‹ Les Moines d'occident depuis Benoit jusqu' à saint BernardChapitre 26 sur 134 · OzANAM, Œuvres, t. V, p · texte numérisé non relu

OzANAM, Œuvres, t. V, p

2. «Je suis convaincu, » disait-il, «que dans l'ile de saint Brendan est le paradis terrestre où personne ne peut arriver, sinon par la volonté de Dieu. » Cité par M. Ferdinand Denis, le Monde enchanté, p. 130. — Il y a eu deux saints du nom de Brendan ; le plus connu, fondateur du grand monastère de Clonfert et célèbre par ses voyages, mourut en 577.

5. Hic Dagaeus fuit faber tam in ferro quam in fere, et scriba insignis... Gratias ago Deo meo quod S. Moctei postremo similcs conventus vos video, tria quippe monachorum gênera sibi succedentia

Alors, comme depuis, le goût et la pratique de la musique étaient à l'état de passion nationale chez le peuple irlandais. Les missionnaires et les moines, leurs successeurs, s'étaient, eux aussi, imprégnés de cette passion et surent promptement l'a- Légende daptcr à la conduite et à la consolation des âmes. Une

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aint Mocimda, agréable légende dessine bien l'influence de la musique appliquée aux chants ecclésiastiques sur la jeunesse irlandaise. Mochuda, le fils d'un grand seigneur du pays de Kerry, gardait, comme David, les troupeaux de son père, dans les grands bois qui couvraient alors cette région aujourd'hui si déboisée. Il fixa, par sa bonne grâce et sa piété, l'attention du duc ou chef de la province, qui le faisait venir souvent le soir pour l'entretenir; sa femme, qui était fille du roi de Munster, témoignait la même affection au jeune berger. Dans la forêt où il faisait paître ses porcs, un évêque et son cortège vinrent à passer en chantant les psaumes alternativement pendant leur trajet. Le jeune Mochuda fut tellement ravi de cette psalmodie, qu'il abandonna ses bêtes et suivit le chœur des chanteurs jusqu'au monastère où ils devaient passer la nuit. Il n'osa pas y entrer et resta dehors, mais tout près du lieu où ils avaient leur gîte et où il put les entendre continuer leurs chants jusqu'à l'heure du sommeil : l'évêque chanta

habuit: primum puritate angelicum, secundum actibus apostoUcum, tertium, ut sancti martyres, sanguinem pro Christo effundere promptum. BoiLAND.. t. m Augusti, p. 057, 058.

encore longtemps après que les autres furent endormis. Le pâtre passa ainsi toute la nuit : le lendemain, le chef qui l'aimait le fit chercher partout, et lorsqu'il lui fut amené, demanda pourquoi il n'était pas venu la veille au soir selon son habitude : « Monseigneur, w dit le pâtre, « je ne suis pas venu « parce que j'ai été trop ravi par le chant divin que « j'ai entendu chanter au saint clergé ; plût au ciel, « seigneur duc, que je fusse avec eux pour ap- « prendre à chanter comme eux! » Le chef eut beau l'admettre à sa table, lui offrir son épée, son bouclier, sa lance, tous les insignes de la vie opulente et militaire : « Je ne veux, » disait toujours le pâtre, « aucun de vos dons ; je ne veux qu'une chose : ap- « prendre à chanter le chant que j'ai entendu des c( saints de Dieu. » On finit par le donner à l'évêque pour qu'il en fît un religieux. La légende ajoute que trente belles jeunes filles l'aimaient ouvertement, parce qu'il était beau et charmant ; mais, le serviteur de Dieu ayant prié pour que leur amour devînt tout spirituel, elles se convertirent toutes comme lui et se consacrèrent à Dieu dans des cellules isolées qui restèrent sous son autorité^ lorsqu'il fut devenu

1. Aitdux : Veni liuc quotidie cum>liis subulcis... Aliquaudo sues pascebat in silvis, aliquando mancbat in castellis cuni duce... Canebat episcopus cum comitibus suis psalmos invicem per viam... Ideo ad te non veni, domine mi, quia delectavit me divinum carmen, quod audivi a cunctis choris, et nusquam audivi simile huic carmini... Nolo aliquid de donis luis carnalibus, sed volo vere ut carmen quod a sanctis Dei audivi discam. . S. Mochuda speciosus erat et in

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à son tour évoque et fondateur de la grande cité monastique de Lismore.

