‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint Bernard (volume 5)Chapitre 84 sur 110 · Voir les tableaux généalogiques B, C, l · texte numérisé non relu

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LES RELIGIEUSES ANGLO-SAXONNES. SOf)

comme les captives de la vanité ^ Malgré l'éclat (Vune beauté vantée, comme celle d'Eiheldreda, par les annalistes, Wereburga repoussa tous les prétendants qui aspiraient à sa main. Un monastère lui paraissait le plus beau des palais. Elle alla donc rejoindre sa grand'tante Etheldreda à Ely, avec le consentement de son père, qui l'y conduisit solennellement, accompagné du cortège royal. Uuand sa grand'mère, la reine Sexburga, et sa mère, la reine Ermenilda, l'y eurent suivie, on vil trois générations de princesses issues du sang d'Odin et de Ilengist, l'aïeule, la mère et la fille, revêtues du même habit et astreintes à la même règle, pour le service de Dieu et des âmes. Wereburga y vécut longtemps en simple et humble religieuse, remplissant à son tour tous les oflices de îa communauté, jusqu'au jour où, après la mort de sa mère, elle fut appelée à la remplacer comme abbesse.

Son oncle Elhelred, qui après un règne de trente ans, devait finir sa vie dans le cloître, fut tellement frappé de la prudence et de la capacité qui se mêlaient chez Wereburga h la sainteté, qu'il lui confia une sorte de suprématie ou plutôt un droit d'inspection générale sur les diverses abbayes de filles dans

1. Viluerant divitifc tam matri quam filifc : palatiiim habebant pro monasterio : aurum, gemmic, vestes aiiro textre, et quicquid ferf pompatica mundi jactantia onerosa sibi magis erant quam gloriosa : et si forte his uti ad tempus regia conipelleret dignilas, dolebant se potius vanitatis siibjectas tanqnam captivas. Act. SS. Boilano., Febr. t.I, p. 387.

ses Etats^Ce fut ainsi qu'avant de gouverner Ely elle passa tour à tour à la tête des communautés de Weedon , de Trentham, de Hanbury, laissant partout un parfum de vertu et de bonté, avec des souvenirs d'une si constante sollicitude pour le bien de tous, qu'ils ont rendu sa mémoire chère au peuple et que la légende s'en est emparée selon son habitude. De tous les traits qui ornent sa biographie, nous ne voulons en citer qu'un seul, parce qu'il explique mieux que tout autre la popularité de sa mémoire. Il arriva un jour qu'un berger du domaine de son monastère de Weedon, d'ailleurs recommandable par sa sainte vie, fut maltraité par l'intendant de ce domaine avec cette brutalité sauvage que les Anglais modernes n'ont que trop souvent empruntée à leurs ancêtres saxons. A ce spectacle, la nièce du souverain de la Mercie, la petite-fîlle du terrible Penda, alla se jeter aux genoux du cruel régisseur : «Pour l'amour deDieu,» s'écria-t-elle, « épargnez cet innocent : il est plus « agréable que vous et que moi aux yeux de Celui a qui du haut du ciel contemple toutes nos ac- « tions. » Le bourreau ne l'écoutant pas, elle se mit à prier Dieu, jusqu'à ce que, paralysé et retoiu'né sur lui-même par une force miraculeuse, il se vit à

1. Cum formœ pulcliritudo insigniter responderet generositati siuo, cœpit speciosa facic cum speciosissima mente ad eum... contendore... Procos et amatores regificos angelica pudicitia repiilit... Virginalis n. ^Ve^eburg8e pudicitia, mox ut valuit, haec vincula exuit... Tradidit ei moiiasteriorum sanctimonalium qure in suo regnn poUebnnl prin- (^ipatum. Roi.i,\sn,. t. I Febriiar., p. 587-588.

son tour obligé d'invoquer l' intervention de la sainte pouf obtenir d'être rendu à son état naturel *.

