‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 67 sur 110 · Florus, 1, III, c · texte numérisé non relu

Florus, 1, III, c

2 Proximi Oceano Cimbri tenent, parva nunc civitas, sed gloria ingens. De moribus German., c. 37. — On sait que le Julland, la Schleswig et le Holstein, d'où sortaient les Jutes, les Angles et les Saxons, portaient le nom de Chersonèse Gimbrique.

fiers et les plus puissants d'entre les hommes*. Nulle part l'influence des femmes ne fut plus efficace, plus reconnue et plus prolongée que chez les Anglo- Saxons, et nulle part elle ne fut plus légitime et plus heureuse.

Dès que le christianisme apparut, elles devinrent partout, comme on l'a vu à chaque . page de ce récit, les auxiliaires actives et persévérantes, intrépides et infatigables de l'apostolat chrétien, et la conversion de leur race une fois achevée, aucune Frédégonde ne vint, comme chez les Gallo- Francs, renouveler les déportements des impératrices romaines. S'il y eut , parmi leurs reines et leurs princesses, quelques âmes violentes et cruelles, il n'en est pas une seule chez qui l'on signale des mœurs relâchées ou des penchants impudiques. La légende nationale est ici d'accord avec la légende monastique, la tradition populaire avec l'histoire. Depuis la belle Rowena, sœur du premier conquérant Hengist, jusqu'à la fameuse comtesse Godiva; depuis la fille d'Ethelbert, qui porta la foi en Norlhumbrie, jusqu'à la compagne d'Ina, qui détermina la conversion de son mari, on ne ren-

1. Sous ce rapport les conquérants et les vaincus ne différaient en rien ; les femmes avaient toujours joué un grand rôle chez les Bretons, et souvent régné et combattu à leur tète : témoin Boadicea, immortalisée par Tacite. — Les femmes libres, mariées et possédant cinq arpents de terre, votaient dans les assemblées publiques des clans ou tribus de la Bretagne. Ancient laws ofCombîia, ap. Pai.giîavf. et L.MTFNnEr.G.

contre guère que des figures attrayantes ou généreuses, en qui la beauté s'allie avec la pudeur, et la douceur naturelle à la femme avec une énergie qui atteint quelquefois l'héroïsme.

De là, l'extrême importance qu'attachaient les Anglo-Saxons aux alliances matrimoniales qui unissaient entre elles les diverses dynasties souveraines et les peuplades ou tribus dont ces dynasties personnifiaient l'indépendance locale et les glorieux souvenirs. Ces alliances, en renouant périodiquement les liens delà nationalité commune, attribuaient aux princesses de la descendance d'Odin un rôle de médiatrices et de pacificatrices, qui justifiait le surnom touchant décerné à la femme dans les poésies primitives des Anglo-Saxons, où elle est qualifiée de freodoicebbe, celle qui tisse les liens de la paix^

De là encore la grande situation faite aux reines dans tous les Etats de la confédération anglosaxonne. Pourvue d'une cour, d'une juridiction et d'une dotation territoriale qui lui étaient propres^, entourée des mêmes hommages, investie quelquefois des mêmes droits et de la même autorité que le souverain, sa compagne figurait à ses côtés dans les assemblées politiques et religieuses, et sa signature apparaît dans les actes de fondation, dans les décrets des conciles, dans les diplômes, suivie quelquefois de celles des sœurs du roi et autres princesses du

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