‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 105 sur 134 · Voir t. IL liv. ix, c · texte numérisé non relu

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pontificaldc saint Léon le Grand (440-461) une différence d'un mois entier entre le jour de Pâques à Rome etlejourdePâquesàAlexandrie. Enfin, vers le milieu du sixième siècle, en 532, on se mit d'accord : Rome adopta la supputation deDenys le Petit, qui ne permettait plus de se tromper sur le jour fixé par le Concile de Nicée, et l'uniformité de date se trouva rétablie dans l'Eglise. Mais l'invasion saxonne avait i ntercepté les communications habituelles entre Rome et les églises bretonnes : celles-ci conservèrent l'ancien usage romain ; et ce fut précisément l'attachement à cet usage romain qui lui servit d'argument contre les calculs plus exacts que leur apportaient Augustin et ses moines italiens, mais qu'ils repoussaient comme des nouveautés suspectes, comme une dérogation aux traditions de leurs pères ^ C'était, comme on voit, pour rester fidèles aux enseignements primitifs de Rome qu'ils résistaient aux nouveaux missionnaires romains.

Cette dissidence, de beaucoup la plus importante, était donc d'une date très-récente, et toutes celles qu'on peut reconnaître sur d'autres points, excepté sur la forme de la tonsure, étaient tout aussi nouvelles sans être plus essentielles. S'il en eût été autrement, s'il y avait eu le moindre dissentiment dogmatique ou moral entre "les Bretons et l'Eglise romaine, jamais Augustin n'aurait commis l'insigne

I. Walter, AlteWales,]). '225. — Dœllinger, op. cit., I, 2"= partie, p. 210.

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folie de solliciler Tassistance du cierge celtique pour la conversion des païens saxons. C'eût été semer la confusion et la discorde dans la nouvelle Église qu'il s'agissait de constituer par le concours énergique du christianisme indigène avec les envoyés de Rome\

Rien de plus pénible que de rencontrer dans l'histoire des luttes interminables et passionnées pour des causes ou des questions qui au bout de quelque temps n'intéressent plus personne et que personne ne comprend plus. Mais ce n'est pas seulement l'antiquité chrétienne, ce sont tous les siècles qui offrent de pareils spectacles. Et à ceux qui se scandaliseraient de l'excessiveimportancequeles âmes les plus pieuses de leur temps ont attachées à de pareilles minuties, il suffit de rappeler l'obstination acharnée qu'ont mises de grands peuples, tels que les Anglais et les Russes, à repousser la réforme du calendrier grégorien, les uns pendant près de deux siècles, les autres jusqu'au sein de l'uniformité du monde contemporain .

Il n'en est pas moins vrai que, par cette iidélité obstinée à un calcul respectable mais faux, les Bretons se mettaient en contradiction sur cette question de la Pâque, non-seulement avec Rome et tout rOccident, mais encore avec l'Orient, qui célébrait cette fête, comme les juifs, le jour précis delà semaine où elle tombait, tandis que les Bretons,

1 Dœi.lingeu, p. 217. -^ Kev.s, WehJi saints, p. "288.

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comme tout rOccideiit, le remeKaient toujours au dimanche. Mais ce dimanche était ou pouvait être un autre dimanche que cehii de Rome.

Comment se figurer que, 'pour cette mesquine et misérable différence, les deux Eglises soient restées pendant deux siècles sur le pied de guerre l'une visà-vis de l'autre? Puisque les Celtes des îles Britanniques tenaient de Rome même leur ancien usage, pourquoi ne pas la suivre dans son calcul perfectionné, comme tout le reste de l'Occident ? Pourquoi vouloir absolument se réjouir quand les Romains jeûnaient, et jeûner quand ils chantaient V Alléluia?

N'y avait-il pas une cause plus sérieuse, plus profonde à la dissidence dont la controverse pascale ne couvrait que la surface ? On n'en saurait douter ; et de toutes les causes, la plus naturelle et la plus excusable, c'était l'instinctde conservation nationale, exaspéré par la haine de l'ennemi triomphant et se traduisant parla méfiancede l'étranger, qui semblait le complice de l'ennemi .

Augustin sentait bien qu'il avait besoin des chrétiens celtiques pour mener à bien la grande œuvre que la Papauté lui avait confiée. Formé à l'école conciliante et modérée de saint Grégoire le Grand, imbu de ses récentes instructions, il fut loin de se montrer exclusif, quant aux personnes ou aux usages locaux ; et, pour achever la conversion des Saxons, il réclama sincèrement le concours du clergé nombreux

l'remiérc conférence

entre Augustin

et

les cvêques

bretons.

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