A la mortde Wereburga, les populations voisines du monastère où elle mourut et de celui où elle devait être enterrée se disputèrent à main armée la possession de son corps, ce qui commençait à passer en coutume, lors de la mort de nos saintes religieuses. Deux siècles plus tard , pour dérober la cbère dépouille aux Danois, VEaldorman de Mercie la fit transporter à Chester, ville déjà célèbre du (emps des Bretons et des Romains, et où s'éleva sur sa tombe une grande abbaye, avec une église qui est aujourd'hui admirée parmi les belles cathédrales d'Angleterre.

Pour achever cette énumération des princesses Heiigieuses anglo-saxonnes dont l'éducation et la vocation claustrale nous ont été révélées par suite du culte dont elles ont été l'objet, il nous reste à dire quelques mots des religieuses sorties de la race qui devait, un siècle plus tard, absorber tous les royaumes de l'Heptarchieet créer l'unité politique de l'Angleterre. Cette race de Cerdic, fondateur du royaume de Wessex, nous a déjà donné un personnage essentiellement monastique dans le roi législateur Ina%

1. Armentarius, vir piai coiiversationis et quantum licuit sub huinana servitute sanctse vitse... Nunc villicus dominse cum forte laniaretcruentissimo verbere... proruit adpedes indignos lanistfe... Parce, pro Dei amore, quarc oxcarniticas bominem innocentem... rontinuo dura cervix et torva l'acies in terga illi roflectitnr. WkL, p. r»S9.

"1. Voir ))his liniU, page IT»"). pt le tableau g»' m'a logique E

de la race de

Cerdic

en Wesspv.

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qui, au milieu d'un règne prospère et glorieux, abdiqua pour aller se faire moine à Rome. Ce fut sa femme, on s'en souvient peut-être, Ethelburga, qui le détermina, par une scène habilement préparée, à délaisser- la royauté, le monde et son pays. Elle seule ne le quitta point ; elle l'accompagna dans son exil volontaire, et, devenue veuve, revint se faire religieuse à Barking, en Angleterre.

Sainte A côté de la femme d'Ina , issue comme lui du

Cuthburga,

sœui du roi ina. saug de Ccrdic^ viennent se placer, dans les annales monastiques, les deux sœurs de ce roi, Goenburga^ et Cuthburga, toutes deux vouées à la vie religieuse et comptées parmi les saintes anglaises. Cette dernière est de beaucoup la plus renommée. Mariée toute jeune à ce savant et pacifique Aldfrid, roi de Northumbrie, dont on a vu le rôle important dans la vie de Wilfrid, elle fut, comme sa belle-sœur Etheldreda, atteinte jusque sur le trône par les traits (le l'amour divin; et, du vivant de son mari, elle voulut renoncer à la vie conjugale et à la royauté pour se consacrer au service de Dieu dans le cloître. Moins épris ou moins violent que son frère Egfrid, le roi Aldfrid consentit à la séparation % et Cuthburga

1. Regii generis femina de Cerdici prosapia régis oriunda. Gunx. Malmesb.

2. Placée par les BoUandistes (t. lY Sept., die 12) parmi les prsetermissi, parce que son culte ne leur a pas paru certain, bien qu'elle soit nommée dans une foule de martyrologes. Cf. Pagi. Crit. in Annal. Baronu, ad ann. 705.

n. Ante finem vita^ sn;i> connubio carnalis copulro ambo pro De

lun.

alla prendre le voile dans le monastère de Barking, 700-70:; sur la Tamise, dans le royaume des Saxons de l'Est. Fondée depuis quelque temps par un saint évêque de Londres pour sa sœur, en qui il avait reconnu une âme destinée à gouverner celles qui voudraient se donner à Dieu\ cette maison était déjà célèbre non-seulement par la ferveur de ses religieuses, mais par le zèle qu'on y déployait pour l'étude des saintes Écritures, des Pères de l'Eglise et même des langues classiques. La sœur d'Ina n'y resta d'ailleurs Fondatrice que quelques années : son frère voulut qu'elle de- winboume, vînt supérieure d'une grande fondation due à leur race et dans leur pays. Il l'établit à Winbourne, dans une contrée particulièrement fertile^, près de la résidence royale des rois de Wessex et non loin de la mer qui baigne les plages de ce qu'on appelle aujourd'lîui le Dorset-Shire. La reine de Northumbrie, devenue abbesse de la nouvelle communauté , y

amore renunciavere. Fr.oREVT. Wigornensis. — Cf. Boi-land., l. VI Augusti, p. 696