Cette prépondérance de l'élémentmonastique dans l'Église d'Irlande, due à ce que tous les premiers apôtres de l'île furent moines, et si bien justifiée par le zèle aventureux de leurs successeurs, s'y maintint non-seulement pendant toute l'époque florissant e de cette Eglise, mais même tant que dura l'indépendance nationale. Elle frappa tout d'abord les conquérants anglo-normands du douzième siècle, bien qu'eux aussi vinssent d'un pays où la plupart des évêques avaient été moines et où presque tous les évêchés avaient commencé par être des monastères \ Monastères Dc toutcs CCS commuuautés du sixième siècle, dès le vi» siècle si lougtcmps célèbrcs et les plus nombreuses que la

en Irlande. ,,.,... .i i j

chrétienté ait jamais vues, il ne reste plus que de vagues souvenirs associés à quelques sites dont les noms trahissent leur origine monastique, ou à des

juventute sua triginta juvenculae virgines amaverunt eum magno aniore carnali, hoc non celantes. Famulus autem Dei rogavit pro eis, ut carnaleui amorem niutarent in spiritualem ; quod ita est factuui : illse enim virgines seipsas cum suis cellis Deo et S. MocluuUc obtulerunt. AcTA SS. Colland., t. III Maii, p. 579. — Ce Mochuda est plus connu sous le nom de Cartagh, qui était celui dc l'évèque dont il devint le disciple et dont il prit le nom par affection pour son père spirituel. Il mourut en 657,

1. Nani monachi erant maxime qui ad prcedicandum vénérant. Bede, I. ni, c. 5. — Guni fcre onines lliberniœ prœlati dc inonasteriis in clerum electi sunt, quœ monachi sunt, sollicite complent omnia, quœ vero clerici vel prseiali, fere prretermittunt universa. Giraldus Gam- BuENSis, Topographia Hiberniœ, dist, ni, c. 29.

DES ILES BKITA.NMQUES. 95

ruines visitées [)ar de rares voyageurs. Citons pour exemple : Monasterevan, fondé en 504 sur les bords du Barrow; Monasterboyce\ grande école laïque et ecclésiastique dans la vallée de la Boy ne ; Innisfallen, dans une île du lac si pittoresque de Killarney, et surtout Glendalough ou la Vallée des deux Lacs^ avec ses neuf églises ruinées, sa haute tour ronde, son vaste cimetière, sorte de nécropole pontificale et monastique fondée, au milieu d'une nature sauvage et solitaire, par saint Kevin, l'un des premiers successeurs de Patrice, et l'un de ceux qui, au dire des hagiographes irlandais, comptaient par milliers les âmes qu'ils menaient au ciel^

Entre tous ces sanctuaires, il y en a deux qu'il faut signaler à l'attention du lecteur, moins encore

1. Fondé par saint Builhe, mort en 021. M. Henri Martin, dans son intéressant opuscule intitulé : Antiquités irlandaises, 1863, a tracé un tableau animé des ruines de Monasterboyce et de ce « cimetière où s'élève une tour ronde de cent dix pieds de haut, du jet le plus svelte et le plus hardi et du plus bel appareil... A l'entour, ruines de deux église* et deux magnifiques croix de pierre... La plus haute de ces croix a vingt-sept pieds de haut .. Couvertes d'ornements et d'inscriptions gaéliques, elles mériteraient à elles seules le voyage, car il n'existe rien de pareil sur le continent... Comme spécimen de l'art gaélique chrétien, rien n'est comparable à Monasterboyce. » M. Martin signale, à trois milles de là, les élégantes ruines de Mellifont

« Dans le creux d'un vallon, au bord d'un joli ruisseau, avec une église de l'époque ogivale... et, à quelques pas de Végli&e, une rotonde (ou salle capitulairej, avec arcades romanes de style très-pur... » Mellifont est une abbaye cistercienne issue d'une colonie de Clairvaux, que saint Bernard avait envoyée à son ami saint Malachie, en

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