monastères l'asile du silence, de l'étude, de la prière et du travail \ Il réprouve et proscrit l'introduction
imaginibus clavata adventum Anticliristi... priCCuiTunt ; illius calliditate, per ininistros siios introducere intra claustra monasterioruni l'ornicationeni et kixuriam clavatoruiïi juvenum, et fœda consortia, ol tœdiiim lectionis et orationis, etperditionem animarum. — Je doiiiie dans les deux dernières notes le texte complet tel qu'il se trouve dans les Concilia de Spelman, p. 259 ; car la fin de cette lettre, à partir du mot luxuriam, est omise dans les éditions de Serrarius et de Giles. Aucun éditeur n'a expliqué d'une manière satisfaisante ce que pouvaient être ces clavi et ces vernies dont la présence dans le costume monastique scandalisait tant saint Boniface.
1. Ut Ycstibus consuetis. juxta formam priorum... deinceps utantur ; nec imitentur sfcculares in vestitu crurum per fasciolas, nec per cocuias in circumdatione capitis modo pallii laïcorum contra morcm Ecclesiaî. Cap. 28.