FIN DE LA DISSIDENCE CELTIQUE
h tes fins dernières, jamais (u ne pécheras. Qu'est-ce que notre prospérité d'ici-bas? un songe, une fumée, une écume. Plaise à Dieu que la possession des biens présents ne nous tienne pas lieu de toute rémunération future, et que l'abondance de ce qui périt ne soit pas suivie de la disette de ce qui dure ! Je le demande pour toi et pour moi à celui qui pour nous a été suspendu au gibet de la croix \ »
C'est encore dans les trop rares fragments de sa correspondance que l'on peut juger du cœur d'Aldhelm; et ce cœur nous semble très-supérieur à son esprit. On y découvre une tendresse et une bonté qui, chez ce religieux de race barbare, louchent el attachent bien autrement que toute sa rhétorique et toute son érudition gréco-latine. On voit avec bonheur que son ame ne fut ni gonflée ni troublée par sa grande renommée chaque jour croissante, ni par l'affluence de disciples et d'admirateurs qui s'offrait à lui non-seulement dans les Iles Britanniques, mais jusqu'en Gaule et en Espagne. Il resta toujours l'homme doux et affectueux qui, pendant qu'il étudiait avec passion la prosodie, l'as- Ironomie et le droit romain à Cantorbéry, écrivait à son évoque en gémissant de ne pouvoir célébrer les fêtes de Noël dans la joyeuse compagnie de ses frères
1. Propterea cœlesLis tubrc clangor... Ulinam caducaram copia, sgcularum non sit inopia... quod pra'slare dii^nelur, qui pro nobis in patibulo pependit... Ibid.
Sa populariU'.
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<]e Maliiisbury et le chargeait de saluer tendremeni tous ces frères depuis le premier jusqu'au dernier ^ C'est par là que s'explique surtout la grande popularité dont il jouissait dans son pays. Elle était telle que, au retour de ses voyages, il voyait accourir au-devant de lui non-seulement la longue procession de ses religieux avec leurs chants et leurs encensoirs, mais encore une foule de laïques qui se livraient à une sorte de danse rhythmée en son honneur \
Après cette mention trop prolongée du rôle littéraire d'Aldhelm, il faut nous rappeler qu'il nous intéresse surtout par sa grande existence monastique et par ses relations avec les dissidents celtiques. Sa Ce médiocre écrivain a été un «rand religieux. Il
grande ^ ^ ^ ^
existence parlao^ea sa vie entre l'étude et la prière, mais l'é-
monastique. i u i '
tu de n'était pour lui qu'une suite de ses entretiens avec Dieu, a Quand je lis, » disait-il, « c'est Dieu qui c( me parle ; quand je prie, c'est à Dieu que je parle\ » Comme ses contemporains Wilfrid et les saints abbés de la plage northumbrienne, il professa et propagea la règle de saint Benoît, dont il a inscrit le
1. Fateornie decrevisse... Natalis Domini solcmnitateiii in consortio fratrum tripudians celebrare... Salutate m Cliristo omiiem sodaliuni meorum catervam a minimo usque ad maximum.
2. Venienti occui^sum estiibique magna pompa, longo apparatii salutantium... Laicorum pars podibus plaudunt choreas ; jars divei^sis coi^porum geslibus internas pandimt lœtitias. Guill. Malmesb., p. 19.
3. Lectionibus fréquenter, oralionibus instanter incumbebat, ut sicut ipse in quadam epistola diccbat, legens Deum allo(|ucntem audiret, oi\ins Deum alloqueretur. Id.. p. 15,
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panégyrique dans son poëmo en l'honneur des Vierges, et qu'il n'hésitait pas à regarder comme le premier auteur de la conversion de TAngleterre, puisque ses disciples en avaient été les premiers apôtres V II substituait ainsi les enseignements et les traditions puisés à Cantorbéry, aux influences de son premier maître celtique. Mais ce n'était point par mollesse; car il n'en demeurait pas moins fidèle, comme Wilfrid lui-même, aux grandes austérités qui caractérisaient la vie monastique des Irlandais. Ijui aussi s'imposait ces pénitences vraiment prodigieuses qui étaient habituelles aux moines scotiques. Pour dompter les révoltes de la chair, il allait la nuit se plonger jusqu'au cou dans une fontaine voisine du monastère, et y restait pendant la durée d'un psautier. Et cela en hiver comme en été. Cette fon-
1. On nous saura gré de citer ces vers ; c'est le plus ancien hommage rendu par une plume germanique à la gloire de saint Benoît et de son institut :
Temporibus faustus Benedictus claruit îsdem, Quem Deus Ausoniœ clemens indulserat auctor... Primo qui statuit nostrse certamina vita-, Qualiter optatam teneant cœnobia normam, Quoque modo properet directe tramite sanctus, Ad supera scandens cœlorum culmina cultor; Cujus praeclaram pandens ab origine \itam Grœgorius prpesul chartis descripserat olim, Donec a^thralem felix migraret in arcem. Hujus alumnorum numéro glomeramus ovantes, Quos gerit in gremio fœcunda Britannia cives, Aquojam nobis baptismi gratia fliixit, Atque magistrorum veneranda caterva cucurrit.
DeLaudibiis Vir>j/num,\^. 159.