1. In quo ipsa Deo devotarum mater ac nutrix posset existera feniinarum, quse su?cepto raonasterii regimine, condignam se in omnibus episcopo fratre, et ipsa recte vivendo et siibjectis regulariter et pie consulendo prtebuit. Bede. IV, 0. — Cet évêque s'appelait Earconwald, et sa sœur Edilberga ou Ethelburga ; il ne faut pas la confondre avec la veuve du roi Ina, qui fut plus tard religieuse et même abbesse à Barking. L'évêque se fît lui-même moine à Chertsey, autre monastère également fondé par lui sur les bords de la Tamise.

2. Quod Latine interpretatur vini fons dici potest, quia propter nimiam claritatem et saporem eximium quo cœtoris terrte illius aquis prsestare videbatur, hoc nomen accepit. Rodoi.piii Vila S. Liobse, ap, ActaSS. 0. S.B.,sœc.nT, p. 1.

Irarisporta l'esprit et les habitudes de son premier domicile monastique ; et bientôt Winbourne devint encore plus célèbre que Barking par le grand développement qu'y reçurent les études littéraires. Fiideswida, Mais avaut d'insister quelque peu sur celte singu- ^vesl.saxonno, licrc gcrmmation de la littérature ecclésiastique et religieuse classiquc clicz Ics religicuscs anglo-saxonnes ; et ions les^siens, avaut de quittèr cette région du Wessex, qui a donné

et son nioiiast«'ro i i • i • -ri i

devient aiix Auglais leur premier monarque, Lgbert, et au

le berceau -, • i i -ii i a

d'oxiord. monde germanique le plus illustre de ses apôtres, Boniftice, il faut réserver une place à la touchante et populaire histoire de Frideswida, fondatrice et patronne d'Oxford, c'est-à-dire d'un des foyers littéraires et intellectuels les plus célèbres de l'univers. Fille d'un des grands chefs du pays, à qui la légende décerne le titre de roi ou au moins de siihregului^^ comme toutes les héroïnes de la légende anglosaxonne, elle fut recherchée en mariage par un autre roi ou chef nommé Algar, plus puissant que son père, mais dont elle refusa obstinément l'alliance, alin de se consacrer à la vie religieuse. Le prince, égaré par sa passion, résolut de la prendre de force. Pour se dérober à sa poursuite, elle se jeta, comme Bega, dans une barque, non pour traverser la mer, comme la princesse irlandaise, mais pour mettre la Tamise entre elle et son amoureux. Après avoir navigué pendant dix milles sur cette rivière, elle alla débarquer sur la lisière d'une forêt, où elle se cacha dans une sorle d'abri recnuverl de lierre, mais des-

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linéprimitivomentaux pourceaux qui, alors comme depuis, allaient à la glandée dans le bois el conslilu aient une des principales richesses des proprié- (aires anglo-saxons^ Ce ne fut pas pour elle un refuge assuré. Algar, de plus en })lus ardent, la suivait à la piste, avec l'intention de la sacrifier à la brutalité de ses compagnons en même temps qu'à la sienne. Mais au moment où, épuisée de lassitude, il allait l'atteindre et la saisir, elle se rappela les grandes saintes qui, dès les premiers temps de l'Église, avaient défendu et sauvé leur virginité au prix de leur vie. Elle invoqua Catherine, la plus illustre martyre de l'Église d'Orient, et Cécile^ cette héroïque et douce Romaine, dont le nom, inséré au canon de la messe, était déjà Himilier à tous les nouveaux chrétiens. Elle fut exaucée : Dieu frappa le sauvage Anglo-Saxon d'une cécité subite qui mit un terme à sa poursuite furibonde.

De là une tradition bizarre, mais invétérée, qui veut que les rois d'Angleterre, pendant plusieurs siècles, aient évité avec soin de séjourner ou même de passer à Oxford, de peur d'y perdre les yeux. Frideswida, ainsi miraculeusement sauvée, obtint par ses prières que la vue fût rendue à son persécuteur ^;

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